Billet de blog 30 janv. 2014

Le redécoupage des cantons divise les élus de la Somme

Dans un souci de rééquilibrage démographique et de parité, le nombre de cantons dans la Somme va être divisé par deux. Certains sont regroupés, d'autres supprimés. Vendredi, les élus du conseil général devront donner leur avis sur ce redécoupage. Majoritairement, ils devraient s'y opposer. Le président Christian Manable, lui, y est favorable.

Fabien Dorémus
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Dans un souci de rééquilibrage démographique et de parité, le nombre de cantons dans la Somme va être divisé par deux. Certains sont regroupés, d'autres supprimés. Vendredi, les élus du conseil général devront donner leur avis sur ce redécoupage. Majoritairement, ils devraient s'y opposer. Le président Christian Manable, lui, y est favorable.


«Je ne m'attends pas à un avis favorable.» Le président du conseil général de la Somme, Christian Manable, ne se fait pas d'illusion. Vendredi, lors de la séance de l'assemblée départementale, les conseillers généraux vont devoir se prononcer sur le redécoupage des cantons qui s'appliquera pour les élections de 2015. La majorité des élus devrait s'y opposer.

La Somme ne serait alors pas le premier département à faire entendre son avis négatif. Car les contours des cantons ont été revus nationalement. «Pour le moment, 65 départements se sont exprimés, explique Christian Manable. 35 ont donné un avis défavorable et 30 un avis favorable.» D'accord ou pas, cet avis n'est que consultatif.

C'est le Conseil d'État qui se chargera de confirmer ou infirmer la nouvelle carte. Les élus auront bien sûr deux mois pour faire appel mais celui-ci ne sera pas suspensif. Bref, la carte des nouveaux cantons, rendue publique par la préfecture la semaine dernière, risque d'être la carte définitive.


Les cantons de la Somme pour les élections de 2015.

Dans la Somme, les contours des cantons n'avaient pas été redessinés depuis 1985. À cette époque, deux cantons, ceux d'Ault et d'Amiens nord, avaient été créés. Aujourd'hui, la Somme totalise 46 cantons. Demain, quand le décret du Conseil d'État sera publié, dans quelques semaines, il n'en restera que 23. Moitié moins!


La carte actuelle des cantons de la Somme.

Mais chaque canton disposera de deux élus. C'est la grande différence. En effet, dans sa loi du 17 mai 2013, le gouvernement a totalement modifié le mode de scrutin départemental. Ainsi en 2015, les candidats à l'élection devront se présenter par binôme paritaire: une femme et un homme. Actuellement, seules 6 femmes sont conseillères générales dans la Somme. Sur 46 élus.

Après la réforme, 46 élus siégeront toujours à l'Hôtel des Feuillants à Amiens, comme aujourd'hui. Petite différence tout de même: on ne les appellera plus conseillers «généraux» mais «départementaux». De la clarté, enfin.

Le nouveau dessin des cantons sera aussi l'occasion de raccrocher les territoires à la réalité démographique. Car l'écart est grand actuellement entre le canton le moins peuplé (Combles, 4400 habitants) et le plus peuplé (Amiens sud-est, 24 100 habitants).

Après le redécoupage, l'écart sera moindre: entre 19 800 habitants pour le canton de Poix de Picardie et 29 800 habitants pour celui de Ham. L'idée étant d'obtenir des cantons de 24 000 habitants, avec un seuil de tolérance de 20%. «C'est fondamental, pour Christian Manable, quand on vote un budget de plus de 600 millions d'euros, tous les élus doivent avoir le même poids.»

Les cantons, une vieille histoire

Rappelons que les cantons ont vu le jour en 1790. À l'époque, la Somme en comptait 72, d'environ huit communes chacun. En 1801, leur nombre tombe à 41. En 1973, trois nouveaux cantons sont constitués à Amiens. Deux derniers s'ajouteront en 1985. «Jusqu'alors, les trois-cinquième des 4600 cantons français n'avaient pas été modifiés depuis 1801, indique Christian Manable. On vit encore dans la France du début du XIXe siècle!»

Vendredi, le conseil général de la Somme votera peut-être contre le redécoupage. Car des critiques fusent de toutes parts. Même à gauche. «Je vais faire un recours au conseil d'État», assure Isabelle Demaison, élue PS du canton de Corbie, membre du groupe «Gauche solidaire». Pourquoi? «Mon canton est totalement massacré, ça en arrange peut-être certains, mais moi je ne comprends pas.» Et de citer la commune de Villers-Bretonneux qui quitterait le canton de Corbie pour celui d'Amiens-4, ou encore la commune d'Aubigny qui s'en irait avec Amiens-3.

Amiens regarde vers l'extérieur

L'une des particularités de ce nouveau découpage est en effet sur Amiens. Tous les cantons amiénois vont être étendus vers la campagne. Pour Isabelle Demaison, ce n'est pas une bonne idée. «Les problématiques en milieux urbain et rural ne sont pas les mêmes», explique-t-elle. Par ailleurs, l'élue estime que les futurs conseillers départementaux des cantons d'Amiens seront, pour la plupart, des urbains. Ce qui pour elle est un problème car ces élus ne connaîtront pas suffisamment bien les intercommunalités dont sont membres les communes rurales de leur canton.

Des arguments que balaye Christian Manable. Pour lui, les conseillers départementaux seront avant tout des représentants du département tout entier: «On doit avoir une vision globale, à la fois urbaine et rurale.» Le président du conseil général a lui même souhaité que les cantons d'Amiens débordent sur le rural. Il a été entendu. En revanche, il n'a pas été entendu sur son souhait d'en rester à huit cantons amiénois. «On aurait préféré le statu quo», explique-t-il. Mais, désormais, il n'y aura plus que sept cantons à Amiens.

Dans le même groupe politique qu'Isabelle Demaison, «Gauche solidaire», un autre élu socialiste a manifesté son mécontentement. C'est Dominique Proyart, conseiller général de Domart-en-Ponthieu et maire d'Havernas. Ce qui le gêne, c'est le sort réservé à sa commune. Car dans le redécoupage proposé, «toutes les communes de la communauté de communes du Val de Nièvre et environs (CCVNE) seraient dans le nouveau canton de Flixecourt... sauf Havernas, indiquait-il samedi dans le Courrier picard, alors que nous sommes depuis 20 ans dans la CCVNE dans laquelle nous nous investissons totalement.» La commune d'Havernas se retrouverait ainsi dans le nouveau canton de Corbie, fief de sa collègue Isabelle Demaison.

De petits arrangements

Pourquoi cette petite commune de 426 habitants est-elle envoyée vers Corbie? C'est une demande de Christian Manable: «Quand j'ai rencontré Dominique Proyart, je lui ai dit que je lui offrais sur un plateau un duo Demaison-Proyart à Corbie pour 2015, et il n'avait pas l'air en désaccord». Dans cette histoire, s'agit-il aussi de préserver d'une éventuelle concurrence René Lognon, maire de Flixecourt et conseiller général PCF du canton de Picquigny? «Ce n'est pas faux», assume Christian Manable.

Qu'en pense-t-on, à droite, de ce redécoupage? À l'UMP, Jérôme Bignon expliquait lundi au Télescope que son groupe n'avait pas encore de position commune sur la question. «Ils vont s'opposer, forcément», croit savoir Christian Manable. Du côté du groupe «Centre et indépendants», le principal groupe d'opposition départementale, les avis semblent diverger.

Chez les très mécontents, on trouve Olivier Jardé (UDI), par exemple. Le conseiller général du canton de Boves voit le territoire sur lequel il est élu complètement chamboulé. En raison notamment de l'expansion des cantons d'Amiens vers la campagne. «Je suis très en colère, mon canton est coupé en six! Ça ressemble à du charcutage électoral pour sauver la majorité!», tonne-t-il.

Plus généralement, il dénonce «des incohérences complètes» au vu des intercommunalités actuelles: comme le fait que Dreuil-lès-Amiens et Thézy-Glimont, pourtant dans Amiens Métropole, se retrouvent respectivement dans les nouveaux cantons d'Ailly-sur-Somme et Ailly-sur-Noye.

Dans le même groupe politique, d'autres n'ont pas le même regard sur le redécoupage. C'est le cas de Christian Vlaeminck, maire de Doullens et conseiller général du canton homonyme. «Je préférais l'ancienne formule, dit-il, mais ça a sa cohérence.» Dans la nouvelle carte, le canton de Doullens est fusionné avec celui de Bernaville. «Il y a une cohérence territoriale, continue Christian Vlaeminck, on ne peut pas dire que ça soit idéologique.»

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