Le combat de Jacques Bompard pour la parité… en prison

« On est en droit de se demander (...) s’il est légitime d’utiliser l’argent public (...) à la perpétuation de l’homophobie et du sexisme », s'interrogent Coline Cardi, maîtresse de conférence en sociologie à Paris 8, auteure d’une thèse sur les femmes détenues, et Arthur Vuattoux, doctorant à Paris 13, après les sorties du député-maire d'Orange, réélu dimanche au premier tour avec le soutien du FN dont il fut fondateur.

« On est en droit de se demander (...) s’il est légitime d’utiliser l’argent public (...) à la perpétuation de l’homophobie et du sexisme », s'interrogent Coline Cardi, maîtresse de conférence en sociologie à Paris 8, auteure d’une thèse sur les femmes détenues, et Arthur Vuattoux, doctorant à Paris 13, après les sorties du député-maire d'Orange, réélu dimanche au premier tour avec le soutien du FN dont il fut fondateur.


 

 

Les femmes ne représentent que 3% de la population carcérale. Le constat est alarmant selon Jacques Bompard, député et maire d’Orange, et il l’a dénoncé dans une question au gouvernement le 11 mars dernier, appelant à ce que « la parité soit rétablie dans les établissements pénitentiaires ». Et c’est d’autant plus scandaleux que cette inégalité est ancienne : malgré l’augmentation générale du nombre de détenus, le nombre de femmes en prison n’a pas dépassé les 4,4% dans les vingt dernières années. Et l’on s’étonne que les inégalités femmes-hommes perdurent…

La garde des Sceaux devrait sans doute prendre note de ce scandale au cœur des prisons françaises, et réfléchir aux moyens d’y remédier en enfermant davantage de femmes. Et ce d’autant plus que le lanceur d’alerte est un spécialiste bien connu des questions de genre et de sexualité. En effet, Jacques Bompard s’était déjà illustré lors du vote de la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe, proposant alors deux amendements. L’un préconisait la légalisation de la polygamie et de l’inceste (1) ; l’autre que le nom de l’enfant adopté dans le cadre de la nouvelle loi soit celui de l’officier d’état civil qui enregistre la déclaration – l’adoption par des couples homosexuels faisant perdre tout son sens à l’état civil traditionnel (2). C’est aussi lui qui, sans arrière-pensée bien-sûr, interrogeait en juillet dernier le ministre de l’Intérieur sur le cas d’un couple homosexuel ayant eu un enfant via une mère porteuse, et accusé d’avoir violé cet enfant à plusieurs reprises et en divers lieux (dont la France). Quelle belle manière de pointer le danger potentiel que les couples homosexuels font courir à « nos » enfants…

La violence de ces mauvaises blagues à répétition, de cette haine de l’égalité femmes-hommes, de l’homosexualité et des nouvelles formes de parentalité, n’est en rien atténuée par « l’humour » gras et cynique du maire d’Orange, membre fondateur du Front national et allié du Bloc identitaire, et réélu ce dimanche dès le premier tour. Sur son site Internet, le député-maire se targue d’un slogan populiste : « le bon sens au service du bien commun ». Or, on est en droit de se demander, comme citoyen-ne-s, s’il est légitime d’utiliser l’argent public octroyé par ces deux mandats à la perpétuation de l’homophobie et du sexisme. Le bon sens, d’après Jacques Bompard, c’est bien la haine des minorités, le refus d’accepter que les homosexuel‑le‑s ou les femmes puissent accéder à l’égalité. Curieuse vision du bien commun.

Car oui, à l’heure où la parité reste un vain mot (l’assemblée nationale compte à peine plus de 20% de députées et, parmi les têtes de liste aux municipales, seuls 17% de femmes), on est en droit d’attendre des acteurs politiques autre chose que des blagues visant à décrédibiliser l’idée de parité ou faisant l’amalgame entre homosexualité, polygamie et inceste.

La parité en prison n’est pas une question pertinente, évidemment, elle n’est qu’une mauvaise blague, une de plus de la part d’un député jouant avec la démocratie comme s’il s’agissait d’un concours de bons mots. Cependant, si cela peut le rassurer, nos recherches, menées à propos des femmes détenues et des adolescentes confrontées à la justice, montrent qu’en ce qui les concernent, le contrôle social s’exerce peut être moins dans le strict cadre de l’enceinte carcérale, mais davantage et de façon encore plus efficace dans d’autres sphères. Les femmes sont en effet très nombreuses à faire l’objet de mesures socio-éducatives visant à en faire de « bonnes mères », leurs corps sont contrôlés, disciplinés par les institutions de protection maternelle et infantile, elles sont aussi beaucoup plus nombreuses que les hommes à faire l’objet d’une contrainte médicale et psychologique dans le cadre pénal. Bref, les inégalités de genre existent bel et bien dans nos institutions, elles s’exercent juste différemment selon le sexe des individus.

Gageons qu’à l’avenir les acteurs du monde politique s’intéressent au sort des femmes en prison, bien souvent oubliées des débats et des politiques pénitentiaires, pour autre chose que pour des blagues aux pires relents sexistes ou homophobes.

(1) Amendement n°4661 et 4462, finalement rejetés lors du vote de la loi.
(2) Amendement n°4672, finalement rejeté lors du vote de la loi.

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