Suren Gazaryan, militant écologiste poussé à l'exil

Dès qu’il apprend, au petit matin du 7 juillet 2012, qu'une terrible inondation vient de frapper la ville de Krymsk, dans sa région de Krasnodar, Suren Gazaryan prend quelques affaires et part aider les survivants. Sur la route, alors que l’on annonce déjà plus de 150 morts et des milliers de blessés, il se remémore sans doute le nombre d'alertes qu'il a lancées sur les risques écologiques pesant sur la ville de Krymsk.

Dès qu’il apprend, au petit matin du 7 juillet 2012, qu'une terrible inondation vient de frapper la ville de Krymsk, dans sa région de Krasnodar, Suren Gazaryan prend quelques affaires et part aider les survivants. Sur la route, alors que l’on annonce déjà plus de 150 morts et des milliers de blessés, il se remémore sans doute le nombre d'alertes qu'il a lancées sur les risques écologiques pesant sur la ville de Krymsk. En vain. Cet écologiste et zoologiste reconnu, bardé de diplômes et de récompenses, est peu écouté par le pouvoir.

« Etre entendu », c'est sans doute la principale raison qui a poussé Suren Gazaryan, auteur de plus de soixante travaux scientifiques, trois fois primé pour son action en faveur de la protection de l'environnement, à devenir un militant écologiste. Peu après sa sortie de l’université de Kouban, il s'engage dans l'ONG « Environmental Watch on North Caucasus » qui œuvre à la préservation du Caucase du Nord. La région est aussi unique pour sa biodiversité et ses paysages que fragile et vulnérable face aux promoteurs.

Lorsqu'en 2007 le Comité international olympique choisit la ville de Sotchi pour recevoir les Jeux olympiques d'hiver de 2014, Suren Gazaryan est l'un des seuls à alerter sur les risques qu'engendre un tel événement sportif pour l'environnement de la région. Très vite, ses craintes se confirment. Les zones naturelles sont menacées par les constructions, les habitants se mobilisent pour dénoncer la bétonisation. Dès 2009 l’écologiste dépose plusieurs plaintes pour « constructions illégales » et mène des actions coup de poing pour sensibiliser le public. Malgré des interpellations, il remporte plusieurs victoires en obtenant par exemple la modification des plans de construction de certains bâtiments olympiques ou l'arrêt de la construction d’une route vers la résidence de l'administration présidentielle « Grand Outrich ». 

En février 2011, Suren Gazaryan et d’autres militants écologistes mènent une action coup de poing contre la construction de la villa du gouverneur de la région, Alexander Tkatchev. Les écologistes accusent le gouverneur d'avoir illégalement privatisé une partie de la côte pour y faire bâtir sa « datcha ». Suite à cette action ils passent sept jours en prison. En août 2011, Suren Gazaryan s'attaque à encore plus gros : il mène plusieurs actions pour dénoncer ce qu'il appelle le « palais de Poutine » - un immense complexe doté d’un parc et d’une marina à côté du Cap Idokopas, au bord de la mer Noire. Un ensemble qu’il considère construit sans expertise environnementale suffisante. Officiellement, le propriétaire de la somptueuse demeure serait un entrepreneur inconnu dont la société est basée à Chypre. Toutefois, le palais est gardé par le FSO (service de protection fédérale) et les services spéciaux russes chargés de la protection du Président. Le yacht «Olympia», propriété supposée de Vladimir Poutine, a été vu plusieurs fois à proximité du palais[1]...

"Palais de Poutine"

En novembre 2012 Suren Gazaryan est victime d'un « procès fabriqué ». Les gardes du « palais de Poutine » l'accusent de « menaces de mort ». Le Comité d'enquête, dirigé par le célèbre général-colonel Bastrykine, ouvre une enquête et se lance à sa recherche[2]. Ne souhaitant pas passer sa vie en prison, l’écologiste choisit l'exil et demande l'asile politique en Estonie. Lorsqu'on lui demande quand il a l’intention de rentrer en Russie, il répond : « Quand le pouvoir changera. »[3].


[1]    http://gazaryan-suren.livejournal.com/23302.html

[2]    http://www.yugopolis.ru/news/social/2012/12/21/45732/rozysk-suren-gazaryan-ugolovnoe-presledovanie

[3]    http://www.russian.rfi.fr/rossiya/20121227-ekolog-gazaryan-chem-bolshe-lyudei-znayut-gde-ya-nakhozhus-tem-mne-bezopasnee

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