Les préjugés racistes sont plus forts que le droit

En 1983, Yamina Benchenni participait à la marche contre le racisme et pour l'égalité. Trente ans après, elle milite toujours dans les quartiers nord de Marseille et « pour combattre les préjugés » qui persistent, la loi ne suffit pas, constate-t-elle. Sa proposition: « introduire dans le programme scolaire l’histoire des luttes contre le racisme et l’antisémitisme ». 

En 1983, Yamina Benchenni participait à la marche contre le racisme et pour l'égalité. Trente ans après, elle milite toujours dans les quartiers nord de Marseille et « pour combattre les préjugés » qui persistent, la loi ne suffit pas, constate-t-elle. Sa proposition: « introduire dans le programme scolaire l’histoire des luttes contre le racisme et l’antisémitisme »



L’année 2013 est celle d’une célébration de la marche contre le racisme et l’égalité des droits, qui a mobilisé le 3 décembre 1983 plus de 100 000 personnes à Paris pour dire non au racisme et proclamer le doit à vivre sur le sol français comme des citoyens à part entière, et à y être reconnu comme des sujets.

Voilà que le magazine Minute remet sur le tapis une idéologie des « races » en s’attaquant à Christiane Taubira, qui a toujours voulu défendre le pacte républicain. Comme si des années de crimes racistes étaient passées pour rien… Comment peut-on vivre en France et oublier, lorsque tout est fait pour faire ressurgir le passé ? La violence des attaques à l’encontre de la Garde des sceaux remet en question l’histoire des luttes en France. Le caractère raciste d'un crime est souvent difficile à prouver devant la justice, mais pour nous, familles victimes de crimes racistes, la disparition de nos morts est une preuve indéfectible.

Si les coupables n’avouent pas qu’ils ont tué, insulté, qu’ils ont exclu des droits fondamentaux des personnes, des êtres humains, pour leur couleur de peau, pour leur type maghrébin, pour leur appartenance religieuse, il reste toujours difficile pour la justice de condamner, par manque de preuve. Le caractère raciste est donc rarement possible à prouver si l’auteur n’a pas le courage de le dire et de l’assumer.

La loi ne suffit pas pour combattre le racisme

Il ressort de cette guerre ouverte contre les préjugés que la justice ne peut être la seule à combattre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme, l’islamophobie, et toutes les formes de discriminations qui se sont empilées ces dernières années.

Que se passe-t-il ? Le racisme revient-il ? Cela supposerait qu’il aurait disparu par le seul fait des lois contre la discrimination ? Par l’effet des mobilisations nombreuses, qui se produisent à chaque fois que les valeurs de notre République sont attaquées ? Le racisme est là en permanence et il a comme objectif premier de nous cibler pour mieux diviser les Français. Attaquer une ministre de la justice, le symbole est fort !

Le racisme revient à chaque fois par une nouvelle porte d’entrée : la préférence nationale pour les allocations familiales ; la volonté d’une création d’un ministère de l’identité nationale et le discours sur le pain au chocolat, la délinquance dès la naissance chez les familles issues de l’immigration. Tout cela ne fait qu’alimenter le racisme, dans sa pensée d’origine, pour lequel nous n’avons pas à être égaux en droits. Le terreau est là, et les préjugés continuent à se développer dans la tête des enfants. L’idéologie raciste, antisémite est bien présente dans cette douce France que nous avons essayé de défendre. Comme un virus, le racisme est mutant ; il  s’adapte malgré l’arsenal juridique pour le détruire.  

Préjugés et culpabilité vont ensemble

Depuis des années, nous nous sommes adaptés à des remarques désobligeantes, des comportements hostiles (on fait toujours le premier pas pour rentrer en contact ; pour toujours dire bonjour dans le travail, le voisinage… ), on ne baisse pas la tête mais à l’intérieur on est blessé par les regards accusateurs dès que les quartiers populaires vivent des problèmes de violences, des règlements de comptes, des banlieues qui brûlent; les problèmes sociaux ne sont plus pensées en tant que tels. Les habitants en sont souvent les victimes, mais pour bien d’autres ils sont les coupables, responsables de leurs sorts. Ne pas penser les vraies causes, c’est déjà le premier pas vers la construction de la pensée sur la « philosophie des préjugés ».

Egaux en droit et dans les actes

Sommes-nous responsables de notre propre malheur, rassemblés sur des territoires d’exclusion, avec un taux de chômage tellement important que  l’emploi devient un mythe pour une génération qui n’a pas connu les luttes anciennes? Et qui pense que la France est certainement raciste pour en arriver là? Non, toute la France ne l’est  pas. Elle ne voit plus vraiment venir la montée en puissance des actes, des discours, des blagues racistes et surtout de l’instrumentalisation politique pour les enjeux électoraux.

Pour combattre les préjugés, il est urgent d’introduire dans le programme scolaire l’histoire des luttes contre le racisme et l’antisémitisme. Cela n’est plus seulement une histoire de bataille juridique mais aussi d’éducation ; ce n’est pas une moralisation de la pensée en terme de bien et de mal, mais une question de valeurs fondamentales : égaux en droits et dans les actes.

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