Billet de blog 30 nov. 2009

Propositions pour l'économie sociale et solidaire

En mars 2007, Vincent Peillon et Pascal Canfin affirment la nécessité de cette forme d'entreprenariat pour faire face tant à la crise écologique qu'à la crise sociale.

Chantal richard
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En mars 2007, Vincent Peillon et Pascal Canfin affirment la nécessité de cette forme d'entreprenariat pour faire face tant à la crise écologique qu'à la crise sociale.

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Jean-Louis LAVILLE, spécialiste de l'Economie Sociale et Solidaire, a donné une conférence pour exposer les grands principes de fonctionnement de ce secteur de l'économie méconnu et pourtant important en chiffre et en potentialité. Vincent PEILLON (PS) et Pascal CANFIN (devenu depuis Euro-député d'Europe Ecologie) ont ensuite apporté un point de vue plus politique.


Conférence

L'Economie solidaire : quelles propositions concrètes ?

Tenue à Paris le 20 mars 2007

Jean-Louis Laville

Chercheur dans le Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Economique (LISE- CNRS)

Discutants

Vincent Peillon, Député européen, PS

Pascal Canfin, Député européen Europe Ecologie

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Résumé de la conférence

Lors de la conférence "Economie solidaire : quelles propositions concrètes?", le sociologue Jean-Louis Laville commence par rappeler qu’il existe aujourd’hui un ensemble que l’on appelle économie sociale et solidaire différent des entreprises privées capitalistes et distinct du service public, il représente désormais près d’un emploi sur dix en France et d’après les dernières statistiques disponibles, une création d’emploi sur 5. Cet essor remarquable doit être replacé dans une histoire qui a donné lieu à des organisations d’économie sociale (ensemble des statuts juridiques associatif, coopératif et mutualiste) mais qui connaît une nouvelle actualité avec les dynamiques émergentes des initiatives solidaires.
Au dix-neuvième siècle, avec l’émergence de la question sociale, pour beaucoup de penseurs et d'ouvriers confrontés à la misère, l'ampleur intolérable des inégalités oblige à se tourner vers : l'association solidaire. Dans la première moitié du dix-neuvième siècle, Leroux en partant du latin juridique « in solidum » (pour le tout) introduit dans le vocabulaire philosophique la notion de solidarité, définie comme le lien social volontaire entre citoyens libres et égaux ; autrement dit le lien social qui succède à la charité en démocratie.
Le dix-neuvième siècle témoigne de l'imbrication entre débats politiques et pratiques économiques. Quelle que soit la diversité des expériences initiées par les travailleurs, leur spécificité peut être mesurée par deux traits :

  • le groupement volontaire prend source dans la référence à un lien social démocratique qui se maintient par la mise en œuvre d'une activité économique. La participation à cette activité ne peut être détachée du lien social qui l'a motivée.
  • l'action commune parce qu'elle est basée sur l'égalité entre les membres donne capacité à ces membres pour se faire entendre et agir en vue d'un changement institutionnel.

Néanmoins, cette volonté collective s'atténue progressivement alors que l'économie de marché connaît un essor inédit grâce à la concentration de moyens rendue possible par la société de capitaux. En même temps, l'Etat devient dépositaire de l'intérêt général qu'il peut mettre en œuvre grâce à l'action de l'administration. La solidarité relève désormais d’une redistribution publique considérée comme la solution pour régler le problème de la dette sociale. La seconde moitié du dix-neuvième siècle correspond à l'instauration d'un Etat protecteur qui endosse les responsabilités sociales que l'associationnisme avait contribué à définir en tentant de les assumer. Le régime institutionnel reposant sur l'économie de marché, assortie d'une redistribution publique, se met en place. Il connaîtra son apogée dans la seconde moitié du vingtième siècle.
La complémentarité entre marché et Etat social s'accompagne toutefois de l'obtention de différents statuts juridiques attestant d'une modification des démarches pionnières. Les syndicats se singularisent dans leur rôle de représentation des travailleurs. Ils se séparent des organisations d’économie sociale. Parmi celles-ci, les coopératives sont distinguées des mutuelles, les premières devenant une forme particulière de société de capitaux, centrée sur la fonction de production ou de consommation alors que les secondes se concentrent sur la fonction de secours. Les activités créées pour défendre une identité collective en s'ajustant aux règles du système dont elles font partie vont en retour profondément modifier les relations d'entraide qui étaient à leur origine. Le statut d'association, quant à lui, moins étroit dans son objet, se voit limité dès lors qu'il est couplé à une activité économique.
Les trois statuts juridiques obtenus : coopératif, mutualiste et associatif deviennent autant de sous-ensembles tributaires du modèle de développement économique et social dans lequel ils s'insèrent, en particulier de la segmentation qui s'instaure entre l'économie de marché et l'Etat social. Aux deux extrêmes, les coopératives se considèrent comme des entreprises sur le marché, alors que les associations sont cantonnées dans la sphère sociale. Le maintien d'une cohérence « sectorielle » s'avère alors difficile. La hiérarchisation et la complémentarité entre économie de marché et social étatique produit des effets de dissociation entre les différentes composantes de l’économie sociale.
Avec les années 1960, les bouleversements dans les modes de vie, puis ce que l'on a appelé la « crise » économique, génèrent de nouvelles actions soucieuses de préserver l'environnement, de critiquer l'absence de participation des usagers à la conception des services qui les concernent, d’améliorer la vie quotidienne. Ces formes d'expression inédites se doublent d'une modification tendancielle des formes d'engagement dans l'espace public. Le militantisme généraliste, lié à un projet de société, impliquant une action dans la durée et de fortes délégations de pouvoir dans le cadre de structures fédératives s'affaiblit comme le montre le recul de certaines appartenances syndicales et idéologiques. Par contre, cette crise du bénévolat constatée dans des associations parmi les plus institutionnalisées se double d'une effervescence associative à base d'engagements concrets à durée limitée, centrés sur des problèmes particuliers en oeuvrant pour la mise en place de réponses rapides pour les sujets concernés. Parmi les démarches témoignant de cette inflexion de l'engagement, nombreuses sont celles qui se revendiquent d’une perspective d’économie solidaire.
Il s’agit dans celle-ci de démocratiser l’économie à partir d’engagements citoyens. Les initiatives qui se sont développées dans le dernier quart du vingtième siècle renouent avec l'élan associatif de la première moitié du dix-neuvième siècle en mettant, au cœur de leur passage à l'action économique, la référence à la solidarité démocratique. Cette dynamique est présente au niveau international dans plusieurs continents (voir L’économie sociale, une perspective internationale et Dictionnaire de l’autre économie) et au niveau national dans plusieurs champs d’activités : commerce équitable, culture, énergies renouvelables régies de quartier, services de proximité (voir Les initiatives solidaires et Pour une autre économie de l’art et de la culture). Au total, la question posée par l’économie solidaire est celle d’une redéfinition de l’action publique par un nouvel arrimage entre actions citoyennes et politiques publiques.

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A partir de cet exposé auquels ils apportent leurs remarques, Pascal Canfin et Vincent Peillon entament le débat sur les applications politiques. Pascal Canfin, journaliste économique et membre des Verts, pose la question du rapport entre économie et démocratie. L'économie sociale et solidaire encastre l'économie dans quelque chose de plus large, et inscrit intrinsèquement la production de biens et de services dans une recherche de sens, et de démocratie. A partir de ce postulat, Canfin détaille les convergences entre ESS et économie verte. Il déplore enfin le manque de légitimité de cette "autre économie", qui souffre d'un émiettement des objectifs et de la concurrence des autres sphères de l'économie: marchande et non-marchande, publique et privée. Il illustre enfin son propos en étudiant la filière automobile, depuis la production de carbone jusqu'à la déforestation au Brésil pour laisser la place au bio-carburant, et essaie d'imaginer comment l'ESS répondrait aux mêmes besoins humains de se déplacer.
L'économie solidaire restera t-elle une niche ou bien alors une levier de transformation ? C'est par cette question que Vincent Peillon, député européen PS, entame sa réponse. L'économie doit se poser ces fameuses questions de finalité, ces différentes questions de valeurs et de conscience. Quelle croissance et pourquoi ? Qu'est-ce finalement qu'une vie heureuse ? Qu'est-ce que le pouvoir? Toutes ces questions sont posées par l'économie solidaire. Or les réponses qu'elle a pu y apporter ont été étouffées par la domination de l'option marxiste dans la critique du capitalisme. Peillon retrace une histoire de ces deux courants de pensée et la victoire de l'un sur l'autre au début du 20° siècle. Peillon défend lui aussi l'idée d'une économie plurielle, offrant plusieurs solutions à un même problème, à des échelles différentes, depuis le micro-économique jusqu'à la régulation internationale. Il essaie enfin de dessiner des pistes d'articulation, de synergie, entre l'action économique locale de type ESS, et une politique étatique descendante, de niveau national ou international.
Bibliographie

Canfin P., L'économie verte expliquée à ceux qui n'y croient pas, préface de Dominique Voynet, Les Petits Matins, 2008

Canfin P.,Consommer responsable, Flammarion, 2008

Canfin P.,Le contrat écologique pour l'Europe, préface de Daniel Cohn-Bendit, Les Petits Matins, 2009

Colin B., Gautier A. (dir.), Pour une autre économie de l’art et de la culture, Toulouse, Erès, 2008.
Gardin L., Les initiatives solidaires. La réciprocité face au marché et à l’Etat, Toulouse, Erès, 2006.
Laville J.L. (dir.), L’économie solidaire, une perspective internationale, Paris, Hachette Littératures, 2006.
Laville J.L., Cattani A.D. (dir.), Dictionnaire de l’autre économie, Paris, Gallimard, 2007.

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