Sondages: une machine à fabriquer des opinions

Plus de 300 sondages ont été publiés durant la campagne présidentielle. Ce pilonnage va reprendre pour les législatives. Signe d’une bonne santé démocratique ? Pas du tout, répond Alain Garrigou, créateur de l’observatoire des sondages, qui explique dans une conférence Utopia comment et pourquoi les sondages participent à la mise en condition des citoyens, et à la perversion de la démocratie.

Sondages et manipulations © Conférences Utopia

Plus de 300 sondages ont été publiés durant la campagne présidentielle. Ce pilonnage va reprendre pour les législatives. Signe d’une bonne santé démocratique ? Pas du tout, répond Alain Garrigou, créateur de l’observatoire des sondages, qui explique dans une conférence Utopia comment et pourquoi les sondages participent à la mise en condition des citoyens, et à la perversion de la démocratie.

« Les sondages sont des machines à produire de l’opinion » explique Alain Garrigou.  Les sondeurs partent du présupposé selon lequel tout le monde aurait une idée sur tout, « ce qui est tout à fait inexact », estime-t-il. Alain Garrigou illustre cela par un exemple. Il avoue ne pas avoir lu, en son temps, le contenu des accords PS-vert. Si lui, pourtant professeur de science politique, ne les connaît pas, alors bien d’autres doivent être dans le même cas. Il n’empêche, un sondage  portant la question « approuvez vous les accords PS-vert » a trouvé nombre de personnes ayant répondu à cette interrogation. Des réponses qui résultent plus de la technique d’interrogation que de la connaissance du sujet. Il faut savoir que les enquêteurs des instituts de sondages n’ont pas le droit d’enregistrer plus de trois réponses « ne sait pas » à l’application d’un questionnaire sinon il est invalidé et eux ne sont pas payés ! Tout est donc mis en œuvre pour pousser à l’expression d’une réponse « valide » : rapidité de l’interrogation, petite manipulation du genre « je n’ai pas de case pour votre réponse »,etc.

De moins en moins de personnes acceptent de répondre aux sondeurs. Il faut environ 13000 appels pour obtenir 1000 questionnaires dûment remplis et la qualité des sondages s’est dégradé depuis 30 ans estime Alain Garrigou, « mais cela importe peu aux sondeurs puisqu’ils arrivent à les vendre ! ». Et de dénoncer le binôme sondeur-média qui produit de l’opinion publique sans pouvoir en apprécier la valeur. Pour la presse, le sondage se substitue à l’investigation qui demande plus de moyens. Un des effets de cette évolution est que désormais on considère « qu’une opinion en vaut une autre. Que l’une soit éduquée et l’autre pas, qu’importe » et Alain Garrigou, se référant à Jürgen Habermas, de déplorer la situation paradoxale et catastrophique qui fait qu’aujourd’hui « l’opinion justifie les préjugés contre la raison ».

 

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