Le CNED ou comment encourager la privatisation

Lourde administration publique assurant un service de formation entre autres aux Français de l'étranger, le Centre National d'Enseignement à Distance peine à répondre aux attentes de son public.

Soyons juste : en trois ans, le CNED est enfin passé au XXIéme siècle avec l'innovation en 2015 de la remise des devoirs en ligne en raccourcissant leur délai de livraison d'un mois  [1]  et l'adaptation du service du tutorat qui n'oblige plus à se lever à trois heures du matin avec le décalage horaire pour tenter d'obtenir un conseil pédagogique au téléphone du moins pour les matières principales  [2]  . De même il n'est plus impératif depuis l'année dernière d'utiliser le fax pour indiquer tout changement d'adresse. La plateforme téléphonique assure un service en général compétent après une attente désespérante qui grâce aux forfaits illimités actuels dans certains pays ne grève plus lourdement le budget (merci la libre concurrence donc). Mais toute médaille ayant son revers, celui de ce mastodonte de la formation n'est pas reluisant.

Quelle que soit la proportion d'étudiants à l'étranger dans sa clientèle, si elle n'est certainement pas négligeable elle est en tout cas négligée dans l'attention qui lui est portée parcimonieusement : aucun interlocuteur stable, on ignore toujours si la personne avec laquelle on correspond sera celle qui vous suivra. La meilleure illustration en est le « Madame » liminaire automatisé d'adresse à une élève de quatrième sans qu'il soit tenu compte de la mise au point dans l'échange : il nous a été répondu face à notre insistance que cette adresse est devenue la norme pour tout le public féminin, point barre. Amazon [3] fait hélas mieux dans le traitement de sa clientèle.

Mais l'essentiel d'une formation scolaire réside dans le suivi pédagogique et s'il est vrai que les devoirs sont corrigés en profondeur, rien n'est prévu pour le soutien moral et la liaison entre eux. Il y a bien des conseillers pédagogiques, mais ceux-ci n'interviennent qu'en cas de réclamation ou de problèmes en scolarité complète. Les scolarités dites « libre à la carte » sont complètement délaissées alors que les tarifs ne sont pas négligeables surtout pour les faibles revenus qui s'imposent des sacrifices pour garder un lien avec la France : 269 Euros pour une matière en lycée ouvrant droit à la correction de 8 devoirs entre septembre et juin. Il existe depuis un an des forums élèves-professeurs qui n'admettent cependant pas le dialogue, l'échange étant limité à la seule réponse d'un professeur à une question d’élève. Une correspondance directe avec le professeur correcteur est écartée probablement en raison des risques réels de harcèlement épistolaire.

Le plus grave à nos yeux réside dans l'arbitraire défiant les codes du commerce de la politique contractuelle de cette institution : les périodes de formation avec correction de devoirs ont été ramenées de 12 mois à 9 mois sans aucun préavis d'une année à l'autre, ce n'est qu'incidemment que l'on apprenait cette année l'instauration d'une date butoir de remise des devoirs fixée à la mi-juin  [4]. Une lettre de demande gracieuse de report envoyée en recommandé en 2015 à la direction est restée sans réponse, noyée dans le marasme administratif d'un intérim de mars à décembre . Sollicité avec insistance, le service responsable finit par proposer une formule proche du redoublement avec un « paiement complémentaire » de 196 Euros ! Il convient de préciser qu'une formation CNED en parallèle à une scolarité normale dans le pays d'accueil représente un effort de travail considérable et elle ne peut être complétée que pendant les vacances.

Sans représentants des élèves ni des parents, cette institution scolaire dispose de toute la marge de manœuvre suffisante pour opérer à l'abri des regards indiscrets selon son bon vouloir. Le plus déplorable est qu'elle confirme au bénéfice du privé l'idée reçue du manque d'humanité du rouleau compresseur administratif, délaissant ses enfants exilés dont les liens avec la France se rompent par lassitude, parfois définitivement.





[1] La poste : autre administration sabotant son service au profit des messageries privées (au niveau international, responsabilités pas forcément françaises) . Alors qu'en 1992 une lettre mettait 10 jours à franchir l'Atlantique, il faut compter maintenant un mois en moyenne!

[2] Le service de tutorat était assuré sur une plage horaire de deux heures dans certains cas, toujours la même (8h-10h par ex), ce qui est toujours le cas de certaines langues, droit et enjeux, musique...

[3] bien qu'il existe des alternatives non déterritorialisées hautement recommandables dans la vente par correspondance (Gibert Joseph, la fnac,...), cette entreprise s'est taillée la part du lion en 20 ans d'existence.

[4] une notice de formation stipulant les délais de remise des devoirs aurait été acceptée lors de l'inscription. Un changement aussi déterminant pour les conditions de travail ne devrait pas figurer en appendice du contrat et être annoncé lors de la scolarité précédente ainsi qu'indiqué en début d'année dans la plateforme de formation.

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