La Commune, plus vivante que jamais!

Loin de la légende noire des pétroleuses incendiaires et des terribles massacres de la semaine sanglante, la Commune fut d’abord une immense fête populaire rassemblant jusqu’à 200.000 personnes lors de sa proclamation devant l’Hôtel de ville. La Ligue de l’enseignement s’inscrit dans la célébration du 150° anniversaire de la Commune.

Loin de la légende noire des pétroleuses incendiaires et des terribles massacres de la semaine sanglante, la Commune fut d’abord une immense fête populaire rassemblant jusqu’à 200.000 personnes lors de sa proclamation devant l’Hôtel de ville. Dans son livre justement intitulé « La proclamation de la Commune », Henri Lefebvre la décrit : « Ce fut d’abord une grandiose fête, une fête que le peuple de Paris, essence et symbole du peuple français et du peuple en général, s’offrit à lui-même et s’offrit au monde. Fête du printemps dans la Cité, fête des déshérités et des prolétaires, fête révolutionnaire et fête de la Révolution, fête totale, la plus grande des temps modernes… ». Ce moment festif fut partagé dans les tentatives analogues à Marseille, Lyon, Narbonne, Saint Etienne, Toulouse, Alger…

La Déclaration au Peuple français

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La Commune a développé son programme dans la fameuse Déclaration au Peuple français du 19 avril.
« Paris travaille et souffre pour la France entière, dont il prépare, par ses combats et ses sacrifices, la régénération intellectuelle, morale, administrative et économique, la gloire et la prospérité.
Que demande-t-il ?
La reconnaissance et la consolidation de la république, seule forme de gouvernement compatible avec les droits du peuple et le développement régulier et libre de la société ; L’autonomie absolue de la Commune étendue à toutes les localités de la France, et assurant à chacune l’intégralité de ses droits, et à tout Français le plein exercice de ses facultés et de ses aptitudes, comme homme, citoyen et travailleur ; L’autonomie de la Commune n’aura pour limites que le droit d’autonomie égal pour toutes les autres communes adhérentes au contrat, dont l’association doit assurer l’unité française ».  

Une trentaine de décrets s’ensuivront sur les loyers, les amendes patronales infligées aux ouvriers, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la promotion de l’enseignement du peuple, objectif de la Ligue à la même époque, la reconnaissance juridique des enfants naturels et des concubines… Les femmes entrent réellement en politique à ce moment…

Et la Ligue ?

De cette œuvre grandiose, on ne voyait de l’extérieur de la ville que la guerre civile, puis le carnage final. La plupart des écrivains de l’époque, même républicains, en furent effrayés. Jean-Paul Martin dans son indispensable « La Ligue de l’enseignement. Une histoire politique (1866-2016) » nous apprend que les dirigeants de la Ligue restent muets. « L’épisode de la Commune ne sera jamais évoqué publiquement  lorsque la Ligue reprend ses activités en juillet 1871 » à l’exception de vagues évocations par certains militants. En revanche des Ligueurs présents à Paris s’engagèrent résolument. Le plus connu est Louis Rossel, membre du premier Cercle de la Ligue à Metz. Nicolas Cadène, qui est un de ses parents, lui a consacré plusieurs articles. Il nous fait l’amitié de nous autoriser à en publier un dans cette édition: "Qui était Louis Rossel ?". .

Augustin Verdure Augustin Verdure
Un autre ligueur devenu communeux, comme on disait à l’époque, est évoqué par Jean-Paul Martin : Augustin Verdure. « Numéro 6 sur la première liste des adhérents [de la Ligue] dès 1866 ; militant coopératif, il est alors délégué de la société du crédit au travail ; il sera membre du Comité central de la Commune, arrêté, condamné à la déportation en Nouvelle-Calédonie où il mourra en 1873 ». Le Dictionnaire du mouvement ouvrier et du mouvement social précise qu’il fut instituteur, membre de l’Association Internationale des Travailleurs et franc-maçon. En Nouvelle-Calédonie, on lui refuse d’ouvrir une école. Les renseignements du Maitron sont tirés pour l'essentiel de « Histoire de la Commune 1871 » de P-O. Lissagaray qui ajoute un fait sidérant. Le conseil de guerre qui l’a condamné n’avait relevé contre lui que ce crime : c’est un « utopiste philanthrope » !

Marx disait que les « parisiens étaient partis à l’assaut du ciel ». Belle image qu’on peut appliquer à la Ligue de l’enseignement qui se retrouvera dans l’héritage de la Commune. Son programme et les réalisations que la Commune a pu mener à bien ou entamer sont celles de tous les républicains. Ce sont celles que nous voulons faire vivre en tant que mouvement d’éducation populaire laïque. Une longue marche dans une voie qui est encore devant nous…

La célébration des 150 ans de la Commune

La montée au Mur en 2019 La montée au Mur en 2019
Créée en 1882 par des communards de retour d’exil, l’association des Amies et Amis de la Commune de Paris (1871) est la plus ancienne des organisations du mouvement ouvrier français. Elle est la référence unanimement reconnue. Elle entend perpétuer « les idéaux de la Commune et faire connaître son œuvre prémonitoire : école laïque, séparation de l’église et de l’état, interdiction du travail de nuit, émancipation des femmes, autogestion des entreprises... Un idéal d’une actualité brûlante dans un monde inégalitaire, dominé par le pouvoir de l’argent ». Sa secrétaire générale est Françoise Bazire.

L’association propose expositions, colloques, débats… En temps normal  rencontres dans les quartiers, les entreprises, les établissements scolaires, visites de Paris et des lieux qui retracent le parcours des communards et édite textes, brochures, ouvrages. Ses activités et de nombreux liens sont présentés sur son site. Les Amis de la Commune ont également créé un site dédié recensant les principaux événements liés au 150° anniversaire. Un rassemblement est envisagé le  jeudi 18 mars, à 14 h, place de la Bastille, à l’angle du boulevard Beaumarchais et du boulevard Richard Lenoir. Avec un départ à 14 h 30 pour se rendre à l'Hôtel de Ville à 16 h. La traditionnelle montée au Mur des fédérés pourrait avoir lieu le samedi 29 mai prochain. La conformation de ces projets sera fait sur les sites.  

L’Institut de recherche et d’études de la Libre Pensée (IRELP) , présidé par Jean-Marc Schiappa, s’est de son côté engagé dans la réalisation d’un colloque qui prendra finalement la forme d'un ouvrage constitué des des contribution.  L’initiative a été précédée d’un message du secrétaire général de la Fédération Nationale de la Libre Pensée, Christian Eyschen. 

L’IRELP propose deux liens vers des dossiers documentaires : l’inventaire des Conseils de guerre et condamnés de la Commune de Paris  et le « Journal Officiel de la Commune de Paris ». Les actes du colloque seront édités au mois d’août. Cet ouvrage  contiendra un certain nombre d’annexes. Les propositions de textes, documents ou témoignages pourront éventuellement figurer dans ces annexes.

Le 3 avril, anniversaire du décret de séparation des Eglises et de l’Etat, l’IRELP et la FNLP déposeront  une gerbe au Mur des Fédérés. Six personnes formeront la délégation. La cérémonie sera filmée et mise en ligne. Pendant l’anniversaire de la Semaine sanglante, un rassemblement devant l’ancienne caserne Lobeau sera organisé par la Fédération nationale de la Libre Pensée. La date n’est pas fixée.

Présentation du colloque par Sylvie Brodziak, Professeure des universités en Littérature française et francophone et Histoire des idées:

Présentation du colloque par Sylvie Brodziak, Professeure des universités en Littérature française et francophone et Histoire des idées

 

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