Tout immigré est un émigré (et réciproquement)

Français de l'étranger, une race à part? Un destin, ... une tare ? Ambassadeurs oucolporteurs de clichés nationaux ? Modèles d'adaptation et cobayes d'intégration à l'envers plus probablement : 1,5 million de nationaux officiellement à l'étranger compensent en partie par leur absence du « giron national » la présence si controversée des immigrés.

Français de l'étranger, une race à part? Un destin, ... une tare ? Ambassadeurs oucolporteurs de clichés nationaux ? Modèles d'adaptation et cobayes d'intégration à l'envers plus probablement : 1,5 million de nationaux officiellement à l'étranger compensent en partie par leur absence du « giron national » la présence si controversée des immigrés.

Si la diversité des parcours et des destinations rend toute généralisation aléatoire, il n'en reste pas moins que le « mal du pays » est le lot de la plupart des émigrés, du sans-papiers terré dans son taudis au millionnaire sur son île desCaraïbes. Lancinant ou virulent, il se manifeste au détour d'une chanson, d'une odeur ou d'un mets qui rappelle la terre d'origine. Le millionnaire peut certes assouvir sa nostalgie d'une manière ou d'une autre, mais le travailleur immigré se verra dans l'impossibilité de retourner au pays pour embrasser les siens s'il est dépourvu du précieux sésame exigé par les autorités migratoires. Pour émigrer, il faut entrer dans un certain moule et se plier aux quatre volontés du pays d' « accueil » : après tout, personne ne vous a demandé devenir, n'est-ce pas ? Soit une société ou votre gouvernement vous envoie en mission, soit vous trouvez des opportunités d'emploi ou de formation, il se peut aussi qu'il en aille de votre survie si vous fuyez une dictature ou la famine ou bien encore que vous soyez tout bêtement tombé amoureux d'un/étranger/e (dans ce cas il vous faudra fournir la preuve que vous n'abusez pas ou ne vous faites pas abuser, du moins en France). Un exemple éloquent du formatage qu'attendent les institutions du migrant nous fournit le sondage de Mondissimo-l'Expressau titre pourtant racoleur : « expatriés : votre vie nous intéresse »... en effet, sauf que ce sondage ne prend en compte que les cadres supérieurs ou assimilés. De fait cette population privilégiée s'est appropriée le terme d' « expatrié », les autres se voyant renvoyés à leur condition triviale d' « émigré »ou d' « immigré » légal ou pas.

 

Une qualité est sans conteste d'importance vitale pour le migrant : la capacité d'adaptation.Elle va de pair avec une nécessaire ouverture d'esprit garante d'une intégration réussie. Certes, les cas anglo-saxon et germanique auraient semble-t-il favorisé le phénomène tant décrié du communautarisme (voir le débat actuelautour du Multi Kulti en Allemagne) qui permettrait à l'immigré de nier la culture d'accueil mais gageons que ses enfants grandissant avec leurs congénères nationaux en regardant la télévisiondu pays de résidence sauront se montrer plus souples. Voir sa culture dans le prisme de la culture d'accueil conduit irrémédiablement à la relativiser ... ou à la magnifier ce qui peut produire un effet pervers conduisant jusqu'au racisme dans le cas d'une migration malheureuse souvent réalisée à contrecœur : l'exil. Heureusement ce n'est pas la majorité des cas encore que l'électorat français des consulats vote majoritairement à droite. Mais bon, on peut êtreUMP et antiraciste, du moins est-ce envisageable. Accepter des valeurs différentes, ne pas renier les siennes tout en les adaptant, l'émigration entraîne parfois de périlleuses contorsions éthiques et esthétiques voire physiques dans le cas de la conduite à gauche par exemple. Mais pour une meilleure qualité de vie, mieux vaut apprécier les coutumes du pays d'accueil voire les aimer. N'est-il pas paradoxal de constater que les plus fervents opposants à l'immigration en Europe sont souvent des immigrés établis de longue date qui sentent leur nouvelle identité menacée ? Et que penser dec ertains Français à l'extérieur qui n'ont pas de mots trop durs pour jeter l'opprobre sur leur pays d'origine ?

 

Certes, porter laresponsabilité de transmettre une image de son pays qui soit lucide est un exercice difficile, les Français dont le pays se trouve dans le collimateur enraison des gesticulations actuelles de son chef en savent quelque chose de même que les Etats-Uniens à l'époque de son acolyte Bush. Mais à cela s'ajoute le poids des images d'Epinal et des préjugés qui sont renvoyés à la face du migrant : l'incontournable Tour-Eiffel que tout Français se doit deconnaître intimement ou l'hygiène personnelle dont il faut démontrer qu'elle n'est pas superficielle comme on se plaît à le penser à tort ou à raison hors-hexagone, ou le perfectionnisme dont l'Allemand d'outre-Rhin a du mal à démontrer qu'il n'est pas si parfait que cela. Et que dire de l'Africain qui doit fournir la preuve n'en déplaise à Jean-Paul Guerlain qu'il n'est ni paresseux ni stupide ni misérable... Il convient surtout de démontrer un intérêt pour la culture d'accueil, la meilleure preuve en étant l'apprentissage de la langue si elle diffère de celle d'origine encore que dans ce domaine un peu d'indulgence pour les«sous-doués » soit de mise : vous n'avez jamais souffert à l'école en anglais, en maths, en histoire ou dans toute autre matière ? Certes, là aussi le communautarisme est un phénomène que l'on ne saurait nier et les Français qui vivent repliés dans leur « colonie »à l'étranger n'en sont pas exempts, mais comment mesurer leur nombre ? Hormis le fait qu'en France du moins les statistiques ethniques soient interdites au nom de l'égalité républicaine la réalisation d'un tel sondage resterait soumis à de tels aléas que son résultat risquerait de verser dans l'arbitraire. La tare du communautarisme est surtout un leitmotiv xénophobe pratique permettant d'accuser les étrangers de refus d'intégration pour justifier de la sorte leur éventuelle déportation, pardon « reconduite à la frontière ».

 

La globalisationtant décriée est un fait, n'en déplaise aux nostalgiques d'une culture originelle qu'elle soit d'inspiration maurrasienne, indigéniste ou tout simplement passéiste . L'avenir se fera sous le signe du métissage et del 'interculturel, les langues s'enrichiront les unes des autres et les mœurs évolueront dans le sens du progrès : abolition du tabac, des corridas, de l'excision et de la polygamie. Progrès à double tranchant mais progrès tout de même. Malheureusement nous resterons toujours le métèque de quelqu'un.

 

 

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