Billet de blog 2 déc. 2014

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Trop favorisés, les établissements scolaires de Seine-Saint-Denis?

Dans une « Lettre ouverte à madame la ministre de l’éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche», les enseignants du collège Paul-Eluard de Montreuil (Seine-Saint-Denis) s'étonnent d'être « tout à coup devenus trop favorisés pour pouvoir prétendre à un classement en ZEP » affirment leur détermination à « faire vivre cette belle idée que l'éducation est une priorité ».

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Dans une « Lettre ouverte à madame la ministre de l’éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche», les enseignants du collège Paul-Eluard de Montreuil (Seine-Saint-Denis) s'étonnent d'être « tout à coup devenus trop favorisés pour pouvoir prétendre à un classement en ZEP » affirment leur détermination à « faire vivre cette belle idée que l'éducation est une priorité ».


Madame la Ministre,

Nous, enseignants et personnels de l’Éducation nationale, avons appris avec stupéfaction que nos établissements scolaires ne seraient plus classés en zone d'éducation prioritaire (ZEP) dès le mois de septembre 2015.

Bien que l'annonce de la nouvelle carte des ZEP ne soit prévue que le 15 décembre 2014, les maires de communes concernées, les député-e-s élu-e-s des circonscriptions puis nos chef-fe-s d'établissement informé-e-s par vos services, nous ont déjà confirmé que nos quartiers d'exercice seraient tout à coup devenus trop favorisés pour pouvoir prétendre à un classement en ZEP.

Vous nous expliquerez à grand renfort de tableaux et de statistiques qu'il y a plus misérables que nous. Nous nous réjouissons qu'un grand nombre d'établissements dont les difficultés n'étaient pas justement reconnues fassent leur entrée en REP, mais nous refusons le chantage qui consiste, à moyens constants, à prendre aux pauvres pour donner aux plus démunis.

Quand on sait que les efforts consentis pour l’éducation prioritaire ne pèsent que 2 % de votre budget, les mots « équité », « justice sociale » et « prioritaire » sonnent dans vos discours comme de simples éléments de langage.

Vous nous promettez que de nouveaux moyens seront mis à disposition des établissements sortants, en fonction de la «réalité» de leurs difficultés. Vous proposez de les accompagner comme on accompagne un malade en phase terminale. Nous sommes vivants, nos projets auprès des élèves l'attestent, et nous entendons continuer à faire vivre cette belle idée que l'éducation est une priorité.

Notre légitime colère est le résultat du malaise général du corps enseignant, qui semble tout juste bon à servir de marronnier aux journalistes, à défaut de faire l'objet d'un traitement sérieux par notre autorité de tutelle. Par l'exclusion d'établissements de l’éducation prioritaire, non seulement vous sanctionnez leur résultats au mépris de notre investissement mais en plus vous les faites passer pour des nantis pour mieux justifier vos choix budgétaires.

Ainsi, votre procédé relève du maquillage moral d'une réforme qui ne repose que sur la logique comptable d'un ministère soumis aux restrictions budgétaires depuis quelques années.

Comment pouvez-vous affirmer en souriant, dans une émission de télévision populaire, que les enseignant-e-s ne travaillent pas pour l'argent ? Serions-nous des missionnaires bénévoles dans des contrées reculées et parfois exotiques ? Comment pouvez-vous présenter comme une avancée la création d'un concours au rabais en Seine-Saint-Denis ? Les élèves du 93 seraient-ils juste bons à se contenter des recalés des concours nationaux ou de contractuels recrutés via Pôle Emploi ?

Nous, professionnels et praticiens de l'éducation, sommes les plus à même d'appréhender les réalités de nos établissements. Elles sont âpres, car nous accueillons des enfants qui sont affectés par le creusement des inégalités sociales et territoriales. La mixité sociale est une avancée encore fragile.

Depuis de trop longues années maintenant, nous nous sentons délaissé-e-s, maltraité-es- et dénigré-es- dans ce en quoi nous croyons le plus et avons choisi de nous engager : l'Ecole.

Oui, nous sommes attaché-e-s à nos métiers, à nos rôles, à nos fonctions et à nos professions.

Oui, nous croyons en une école juste, égalitaire, laïque, solidaire et citoyenne. 

Oui, nous sommes pourtant lucides sur la dégradation de nos conditions de travail.

Oui, nous vivons tous les jours l’accroissement des inégalités sociales et territoriales.

Oui, nous combattons les préjugés, les insultes, le mépris de la classe politique et de notre hiérarchie.

Madame la Ministre, nous exprimons ici notre détermination à ce qu'aucune école, aucun collège, aucun lycée de notre département ne sorte de l’éducation prioritaire.

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