Agir et décider en citoyens d’Europe

La Ligue de l'enseignement a réaffirmé son engagement "Agir et décider en citoyen d'Europe" lors de son 92° congrès qui s'est déroulé à Lyon en 2004. Depuis leur création en 1987 les Cercles Condorcet travaillent sur l'Europe. Et donc sur la résolution de 2004. La Ligue de l'enseignement et les Cercles Condorcet s'investissent dans la Conférence pour l'avenir de l'Europe.

André Jourdes était le rapporteur de la question mise à l'étude pour le congrès de Lyon "Agir et décider en citoyen d'Europe". Texte intégral. (pdf, 489.3 kB)

En voici quelques extraits:

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Ce thème « Agir et décider en citoyens d’Europe » s’est imposé à la fois comme suite de notre réflexion interne, volonté de réduire le décalage entre l’importance des décisions de l’Union et la perception des citoyens, désir d’être au rendez-vous de l’actualité lors d’échéances importantes.  Si, ces dernières années, les publications de la Ligue ont sensibilisé ses adhérents à la construction de l’Union Européenne, si les Cercles Condorcet ont mis cette question à l’étude de leur Convention, si certains départements et le centre confédéral se sont impliqués dans des programmes européens et si des responsables participent aux travaux de réseaux associatifs en Europe, il faut bien reconnaître que trop de Ligueurs n’y ont prêté qu’une attention relative. Par désintérêt, crainte ou sentiment d’impuissance, une forte abstention se manifeste aux élections européennes où l’Europe est d’ailleurs trop souvent caricaturée en termes d’enfer ou de paradis ; un fossé se creuse entre la grande majorité des citoyens et l’Union... 

Ces ambiguïtés, divergences politiques et ces contraintes perdurent encore. Aussi la construction européenne a progressé tantôt par des crises, tantôt pas à pas par modifications successives des Traités, jamais avec la participation des citoyens, toujours à l’écart des peuples, essentiellement par des négociations diplomatiques où chacun défend ses intérêts nationaux avec l’aiguillon d’une Commission Européenne en charge des Traités et de l’intérêt fédéral...

L’Europe : d’une utopie à une réalité très singulière

 

Le Printemps des peuples 1848. Lithographie de Frédéric Sorrieu. Le Printemps des peuples 1848. Lithographie de Frédéric Sorrieu.
Ce mythe aux contours incertains doit beaucoup aux expéditions des conquérants de ce continent partis à la découverte du monde avant que ses nations n’y développent leurs empires coloniaux. Sa grandeur tient surtout au fait que l’essentiel des principes qui gouvernent ce que l’on nomme la culture occidentale ont des racines essentiellement européennes. Mais l’Europe ce sont aussi les violents affrontements entre pouvoirs ou religions, les puissantes tentatives d’unités dictées plus par la soif de constitution d’empires que par l’envie de coopérations pacifiques. Depuis plus de deux siècles, après les ravages de chaque nouvel affrontement, les aspirations à un continent pacifié et à l’utopie d’une Europe unie se sont régulièrement manifestées. Au « Printemps des peuples » on rêve aux « Etats-Unis d’Europe » aboutissement des trois révolutions : l’avènement des nations, l’instauration des libertés, l’organisation de la justice sociale...

Refonder une éducation populaire de notre temps ou le pari d’un rôle « historique » pour la « classe moyenne ».

 Le passage à la République s’est faite en France au XIX siècle sous l’influence des « couches nouvelles » qui ont gagné le peuple à la République disait Gambetta. « Les classes moyennes » ont été en effet les acteurs et les bénéficiaires du progrès et de la démocratisation... Vouloir refonder une éducation populaire de notre temps c’est faire le pari de les inviter à coopérer dans un espace transfrontières pour jouer « leur rôle historique »:

En invitant les élites, décideurs, experts, intellectuels à mettre leurs compétences au service d’une intelligence collective pour un développement durable concernant le plus grand nombre , en les invitant à vulgariser ou à rendre compréhensibles les résultats de la recherche, de l’expertise ou des débats d’idées .

En redonnant son plein sens au mot populaire : non pour désigner les pauvres, les laissés pour compte ou les « autres » mais pour qualifier le peuple démocratique dans son ensemble et ses diversités, en reconnaissant une égalité en droit et en dignité à tous ses membres et en créant les conditions nécessaires à un réel exercice de leur souveraineté...

Le rôle du monde associatif

Le monde associatif ne pouvait accepter d’être restreint au seul rôle de généreux bénévole ou d’opérateur social spécialisé , quelquefois consulté dans certains domaines d’activités, d’autant que malgré plus de 15 ans d’efforts, les militants n’avaient pu faire aboutir le projet de statut d’une association européenne... C’est pourquoi le mouvement associatif s’est fixé comme objectif de faire reconnaître pleinement les associations et de réclamer un article dans les Traités qui donnerait une base juridique au « dialogue civil » entre les Institutions de l’Union et les associations. Des campagnes ont été organisées : la plate-forme des ONG sociales, espace de coordination (où la Ligue est représentée par l’intermédiaire de Solidar) s’est fortement mobilisée à Lisbonne puis à Nice pour faire reconnaître la société civile organisée comme force de cohésion sociale pour une Europe des droits. La Charte des Droits fondamentaux proclamée à Nice., comporte un article précisant «que toute personne a droit à la liberté d’association à tous niveaux notamment dans les domaines politique, syndical et civique…».

De l’identité et des principes fondateurs

Le Parthénon reconstitué Le Parthénon reconstitué
Quel héritage ? Qui sommes-nous ? Que voulons nous faire ensemble ? L’Europe est perçue au premier abord plus comme une diversité qu’une unité. On sent bien que si identité européenne il y a, elle ne peut résider ni dans sa grandeur passée, ni se limiter à la construction pragmatique actuelle, mais vue des autres continents, les distinctions s’estompent, l’Europe apparaît comme une réalité. Son identité composite certes, ne peut être mise en doute... Elle est le résultat d’apports différents de philosophies, de constructions politiques (Démocratie de la Grèce antique, droit romain, souveraineté populaire de notre Révolution), de l’influence spirituelle et des matrices des religions, mais aussi de ruptures (La Renaissance, la Réforme, les Lumières, les combats ouvriers…), d’affrontements nationaux. Elles est marquée par ses paysages (fleuves et montagnes) et son patrimoine, par le rayonnement culturel de grandes cités, les poètes et écrivains, les peintres et musicien, les chercheurs et philosophes dont les œuvres ont dépassé les frontières nationales. La part qu’ont pris ces apports et ces influences doit être pleinement reconnue (celle de la chrétienté pendant des siècles avec ses propres divisions, ses côtés lumineux mais aussi ses côtés sombres, doit être rappelée sans trous de mémoire), mais une lecture particulière de l’histoire ne peut ramener notre identité européenne à une source unique ou de la placer sous le signe d’une transcendance que ne reconnaît pas une grande partie de la population européenne...

Crainte ou espoir pour la laïcité ?

Tel est un des questionnements français. Mais comment traduit-on « laïcité » en grec ou en suédois ? Le mot « sécularisme » qui sera souvent employé; traduit improprement et à minima ce dont nous débattons. La laïcité est une référence forte pour la France. Au-delà de la séparation des institutions publiques et des religions, caractérisant la neutralité consacrée par la loi en matière confessionnelle, elle est une valeur de civilisation pour notre pays. La laïcité ne se résume pas à une nécessaire vigilance concernant la séparation Eglises/ Pouvoirs publics. Elle implique une mobilisation résolue et constante en faveur du pluralisme et de la diversité, condition de l’exercice effectif de la liberté de conscience qui passe d’abord par une action déterminée contre les discriminations dont sont victimes les minorités... La variété des cultures et les créations de l’esprit signent l’originalité européenne. Le risque serait aujourd’hui de se tromper d’Europe et de vouloir bâtir une identité, une culture qui ne reflèterait pas l’Europe des peuples qui y vivent et qui doivent la construire... Une action sereine mais déterminée permettra à la laïcité d’y apparaître au-delà de la recherche de la pleine autonomie des pouvoirs publics, à la fois comme garantie du pluralisme et de la diversité, mais aussi fondamentalement comme refus des discriminations, exigence l’égale dignité et démarche d’émancipation. Elle deviendra alors une réalité vécue et peut être une valeur commune, même si le mot est, pour l’instant, difficilement traduisible.

Pour une Europe sociale

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L’Europe ne peut être qu’économique et monétaire. Elle doit être aussi sociale et dotée d’une volonté politique extérieure. Il est nécessaire de faire émerger un espace public de confrontations et de débats qui dépassent les Etats Nations sans les renier où mettre en scène des enjeux accessibles à tous et d’y proposer des choix qui produisent des résultats concrets mesurables.

Donner envie d’une Europe démocratique et sociale, c’est répondre à trois exigences :

  • La clarté sur l’identité et les principes fondateurs,
  • L’articulation d’un développement économique de la cohésion et de la justice sociale,
  • Un réel retour des citoyens

Sous des formes diverses, depuis les secours mutuels - devenus mutuelles -, ou l’entraide ouvrière, se sont développées, sous l’impulsion de militants ou de penseurs, au-delà des initiatives charitables ou paternalistes, des réponses inspirées par le solidarisme républicain, par les choix de la social-démocratie ou les rêves du Comité National de la Résistance mis en forme par les grands commis de la République. Divers modèles de systèmes sociaux ont vu le jour depuis la solidarité professionnelle introduite par Bismarck pour endiguer le «risque démocratique» au financement par l’impôt des systèmes de santé (propositions de l’économiste Beveridge) en passant par «le contrat» de l’économie sociale de marché. Dans tous les pays d’Europe a circulé l’idée «qu’être pauvre, déshérité n’est jamais dans la nature de l’être humain» et sous l’influence du mouvement ouvrier démocratique l’idée que «le progrès doit viser au bien être social du plus grand nombre».

Redonner espoir dans la capacité d’agir et de décider

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Trop de voix nous enferment dans un postmodernisme définitif ayant succédé à une modernité d’un âge d’or -indépassable- mais dont les dérives inhumaines auraient signé la fin. Refusant cette fatalité, nous sommes revenus des grands absolus du Progrès indéfini, du Sens de l’Histoire mais nous récusons aussi la Fin de l’histoire et la Guerre des Civilisations...

Agir en citoyens d’Europe, c’est vouloir collectivement et démocratiquement décider de ce que nous voulons faire de ce que l’histoire a fait de nous, pour commencer à construire quelque chose qui ressemble à un avenir !

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