Mehdi Thomas Allal, responsable du pôle anti-discriminations de la fondation Terra Nova et Asif Arif, avocat au barreau de Paris, interpellent dans la lettre ouverte que publie Mediapart la ministre de l'éducation nationale pour qu'elle mette fin à « ces attaques incessantes contre les élèves musulmanes » portant des jupes longues, « discriminées en raison de leur religion ». 

 

Madame la Ministre,

Nous nous permettons de vous interpeller suite aux deux affaires concernant le port de la jupe au collège et au lycée. Le collège et le lycée sont effectivement concernés par la loi du 15 mars 2004 prohibant les signes ostentatoires dans les écoles publiques, ce même texte ayant fait l’objet d’une retranscription dans le Code de l’éducation, que vous devez désormais maîtriser.

D’abord, vous avez commis une erreur de forme. Nous comprenons, dans l’affaire de Sarah, que, selon vos informations, cette élève aurait commis des actes de prosélytisme, ce dont d’ailleurs la maman se défend... D’abord, en tant que ministre de notre République, il serait avantageux, afin de ne pas faire circuler dans les médias des idées qui porteraient préjudices aux droits des administrés, que vous justifiiez un peu plus vos propos… En d’autres termes, que vous apportiez des preuves !

Ensuite, vous avez commis une erreur politique : en tant que ministre de l’éducation nationale, vous représentez certes l’institution dont vous avez la charge, mais également ses usagers. Afin de calmer la polémique et de disposer des deux versants de cette affaire, pourquoi n’êtes-vous pas allée à la rencontre des parents de Sarah pour discuter et, in fine, apaiser le débat ?

Enfin, vous avez commis une erreur juridique, en vous réfugiant derrière le prétexte des actes de prosélytisme de la part de cette jeune fille. Concrètement, que peut-il être reproché à cette élève mis à part son apparence physique, en l’occurrence sa tenue ? La loi répute désormais comme tels les signes qui marquent ouvertement une appartenance religieuse. Voyez-vous dans la jupe, même d’une certaine longueur, le signe d’une quelconque manifestation religieuse ?

A l’aube de cette deuxième polémique – en espérant qu’elle soit la seconde ! – c’est désormais Ikram, 18 ans, qui est prise en tenailles dans la machine politico-médiatique. N’oublions pas que ces enfants sont ceux de la République et que, tous les matins, ils se rendent à l’école. Ce ne sont pas des délinquants. En revanche, en les accusant sans fondement sur des chaînes de télévision nationales, vous les faites passer pour des malfrats, des personnes qui auraient commis un délit !

De plus, vos services se permettent de le faire au nom d’un principe qui nous est cher, qui est celui de la laïcité. Arrêtons-nous ici un instant.

La jupe, même trop « longue », n’est pas contraire au principe de laïcité, tout comme elle n’est pas un élément qui marque la religiosité de quelqu’un. Apprenons un peu plus de nos erreurs. Il va de soi que la vôtre est triple, les excuses publiques permettant de les réparer en intégralité.

Ces élèves, comme par hasard musulmanes, sont en revanche bien discriminées en raison de leur religion. Pour les hommes, une barbe de trois jours les rend « djihadistes », alors que, pour les femmes, un voile les rend de facto soumises et sans caractère ...

Nous demandons qu’au nom de la République et des principes qu’elle incarne, ces attaques incessantes contre les élèves musulmanes cessent. Nous sommes à votre entière disposition pour en parler avec vous de vive voix.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

Description d'un prosélyte universitaire du XXIème siècle

Il officie en position de pouvoir, enseignant de niveau universitaire. Ses élèves sont majeurs mais ne peuvent pas facilement lui résister puisqu'ils ne sont pas encore diplômés. C'est un homme, mais ce pourrait être une femme. Ses croyances lui dictent jusqu'à la façon dont les femmes doivent se vêtir. Les étudiantes venant d'un pays sous la coupe d'une religion officielle (la sienne) sont sa première cible. Dans son esprit, il joue le rôle de leur grand frère absent. Il les surveille : elles ne doivent pas fréquenter des hommes d'une autre religion. Une robe laissant voir un genoux est l'occasion d'un sermon, d'une menace de prévenir les parents là-bas au pays. Et d'ailleurs, il met ses menaces à exécution. Une réaction puérile du genre "mais je suis majeure, mes parents savent comment je m'habille" ne le retient pas. Il a recruté des espions de sexe masculin, des étudiants en provenance du même pays. Ces espions le renseignent sur ce qui se passe dans les lieux de rencontre entre étudiants où il n'est pas lui-même présent. Il a les moyens de rétribuer ses espions. Un petit coup de pouce lorsqu'il manque quelques points, après tout il est directeur des études. A l'inverse, quelques points en moins permettent de réduire à néant l'avenir des étudiantes récalcitrantes. On en voit pleurer au fond d'un couloir pendant qu'il les sermonne. On en a vu abandonner leurs études, brisées. C'est son Dieu qu'il sert. Ses activités ont fini par être connues par les plus hautes autorités universitaires. Mais quel texte prévoit ce comportement de prosélyte ? Aucun, et donc aucune mesure n'est encore prise. Le prosélyte peut se rendre tranquillement dans son lieu habituel de prière, proche de l'université, rendre compte de son action, éventuellement au milieu de son cours. Un jour peut-être une étudiante osera porter plainte, avec ou sans diplôme obtenu. En attendant, il fait des émules et commence aussi à terroriser ses collègues coreligionnaires.