On marche si on veut!

Enfant de cette génération de la Marche pour l'égalité de 1983, Mouss, du groupe Zebda, s'inquiète du climat de racisme. Reprochant à la gauche d'instrumentaliser ces luttes, il rappelle la leçon apprise voici trente ans : « On ne peut pas combattre le racisme et les insécurités sociales avec des mots. » Il pense que le combat à mener est à la fois culturel, politique et social, et qu'il doit « mobiliser nos têtes d’hommes et de femmes de gauche ».

Enfant de cette génération de la Marche pour l'égalité de 1983, Mouss, du groupe Zebda, s'inquiète du climat de racisme. Reprochant à la gauche d'instrumentaliser ces luttes, il rappelle la leçon apprise voici trente ans : « On ne peut pas combattre le racisme et les insécurités sociales avec des mots. » Il pense que le combat à mener est à la fois culturel, politique et social, et qu'il doit « mobiliser nos têtes d’hommes et de femmes de gauche ».


Le parallèle entre les trente ans de la Marche pour l’égalité et le climat de racisme avéré, marqué notamment par les attaques contre Christiane Taubira, m’inquiète. Je fais comme vous le constat qu’il y a toujours du racisme, en France comme ailleurs d’ailleurs. Mais j’ai surtout la sensation que la lutte contre le racisme est une nouvelle fois appelée au secours pour sauver une gauche qui a des difficultés à gouverner. Il ne faut pas que l’histoire se répète. Nous, les enfants de cette génération de la Marche dite des Beurs de 1983, faisons partie de ceux qui se sont sentis trahis, instrumentalisés, niés sous la présidence de François Mitterrand.

Le message politique de cette Marche qui réclamait qu’on arrête de nous tuer, qui réclamait une égalité des droits a été gommé derrière ce mot « Beurs », qui nous a d’abord fait rire, nous, adolescents de Toulouse de l’époque, qui ne parlions pas le verlan parisien. Ensuite, on n’a plus ri. Il n’était plus question de politique, plus question d’emploi, de logement, d’éducation, de formation, de santé pour tous, mais de mettre du « Beur » dans quelques discours généreux. Comme s’il suffisait d’être un antiraciste moraliste et basique pour être de gauche, pour être progressiste ! Les choses sont bien plus compliquées que cela ! Alors, oui, aujourd’hui, j’ai un peu peur qu’on nous propose de rejouer le même jeu et qu’il en ressorte la même chose : rien du point de vue de la politique sociale ou de la priorité politique que représente la question des quartiers populaires.

Qu’est-ce qu’il est important de transmettre à nos enfants ? Le souvenir d’avoir marché pour un combat culturel ? Ou l’idée que le combat à mener est à la fois culturel, politique et social ? Oui, tout à la fois. Oui, ça complique les choses. Et tant mieux ! Moi, je suis de ceux qui pensent que c’est ce combat complexe qui doit nous mobiliser, qui doit mobiliser nos têtes d’hommes et de femmes de gauche. Pour avancer. Sans cela, nous continuerons à déplorer le désert politique qui nourrit les inégalités et donc le racisme et l'islamophobie. 

En 1983, je suis monté à Paris pour la première fois. J’étais un adolescent de la deuxième génération de l’immigration algérienne, de quartier populaire, un enfant d’ouvriers. L’arrivée de cette Marche pour l’Egalité levait un énorme espoir ! Je réalisais que des milliers et des milliers de jeunes avaient la même histoire, la même identité sociale que moi dans ce pays. Déçu par les non-mesures qui furent prises, j’en ai retenu que l’on ne peut pas combattre le racisme et les insécurités sociales avec des mots. J’en ai retenu que le combat social est et demeure bien autre chose qu’un combat politicien électoraliste. On a la chance de vivre en France, où des droits sociaux ont été acquis de haute lutte. Qu’est-ce qu’on en fait ? C’est cela la question. Pour le reste, ne marchons plus dans la combine.   

Mouss, du groupe Zebda. Ces propos ont été recueillis par Laurence Mauriaucourt pour L'Humanité

  • Lire aussi le blog de l'association Tactikollectif, qui coorganise “Ceux qui marchent encore” : deux jours de rencontres, débats, concerts… à la Bellevilloise et au Cabaret Sauvage, à Paris, les 7 et 8 décembre

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