Regards sur l'Europe

Par deux Européens, André Jourdes, militant de l'éducation populaire, et Mikhail Gorbatchev, président de l'URSS. Plus d'un milliard d'Européens dans le monde...

Nous sommes en pleine Conférence sur l'avenir de l'Europe Le 9 mai, journée de l’Europe 100% en numérique. approche. L’Europe est sans aucun doute un des sujets les plus fréquemment traités au sein des Cercles Condorcet. Récemment nous avons publié une étude approfondie de Jean-Michel Ducomte "L'Europe face à ses responsabilités". Voici les points de vue de deux Européens engagés, aux parcours et aux statuts forts différents mais convergents. Le premier est français: André Jourdes, militant de l’éducation populaire, un des piliers de la Ligue de l’enseignement. Le deuxième est russe: Mikhail Gorbatchev, qui fut président de l’URSS. Témoignages assortis d’une estimation du nombre d’Européens dans le monde (dans et hors de l’Europe historique et géographique): plus d’un milliard…

L'Europe vue par un militant de l'éducation populaire, André Jourdes

André Jourdes André Jourdes
André Jourdes est un des piliers de la Ligue de l’enseignement. Jean-Paul Martin donne un aperçu de son engagement dans son livre de référence « La Ligue de l’enseignement. Une histoire politique ((1866-2016) » : André Jourdes (né en 1939), issu de l’Ecole normale, a commencé une carrière d’instituteur au début des années 1960. Il a obtenu le diplôme d'état de conseiller d'éducation populaire en 1966, ce qui explique un engagement professionnel de dix ans dans l’éducation populaire, avant de devenir secrétaire général de la Fédération des Œuvres Laïques du Lot-et-Garonne entre 1974 et 1994. Elu administrateur national de la Ligue en 1990, secrétaire national entre 1994 et 1998, il est devenu vice-président en 1998, à ce titre chargé notamment du secteur des assurances, puis du secteur vacances, enfin des questions européennes et des relations internationales. Il s’est énormément investi dans les coordinations européennes, notamment Solidar. Vieux routier de la Ligue dont il connaît tous les rouages, André Jourdes a publié plusieurs documents-témoignages précieux sur son parcours, dont une histoire personnelle de la Ligue de l'enseignement. En voici deux autres. André Jourdes est l'auteur du rapport présenté au congrès de la Ligue de l'enseignement à Lyon en 2004 "Agir et décider en citoyen d'Europe (pdf, 489.3 kB)". Ce rapport retrouve une actualité au moment où la Ligue s'engage dans la Conférence sur l'avenir de l'Europe. 

Dans "La Ligue  partenariats et oppositions en Europe 1980/2010 (pdf, 691.3 kB)" André Jourdes témoigne de sa vision du combat de la Ligue de l'enseignement pour une Europe des peuples, démocratique, sociale et laïque. Il évoque une série de grands moments comme la création de la  Ligue internationale de l’enseignement et de la culture populaire en 1889, l'engagement pour la mise au point d’un statut de l’association européenne, la Convention des Cercles Condorcet en 1992 sous la houlette de Claude Julien, l'adhésion à l’Entraide ouvrière  internationale devenue Solidar, la Charte des droits fondamentaux, le Projet de traité Constitutionnel, l‘Année européenne du dialogue interculturel en 2008, la recommandation pour l’élargissement du dialogue interreligieux en dialogue interculturel, pour enfin penser la laïcité au-delà de nos frontières...   

A l'occasion d'une réflexion sur le 60ème  anniversaire du Traité de Rome (pdf, 458.7 kB) André Jourdes s'interroge: quid de  la laïcité ? Un oubli fâcheux dans cette Europe qui proclame tout de même, dans l’article 9 de la Convention des droits de l’homme et des libertés fondamentales, la liberté de pensée, de conscience et de religion. En France c'est la liberté de conscience que la laïcité garantit par la séparation des Eglises et de l’Etat.
Les  Traités de l’Union européenne ont intégré la Charte des droits fondamentaux adoptée en l’an 2000 avec notamment son article 9.  Mais il faut aller plus loin. André Jourdes rejoint Edgar Morin qu'il cite: « Une identité culturelle européenne se dessine, la culture européenne n’est pas seulement une culture dont les produits les plus significatifs : l’humanisme, la raison, la science sont laïques. C’est surtout une culture entièrement laïcisée, dans le sens où à partir d’un certain moment aucune idée n’est demeurée assez sacrée ou assez maudite pour échapper au tourbillon des débats ,discussions, polémiques » (Penser l'Europe, 1987). 

Mikhaïl Gorbatchev, l’homme qui a changé le monde

Mikhail Gorbatchev et ses grands parents Mikhail Gorbatchev et ses grands parents
« L’homme qui a changé le monde », tel est le titre du colloque que la Fondation Gorbatchev a consacré les 4 et 5 mars à l’homme qui lui a donné son nom. Et ce titre est justifié. Secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique en 1985, à 54 ans, puis président de l'URSS en 1990, il est résolument réformateur. Pas seulement pour restaurer l’économie et la puissance russe face à la course aux armements déclenchée par les USA. Mais aussi par conviction profonde. Né dans le Caucase du Nord dans une famille de kolkhoziens ralliés au communisme, il reste fidèle à l’idée d’un socialisme démocratique. Il veut assurer la paix et la prospérité du peuple grâce à une ouverture politique et culturelle intelligente. En coopération avec l’Ouest. Il retire les troupes d’Afghanistan, signe des accords de désarmement, accepte la réunification allemande… La guerre froide trouve une issue pacifique. Il tente avec la « glasnost » (transparence) d’assainir les mœurs politiques et, avec la « perestroïka » (restructuration), de rétablir une économie saine et juste. Une véritable entreprise de régénération mise en difficulté par le refus d’un soutien financier international et le bas prix du pétrole que l’URSS exportait. Mikhaïl Gorbatchev reçoit le Prix Nobel de la Paix en 1990. Il a aujourd’hui 90 ans. Au cœur de sa réflexion se trouve la  « maison commune européenne ». Dans son livre intitulé « Perestroïka » (Flammarion, collection Champs), il explique : « Cette métaphore m'est venue à l'esprit après mûre réflexion et, fait notable, après que j'eus rencontré de nombreux dirigeants européens…. Le continent a eu plus que sa part de guerres et de larmes. Balayant le panorama de cette terre qui a tant souffert et songeant aux racines communes de la civilisation européenne, à la fois protéiforme et une dans son essence, j'en suis venu à ressentir avec une acuité grandissante le caractère artificiel et temporaire de la confrontation entre blocs et de la nature archaïque du rideau de fer ».

Plus d’un milliard d’Européens…

european-diaspora
Considérant les multiples diasporas dans le monde, il est courant de ne considérer que celles qui proviennent d’Asie ou d’Afrique pour s’installer en Europe ou en Amérique du Nord. Il est légitime d’envisager l’inverse. C’est ce que fait un article de Wikipedia en anglais. L’article « European diaspora » renvoie vers un texte détaillé inventoriant les diverses populations d’origine européenne installées en Amérique du Nord et du Sud, en Asie du Nord, en Afrique du Sud, en Australie, en Nouvelle-Zélande… Cet article renvoie de plus vers une soixantaine d’autres articles détaillant les trajectoires des diasporas issues de chaque pays européen (diasporas anglaise, française, russe, slovène, italienne… et même galloise, basque…). De 1500 au milieu du XXe siècle, 60 à 65 millions de personnes ont quitté l'Europe. L’ensemble de leurs descendants, qui constituent la diaspora européenne, est évalué à plus de 500 millions de personnes. C’est un chiffre peu connu. Bien évidemment ces personnes, dont les familles sont arrivées sur d’autres continents parfois depuis des siècles, se considèrent comme des autochtones.  La même encyclopédie estime le nombre des habitants de l’Europe à 740 millions. Soit en tout 1.200.000 d’Européens. 

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