Billet de blog 5 déc. 2008

ArcelorMittal: j'enrage!

Moins d'un an après la fermeture partielle de l'usine de Gandrange (600 emplois), ArcelorMittal a annoncé la suppression de 1400 emplois en France, dont probablement la moitié à Florange. Edouard Martin, délégué CFDT d'ArcelorMittal, élu au comité de groupe européen, dit sa colère. 

Edouard Martin
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Moins d'un an après la fermeture partielle de l'usine de Gandrange (600 emplois), ArcelorMittal a annoncé la suppression de 1400 emplois en France, dont probablement la moitié à Florange. Edouard Martin, délégué CFDT d'ArcelorMittal, élu au comité de groupe européen, dit sa colère.

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Vendredi 28 novembre, les salariés d'une entreprise sous-traitante d'ArcelorMittal Florange prennent leur poste de travail comme ils le font depuis 25 ans. Tôt dans la matinée, ils sont informés par les responsables du site que leur mission au sein de Florange se terminait. Plus besoin de revenir travailler lundi. En guise de remerciement d'une longue, très longue collaboration, la paie de novembre ne leur sera pas versée. En tout cas pas tout de suite. ArcelorMittal a besoin de cash et ils ne sont pas prioritaires. Les 12 salariés de cette petite entreprise sont atterrés, on le serait à moins.

Et, ce ne sont pas les seuls. Depuis 2 mois, les fins de contrats avec les sous-traitants et intérimaires s'accumulent (à cela il faut ajouter les 1400 suppressions d'emplois CDI annoncés lundi dernier).

Voilà, la triste réalité vécue par plusieurs centaines de salariés co-traitants de la sidérurgie lorraine.

Pour mieux comprendre cette amertume il faut se replonger quelques années en arrière. Dans les années 1980, les patrons de la sidérurgie de l'époque ont mis en place un système d'organisation du travail leur permettant de réduire et de flexibiliser la masse salariale de leur entreprise. Sous-traiter toute une partie de l'activité de maintenance, bureaux d'études, services informatiques et autre génie-civil pour se concentrer sur le « coeur de métier ». Usinor (nom du Groupe à l'époque) devait produire de l'acier, c'était son métier. Donc, une bonne partie de ces activités ont été données à de petites entreprises et certains salariés de la sidérurgie ont été invités ou plutôt incités à exercer leur métier chez le sous-traitant. Beaucoup d'entre-eux sont là depuis presque 30 ans, ils côtoient journalièrement les personnels d'ArcelorMittal, ils partagent les mêmes bureaux, les mêmes vestiaires, les mêmes restaurants d'entreprise. Bref, ils sont collègues et amis.

Alors, oui le coup de massue fait mal, très mal. Evidemment, les victimes de ces licenciements auront du mal à se relever car ils sont touchés dans leur chair, dans leur dignité et leur avenir s'est brusquement assombri. Comment annoncer ça à la famille ? Comment peut-on les trahir de la sorte, eux qui ont accepté de suivre les conseils des patrons d'époque ? Comment peut-on leur faire çà, eux qui n'avaient ni les mêmes statuts, ni les mêmes salaires, ni mêmes primes que les sidérurgistes mais tout autant de coeur à l'ouvrage. Comment ?

Mais, les collègues de bureaux, d'atelier sont eux aussi abasourdis. Certains, une fois la mauvaise nouvelle connue, se sont cachés pour pleurer. Pleurer de tristesse, de rage, pleurer sur leur impuissance à arrêter le massacre social. Un vrai gâchis.

En effet, depuis deux mois, il règne un drôle de climat à Florange. Les salariés d'ArcelorMittal n'osant presque plus croiser le regard des sous-traitants, gênés qu'ils sont, se sentant presque coupables de ce qui arrive à leurs collègues. C'est fou. On devient fou, ils nous rendent fou. On enrage.

On enrage car la crise, cette satanée crise de tous les prétextes, ne peut nous faire chavirer de la sorte.

On enrage car ArcelorMittal va bien, les bénéfices attendus seront une nouvelle fois énormes. On enrage car les actionnaires applaudissent à l'annonce d'un tel plan de récession sociale. On enrage car les amis qui nous quittent ont un savoir-faire extraordinaire, nous avons besoin d'eux et de leurs compétences. On enrage car on ne peut pas supporter une telle injustice. On enrage parce que nous avons la rage... elle est là, dans nos trippes. Et, elle le restera longtemps d'autant que les licenciements ne font que commencer.

Puis, la « loi » du silence vient en rajouter à la douleur. Oui, la loi du silence est de mise dans ce milieu. Ces salariés viennent nous raconter leur calvaire. Ils parlent pour se soulager, pour être compris, être rassurés. Ils parlent parce qu'ils ne sont pas des machines. Ils viennent nous voir ou nous appellent en secret. Personne ne doit savoir qu'ils ont parlé et surtout pas les dirigeants d'ArcelorMittal.

En effet, il y a toujours l'espoir qu'un jour on les rappelle lorsque la reprise économique sera là. Mais, les rappellerons-t-ils vraiment ? Et si oui, à quel prix ? Seront-ils encore là ? Et si oui, dans quel état ?

Alors pour eux, je ne me tairai pas. Pour eux, je crierai de toutes mes forces leur colère et leur indignation. Pour eux, je me battrai.

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