Femmes et adolescentes, oubliées de la lutte contre le sida

Carine Favier, présidente du Planning Familial, Nicolas Rainaud (Equilibres et Populations), Catherine Coutelle et Brigitte Gonthier-Maurin, présidentes des Délégations aux droits des femmes de l’Assemblée nationale et du Sénat ainsi que de nombreux autres élues et élus, alertent sur la féminisation de l'épidémie.

Carine Favier, présidente du Planning Familial, Nicolas Rainaud (Equilibres et Populations), Catherine Coutelle et Brigitte Gonthier-Maurin, présidentes des Délégations aux droits des femmes de l’Assemblée nationale et du Sénat ainsi que de nombreux autres élues et élus, alertent sur la féminisation de l'épidémie.


 

Dès les années 90, l’OMS révélait que le taux d’infection par le VIH/sida augmentait plus rapidement chez les femmes. Onusida, en 2011, recense environ 2,2 millions de nouvelles infections dont 54,5% concernent des femmes. En Afrique sub-saharienne, cœur de l’épidémie, ce taux grimpe à 60%.

A l’occasion du 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le sida, il est crucial de souligner que les perspectives ne sont pas réjouissantes, notamment pour les jeunes chez qui les inégalités liées au sexe s’accentuent. Dans certains pays africains, une adolescente a sept, huit ou neuf fois plus de risques de contracter le VIH qu’un adolescent. Comment enrayer cette évolution ? Malheureusement, aucune réponse concrète, aucune action ne sont esquissées contre cette féminisation galopante de l’épidémie.

Non, les femmes ne sont pas plus enclines à contracter le virus du sida : si les facteurs biologiques existent, ils sont marginaux. Ce sont bien les facteurs culturels, sociaux, économiques et juridiques qui sont prépondérants. La dépendance financière, le niveau d’éducation inférieur, les abus sexuels, le système prostitutionnel et la traite des femmes, comme le manque d’accès à l’information et aux méthodes de prévention, assortis du déni des droits fondamentaux des femmes sont le creuset de cette féminisation de la pandémie.

Si les stratégies de lutte contre le sida dans les pays en voie de développement se sont avérées moins efficaces qu’espéré, c’est qu’elles reposaient sur des idées reçues et contre-vérités. Non, le mariage ne protège pas du sida, surtout si la femme n’a pas son mot à dire. Non, les adolescentes ou les femmes non mariées ne peuvent pas toujours compter sur le soutien de leur entourage. Oui, prôner l’abstinence pour les jeunes comme moyen de prévention est totalement inefficace ! Poser un tel interdit en niant la sexualité des jeunes favorise des prises de risques, invalide toute démarche de prévention et dénie aux jeunes filles le droit d’utiliser une protection.

Certes, la lutte contre le sida a fait des progrès significatifs, notamment dans la transmission mère-enfant. Mais avant d’être mère, chaque femme est avant tout une personne qui a le droit de se protéger de cette maladie. Si le « traitement comme prévention » apporte un espoir, cette approche n’éradiquera pas le VIH/sida car le défi n’est pas uniquement médical.

La France contribue chaque année à hauteur d’environ 500 millions d’euros à la lutte contre les trois grandes pandémies dans le monde (VIH/sida, tuberculose, paludisme). Elle doit peser de tout son poids pour exiger que:

- les inégalités femmes/hommes soient prises en compte dans les domaines économique, culturel, politique, social, et juridique, tout en facilitant l’accès à des modes de prévention adaptés aux femmes, et dont elles ont la maîtrise ;

- une communication continue sur le préservatif féminin, et sa mise à disposition à coût équivalent au préservatif masculin, soit organisée. Car cet outil de protection contre les infections sexuellement transmissibles et les grossesses non voulues contribue à promouvoir efficacement l’ensemble des droits en matière de sexualité des femmes et des hommes ;

- les recherches soient développées pour une mise à disposition rapide et optimisée des microbicides.

S’attaquer aux inégalités de genre, limiter le nombre de femmes et de jeunes filles contaminées, c’est réparer, enfin, une injustice flagrante. C’est aussi avoir une approche globale bénéficiant à l’ensemble des sociétés, et ce bien au-delà de la seule lutte contre le VIH/sida. Sinon, la lutte contre le sida restera une course sans fin.

La France doit donc pleinement intégrer cette approche des rapports sociaux de sexe et ce focus sur les droits des femmes dans les politiques de lutte contre le sida qu’elle soutient. Elle a toute la légitimité pour défendre cette vision au plan international.

Signataires

Carine Favier, présidente du Planning Familial,
Nicola Rainaud, Equilibres et Populations,
Catherine Coutelle, députée, présidente de la Délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale
Brigitte Gonthier-Maurin, sénatrice, présidente de la Délégation aux droits des femmes du Sénat
Sandrine Mazetier, vice-présidente de l'Assemblée nationale
Sylviane Alaux, députée
Marie-Nöelle Battistel, députée
Brigitte Bourguignon, députée
Danielle Bousquet, rapporteure de l'Observatoire de la parité entre les femmes et les hommes
Christophe Bouillon, député
Naïma Charaï, conseillère régionale d'Aquitaine
Christiane Demontès, sénatrice
Guy Delcourt, député
Sébastien Denaja, député
Olivier Dussopt, député,
Chantal Guittet, députée
Adeline Hazan, maire de Reims
Conchita Lacuey, députée
Annick Le Loch, députée
Jean-René Marsac, député
Martine Martinel, députée
Nathalie Nieson, députée
Ségolène Neuville, députée
Sébastien Piétrasanta, député
Christine Pires Beaune, députée
Barbara Pompili, députée
Catherine Quéré, députée
Bernard Roman, député
Jean-Louis Touraine, député.

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