la candidature féminine zapatiste à la présidence mexicaine

Voici une réflexion intéressante autour des deux gauches mexicaines - la réformiste et celle du mouvement - et de la pertinence de la candidature zapatiste envisagée aux élections de 2018 à la présidence. Compte-rendu de lecture :

La polémique qui s'est déchaînée après l'annonce d'une éventuelle candidature indigène par l'EZLN (mouvement zapatiste) et le CNI (Conseil National Indigène) puise sa source dans l'éternel antagonisme entre réformistes et mouvementistes. Dans le contexte actuel la distinction entre gauche et droite n'a plus de sens pour ce qui est du changement social puisque les joutes électorales ne retiennent plus guère l'attention, le désintérêt envers les processus électoraux étant à son comble.

Depuis les bouleversements géopolitiques dus en partie à la chute du mur de Berlin, les dynamiques politiques sont en décomposition alors que les institutions libérales ignorent avec superbe ce phénomène en attribuant la crise à des causes conjoncturelles et non structurelles: il ne s'agirait que d'ajustements et de réformes! C'est rester aveugle à l'effacement de l'influence des partis traditionnels dans la participation politique laissant la voie libre aux mouvements antisystéme. Le seul choix qui reste aux Etats libéraux qui s'appuient sur la démocratie procédurière si l'on en croit Immanuel Wallerstein, c'est d'aider les gens ordinaires à vivre mieux ou d'aider les couches supérieures à prospérer encore plus: l'Etat loin d’être est un vecteur d'action en représente un des obstacles principaux.

La recherche de la conduite des affaires de l'Etat par les élections ne peut pourtant pas être écartée afin d'améliorer la distribution du revenu en tant que tactique à court terme, mais cela offre peu de perspectives car tôt ou tard l'Etat libéral remplace les gouvernements populaires par une gestion de droite: l'Argentine et le Brésil nous le démontrent même en tenant compte de leurs spécificités. Coups d'Etat durs ou doux, les maîtres du système politico-financier n'ont qu’à choisir. Autrement dit le réformisme libéral malgré ses bonnes intentions constitue une illusion car son seul but est de maintenir l'essentiel de sa substance: un changement de perspective s'impose dés lors au sein même des partis.

Bien loin du “qui n'est pas avec moi est contre moi” qui prévaut parmi les promoteurs de l'unité de la gauche sous les auspices de AMLO (Andrés Manuel Lopez Obrador, candidat malheureux à la présidence en 2006 et 2012), la candidature zapatiste probable EZLN-CNI en 2018 ouvre le champ de ceux qui cherchent à surmonter la décadence libérale et la dichotomie artificielle gauche-droite. Un triomphe de la gauche partisane aurait pour seul effet de donner un peu d’oxygène à un système caduc et de prolonger les phénomènes de marginalisation, de discrimination et de racisme sans parler de l'accumulation de capital et des Nobels militaires, assassins et génocides. 

Les réactions outrées face à une candidature de femme indigène ne surprennent pas: elles émanent de la crainte qu'elle mette à nu les limites et la pathologie moribonde de ce régime et rende visible les inégalités criantes ainsi que le cirque médiatique de l'argent-roi dans ces élections. AMLO est conscient de ce risque comme en témoignent ses tentatives de laver son image auprès des électeurs au point d'admettre dans ses rangs des transfuges du PRI actuellement au pouvoir et d'éviter tout dérapage vers la gauche par un éventuel dialogue avec les zapatistes alors que son charisme faciliterait une remise en question des partis centralisés.

Une victoire de AMLO ne fera que retarder la débâcle de l'Etat mexicain sans changer quoi que ce soit en profondeur. Lula de Silva illustre parfaitement les limites auxquelles se heurte un gouvernement de gauche partisan. C'est pourquoi l'initiative de l'EZLN-CNI mérite le respect car elle est non seulement légitime et légale mais symbolique. Cette candidature stratégique permettra de démasquer l'imposture libérale et les limites de ce système en renouant avec la démarche zapatiste originelle, celle de ce mouvement qui a suscité un engouement international et qui a permis d'imaginer un monde dans lequel coexistent une multitude de mondes.

 

Source: de la Garza Talavera, Rafael, "el EZLN, la izquierda partidista y el estado mexicano” (le EZLN, la gauche partisane et l'Etat mexicain). La Jornada 1/11/16  

URLs: http://www.jornadaveracruz.com.mx/Post.aspx?id=161101_095538_505 et aussi blog de l'auteur http://lavoznet.blogspot.mx/2016/10/el-ezln-la-izquierda-partidista-y-el.html



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