Lettre ouverte aux candidat(e)s à la présidence de France Télévisions

 « Pour que les stéréotypes de sexe disparaissent des écrans, pour que les expertes soient aussi nombreuses sur les plateaux que leurs homologues masculins (...), et pour que les postes à responsabilité soient répartis de manière paritaire dans les chaînes », le collectif de femmes journalistes Prenons la Une, interpelle les postulants à la direction du service public de télévision.

 « Pour que les stéréotypes de sexe disparaissent des écrans, pour que les expertes soient aussi nombreuses sur les plateaux que leurs homologues masculins (...), et pour que les postes à responsabilité soient répartis de manière paritaire dans les chaînes », le collectif de femmes journalistes Prenons la Une, interpelle les postulants à la direction du service public de télévision.

 


 


Mesdames et messieurs les candidats(es) à la présidence de France Télévisions,

Vous briguez la présidence de France Télévisions, et l'un(e) d'entre vous sera désigné(e) d'ici la fin du mois de mai. Dans votre profession de foi, avez-vous inclus un volet sur la place des femmes à l’écran ? C’est en effet une des responsabilités du/ de la président(e) : veiller à une juste représentation des femmes sur les six chaînes du groupe. Le collectif Prenons la Une se mobilise pour que les stéréotypes de sexe disparaissent des écrans, pour que les expertes soient aussi nombreuses sur les plateaux que leurs homologues masculins (pour l’instant, elles ne sont que moins de 20 %), et pour que les postes à responsabilité soient répartis de manière paritaire dans les chaînes.

Prenons la Une était d'ailleurs présent en mars 2014 à l'évènement « En avant toutes ! » organisé par France Télévisions. A cette occasion, le groupe avait réitéré son engagement d’atteindre l'objectif de 30 % d'expertes dans les émissions d'information. Le directeur de l'information, Thierry Thuillier, voulait même aller plus loin, en portant cet objectif à 35 % d'ici fin 2015. Où en est France Télévisions ? Pour le moment, aucun bilan chiffré pour l'année 2014 n'a été rendu public. A-t-il seulement été réalisé en interne ?  

L'absence de communication sur ces résultats permet de douter que l’objectif ait été atteint.

D'ailleurs, Prenons la Une a mesuré la part d'expertes dans l'émission quotidienne « C dans l'air » sur France 5, pour les trois premiers mois de 2015. L'émission affiche à peine 23 % de femmes invitées sur cette période. Or respecter un engagement inscrit dans le Contrat d'objectifs et de moyens, signé avec l'Etat, est pourtant le minimum que doit assurer un groupe comme France Télévisions. Et il sera du devoir du futur(e) président(e) de l'assurer.

Et encore, ce n’est qu’un minimum. Le groupe rappelle sur son site Internet que « chaque semaine, plus de 77 % des Français regardent les chaînes de France Télévisions ». Il est aussi en charge d'une mission de service public. L'image des femmes et leur place dans les programmes ont un impact sur le public et un rôle très influent dans la construction des identités. Il est donc primordial que le président(e) de France Télévisions mette en œuvre des objectifs ambitieux en la matière. 

La récente loi pour l'égalité réelle entre les femmes et les hommes contient justement des dispositions qui concernent directement France Télévisions. La loi affirme que les chaînes d'audiovisuel « contribuent à la lutte contre les préjugés sexistes et les violences faites aux femmes en diffusant des programmes relatifs à ces sujets. Ces services fournissent au Conseil supérieur de l'audiovisuel des indicateurs qualitatifs et quantitatifs sur la représentation des femmes et des hommes dans leurs programmes ». Ce texte est complété par une résolution du CSA en février dernier, qui incite France Télévisions à prendre des engagements volontaires. 

France Télévisions affirme noir sur blanc sur son site que « des efforts restent à faire en matière d’égalité et de perception de la place des femmes dans la société ». Ce sera donc à l'un d'entre vous, mesdames et messieurs les candidats à la présidence du groupe, de définir et de mettre en œuvre les moyens concrets pour aller plus loin. Prenons la Une compte sur vous. Et suivra avec vigilance vos engagements et votre bilan.

 

Prenons la Une est un collectif de femmes journalistes qui se mobilisent pour une juste représentation des femmes dans les médias et l'égalité professionnelle dans les rédactions.

Les membres du collectif Prenons la Une : Claire Alet (Alternatives Economiques), Cécile Amar (Le Journal du dimanche), Marianne Bliman (Les Échos), Claire Boubé (indépendante France24 et AFPTV), Mélissa Bounoua (Slate), Eloïse Bouton (indépendante), Lénaïg Bredoux (Mediapart), Sophie Caillat (indépendante), Alice Coffin (20 Minutes), Laure Daussy (indépendante), Cécile Dehesdin (Buzzfeed France), Ixchel Delaporte (L’Humanité), Rokhaya Diallo (éditorialiste), Nassira El Moaddem (France2), Clémentine Gallot (Libération), Élise Godeau (Libération), Hélène Guihunt (indépendante et Elle), Ségolène Hanotaux (indépendante), Marie Kirschen (Well Well Well), Valérie Landrieu (Les Échos), Ariane Lavrilleux (indépendante et Europe 1), Audrey Lebel (Causette), Virginie Le Borgne (indépendante), Léa Lejeune (Challenges), Myriam Levain (Cheek Magazine), Aude Lorriaux (indépendante), Johanna Luyssen (Libération), Rachel Mulot (Sciences et avenir), Camille Neveux (Le Journal du dimanche), Fanny Roux (Contexte), Céline Rouzet (indépendante), Valérie de Senneville (Les Échos), Sidonie Sigrist (indépendante), Julia Van Aest (LCI, M6, BFMTV), Laure Watrin (indépendante et Les Pintades).

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