Les petits soldats du lepénisme

François Razumowski, 24 ans, FNJ« On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans », disait Rimbaud. Les jeunes militants du FNJ, eux, font mentir le poète. Agés de seize à vingt-cinq ans, ils s'engagent à fond pour défendre les idées lepénistes. Réunions, tractages, collage d'affiches pompent leur temps libre. Et à l'école comme dans les repas de famille, ils sont fichés. Qu'est-ce qui pousse ces jeunes à adhérer au FN ?Parcours croisés de jeunes militants rencontrés à la journée régionale du FNJ, samedi 27 février.

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François Razumowski, 24 ans, FNJ

« On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans », disait Rimbaud. Les jeunes militants du FNJ, eux, font mentir le poète. Agés de seize à vingt-cinq ans, ils s'engagent à fond pour défendre les idées lepénistes. Réunions, tractages, collage d'affiches pompent leur temps libre. Et à l'école comme dans les repas de famille, ils sont fichés. Qu'est-ce qui pousse ces jeunes à adhérer au FN ?Parcours croisés de jeunes militants rencontrés à la journée régionale du FNJ, samedi 27 février.

« Sale facho », « nazillon », des mots que Vincent, dix-sept ans, s'est pris en pleine figure, souvent, dans la cour du lycée. « Au début, j'ai vraiment souffert de mes opinions politiques parce que je n'avais pas d'argumentaire », explique le petit brun, maintenant en première année de médecine. Dans sa classe de terminale, ils étaient deux militants FN sur trente élèves. « Un jour, j'ai sorti un autocollant « Le Pen, vite, très vite » en cours. Tous les Noirs (sic) m'attendaient à la sortie. On se demande où est le racisme » : Vincent a vite appris la rhétorique frontiste.

« Au lycée, quand vous êtes du FN vous êtes fiché, mis dans la case nazillon », ajoute Charles. Seize ans et militant FN, il n'en a pas fallu plus à la proviseure pour convoquer ses parents, socialistes. « Les profs me demandaient s'il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond dans ma tête en ce moment. Il faut du courage pour assumer ». Sur l'autel de l'engagement politique, il a sacrifié des amitiés, et quelques liens familiaux. Même si ses parents ont fini par « tolérer ».

Charisme du leader

Entrer au Front national de la jeunesse (FNJ) est un engagement fort. D'autant que cela revient à donner le bâton pour se faire battre à ses petits camarades, à un âge où il est déjà difficile de s'assumer. Pour la plupart de ces jeunes, l'idée ne vient pas des parents. Le déclic, pour Charles, c'était les émeutes de 2005. Il s'est dit qu' « il fallait faire quelque chose ». Précoce il n'avait alors qu'onze ans. Trop tôt pour adhérer au FN, mais Charles est déjà « à tendance patriote ». Et surtout, la personnalité de Jean-Marie Le Pen le fascine : « il nous attire par son charisme ».

Le charisme du leader a aussi convaincu Vincent : « Le Pen était tellement diabolisé que je me suis dit : « c'est louche », je me suis donc intéressé à lui, à ce qu'il disait ». Pour Alexandre (le prénom a été changé ndlr), 20 ans, et en deuxième année de droit à Assas, c'est la petite-fille Le Pen qui l'a attiré. « Je suis dans un TD avec Marion, et j'ai été très touché par sa personnalité », lance le jeune homme à lunettes, rêveur.

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Vincent, 17 ans, FNJ

Amour du parti

Personnalité d'un membre de la famille Le Pen, encore, qui pousse à l'adhésion François Cerruti, 23 ans, secrétaire régional du FNJ francilien. Mais cette fois c'est Marine. La blonde fille de Jean-Marie le fait se détourner du PCF en 2007, car « le FN défend vraiment le social ». L'étudiant en lettres classiques se laisse gagner par le lyrisme : « je suis un soldat, je pense avoir une mission. La politique, c'est quelque chose de sacré, nous sommes porteurs d'une grandeur ». Le Jeanne d'Arc des temps modernes a commencé sa carrière politique le 28 juin 2008, lorsqu'il se retrouve dans les six lauréats, sur 200 participants, du prix Cicéron. Sujet de la joute oratoire : « la langue française a-t-elle un rôle à jouer ? ». François n'accède pas au podium, la faute, selon lui, à « un discours trop politisé ». L'occasion pour le militant de préciser au passage que « la langue de Jean-Marie Le Pen est supérieure, contrairement à Nicolas Sarkozy, qui s'exprime de manière vulgaire ».

Tous sont convaincus de la singularité _et de la supériorité_ de leur mouvement : « le FN est le seul parti qui puisse sauver la France », affirme Charles. François Razumowski, 24 ans, frontiste après quelques détours par l'UMP et le MPF, assure que le Front « sort du lot ». « Un parti régulier, honnête », renchérit Charles. Un amour de la patrie, du parti, et surtout de son increvable leader, c'est ce qui pousse ces jeunes à s'engager. Trouver des repères pour plus tard, rêve Charles, « peut-être une fonction au FN. Pourquoi pas tête de liste ? ».

Plana Radenovic

Jusqu'au 21 mars 2010, 13 étudiants en journalisme du Celsa couvrent la campagne des élections régionales en Ile-de-France. Retrouvez tous nos articles sur notre site :PariRegionales.fr

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