Ilya Farber: "On juge ceux qui veulent des changements"

illustration Pierre-Alain Leboucher« Croyez-vous franchement qu'un homme qui porte le nom de Farber est capable d’aider un village gracieusement ? » - s’exclame le procureur. Nous sommes en Russie, en 2012 dans le tribunal d’une petite ville de la région de Tver, au procès d'Ilya Farber, professeur d’art plastique. Il est accusé de « pot-de-vin », fraude et abus de pouvoir. Les répliques à connotation purement xénophobe et antisémite fusent pendant le procès sans être censurées ou condamnées par le juge.

ilya_small.png

illustration Pierre-Alain Leboucher

« Croyez-vous franchement qu'un homme qui porte le nom de Farber est capable d’aider un village gracieusement ? » - s’exclame le procureur. Nous sommes en Russie, en 2012 dans le tribunal d’une petite ville de la région de Tver, au procès d'Ilya Farber, professeur d’art plastique. Il est accusé de « pot-de-vin », fraude et abus de pouvoir. Les répliques à connotation purement xénophobe et antisémite fusent pendant le procès sans être censurées ou condamnées par le juge.

Cette histoire digne d'une nouvelle de Tchekhov commence en 2010 quand cet artiste peintre, inspiré par les idées de la décentralisation, quitte Moscou avec ses trois enfants pour s’installer dans un petit village : il y obtient un poste de professeur d’art plastique et de littérature dans une école primaire.

A la demande de l’administration du village, Ilya Farber aide à coordonner le chantier de la Maison de la Culture locale. Pour accélérer les travaux, en attendant le financement de l’Etat, Ilya Farber paie de son propre argent les ouvriers et les matériaux du chantier.

Son rêve – améliorer la vie des enfants du village, leur apprendre à voir du bon et du beau. Sa réalité – ne pas être comme tout le monde dans ce village profond de la Russie, où les hommes boivent du matin au soir, et où la moindre tentative de changement est perçue comme une attaque personnelle par des habitants privés de tout accès à la culture, étouffés par la misère et les insurmontables problèmes quotidiens.

Quelques mois plus tard, à la fin des travaux, alors qu'il demande à être remboursé, il est arrêté par le Service fédéral de sécurité et accusé d'extorsion et escroquerie de 132 600 roubles (3000 euros).

Aucune preuve de sa culpabilité n’a été présentée au tribunal et le procureur ne cesse de justifier son accusation par les origines juives de l’accusé.

Au premier procès, en 2012, Ilya Farber est condamné à 8 ans de prison dans une colonie pénitentiaire de haute sécurité. La Cour Suprême intervient, annule le verdict et renvoie l’affaire devant le tribunal municipal.

Aout 2013, le deuxième verdict tombe : Ilya Farber est reconnu coupable de tous les chefs d’accusation et condamné à 7 ans et demi en colonie pénitentiaire de haute sécurité et à 3 millions de roubles d’amendes.

«… Il n’existe aucune explication rationnelle à cette condamnation. Pendant ces 7 ans et demi mes enfants vont grandir. Cette condamnation est tellement sanglante que même les meurtriers avec lesquels je suis détenu sont surpris.

Aujourd’hui j’ai honte pour le bureau du procureur, pour le juge d’instruction, pour toute la commission d'enquête, j’ai honte pour notre pays. J’ai honte devant les enfants. » - dit Ilya Farber pour sa dernière déclaration en aout 2013.

«  Parce que c’est ce qui se passe aujourd’hui en Russie. On juge ceux qui veulent des changements. Mais je suis content que tout cela se passe dans notre pays. Parce qu’un jour, le procès de quelqu’un va devenir cette goutte d’eau qui fait déborder le vase et changera la perception du monde des gens de notre pays. »

Pour son dernier appel le 11 décembre 2013, la condamnation d'Ilya Farber a été ramenée à 3 ans et 3 mois de prison ferme dans une colonie pénitentiaire de haute sécurité et à 3 millions de roubles d’amende.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.