Billet de blog 10 octobre 2011

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Dominique C

J'étais enseignante en milieu rural. Maintenant j'agis dans le domaine associatif...

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Indignés à Bruxelles : Stupidité ou pas?

Voici une vision, sinon dissidente, du moins critique, des expulsions policières de samedi à Bruxelles. Camper ou ne pas camper? Ici, le symbole a-t-il -ou pas - une importance cruciale??? Ce billet est écrit par "Kasper", participant de la Marche depuis le début.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Voici une vision, sinon dissidente, du moins critique, des expulsions policières de samedi à Bruxelles. Camper ou ne pas camper? Ici, le symbole a-t-il -ou pas - une importance cruciale??? Ce billet est écrit par "Kasper", participant de la Marche depuis le début.

Bruxelles, le 8 octobre, 75 è jour de la Marche vers Bruxelles, 29 km depuis Aalst.
Chers Tous,
Un ciel sombre et bas planait sur Aalst quand nous fûmes prêts pour la dernière étape de notre voyage. Le grand jour était arrivé. Beaucoup de nouveaux visages s'étaient joints à nous pour marcher, sous la pluie.
La commission de l'itinéraire avait prévu trois arrêts de regroupement, de façon à ce que notre entrée à Bruxelles se fasse bien en groupe. La veille, le camarade Canario était allé à Bruxelles pour voir comment la coordination de notre arrivée avançait. Ce matin je lui ai demandé ce qu'il en pensait.
"C'est le chaos"
J'ai mes raisons de ne pas en être surpris. Et comme la marche démarre, le Comité Central se réunit pour réfléchir aux diverses possibilités.. Malheureusement, aucun des Indignados de Bruxelles ne nous accompagne avec des informations à jour sur la situation qu'on va rencontrer. Une carte détaillée de la ville arrive pendant le deuxième arrêt de regroupement. Á ce moment, nous apprenons que nous n'avons pas la permission de camper où que ce soit et que le premier site que nous avions pressenti près de la basilique, grouille de policiers. Il y a de la répression dans l'air, du genre de celle dont on a fait l'expérience à Paris. Nous commençons à comploter sur des alternatives.
A proximité de Bruxelles, la pluie cesse et nous entendons dire que la police se retire du parc. Pour notre grande arrivée, nous pouvons aller là, après tout.
Ainsi, tard dans l'après-midi du 8 octobre, nous pénétrons dans la commune de Bruxelles, la capitale. Un orchestre de percussions indignées est là pour nous saluer, et pour accompagner notre entrée en rythme. Au tintamarre, à la vue de notre marche portant des banderoles qui disent: "bonheur pour tous" et autres phrases du même genre, les gens se mettent aux fenêtres pour nous regarder joyeusement. Certains d'entre eux répondent à notre salut pas le V de la victoire.
Dans un des plus petits parcs, nous nous regroupons une fois de plus avec les Méditeranéens. Quand nous parcourons les quelques derniers mètres vers le parc Elisabeth près de la basilique, notre groupe est plus nombreux qu'il ne l'a jamais été. La presse sera là à sept heures.
Dans le parc, un groupe discret de gens nous attend avec les Indignados de Bruxelles. Ils nous couvrent d'acclamations et d'intenses applaudissements. Mais après trente kilomètres sous la pluie, j'aurais préféré qu'ils nous souhaitent la bienvenue avec des boissons chaudes et quelque chose à manger.
A la tombée de la nuit, nous campons. Les tentes sont dépliées sous l'oeil des caméras, et les gens installent sur l'herbe humide des morceaux de carton pour une assemblée populaire dans le noir. Une dame de la police municipale intervient pour nous féliciter d'avoir mené notre marche au bout. Elle dit que la police n'a aucune intention de nous causer des ennuis. Elle espère que nous serons capables de travailler ensemble d'une façon constructive. Elle vient avec une proposition. En résumé, nous pourrons utiliser le parc Elisabeth tous les jours pour nos assemblées, groupes de travail et autres événements. En cas de mauvais temps, ces activités pourront être hébergées à l'Université Flamande de Bruxelles, située à deux minutes de marche. Elle offre tous les équipements basiques, et nous pourrons y dormir toute la semaine. Mais on ne nous permettra pas de camper dans le parc. Si on essaie de le faire, la police nous expulsera.

Le reste de l'assemblée est consacré à décider si nous allons accepter la proposition, ou si nous essaierons de camper quand même. La soirée tourne à la farce.
Beaucoup parmi nous ont faim et froid. Il se moquent d'avoir une assemblée sur quoi que ce soit ici. Mais comme d'habitude ça prend des heures. La plupart des gens des marches sont partis ailleurs, alors on commence à se demander qui est réellement en assemblée pour décider ce que nous allons faire.
La seule décision rationnelle est d'accepter, sans même réunir une assemblée. Donc aller à l'université et se faire une fête du diable. Mais apparemment, il y a un petit groupe d'Indignados qui veut camper à tout prix, pour revendiquer dans l'espace public.
Je soupire. Une fois de plus nous donnons une image effroyable de notre mouvement. A un certain point, la police perd patience, et des cars pleins arrivent les uns après les autres et déversent des agents de police équipés de tenues anti-émeute Ils bloquent l'assemblée sur trois côtés. Ils nous donnent dix minutes pour accepter l'offre d'aller dormir à l'université. Sinon, nous serons arrêtés.
La réaction des gens était vraiment aussi prévisible que stupide. Beaucoup d'entre eux s'assirent ensemble, liés par les bras, prêts à être embarqués.
Ça m'a fait penser au "deux mai", ce jour de 1808 où l'Espagne se souleva, après que Napoléon ait forcé le roi d'Espagne à abdiquer en faveur du frère aîné de l'empereur. Les Espagnols ne se rebellèrent pas en raison d'un attachement particulier à leur roi. Il était complètement idiot, et tout le monde le savait.Mais quand ils virent la façon dont leur monarque était traité, ils se révoltèrent contre la façon dont Napoléon avait foulé aux pieds leur fierté nationale. "C'est peut-être un imbécile, mais c'est le nôtre.".
Quelque chose de semblable s'est passé hier. Les gens savaient probablement que c'était absurde de tenir une interminable assemblée dans le noir sur le fait de rester là et d'être expulsés. Mais quand la police vint les presser, ils se rebellèrent. "C'est peut-être une idiotie, mais au moins respectez notre assemblée et laissez-nous finir notre idiotie en paix."
Quelques membres de notre marche avaient rejoint le noyau dur des protestataires par solidarité. Pas moi. Je n'ai rien contre la confrontation avec la police, tant que nous avons un espace de manoeuvre. Mais là on était assis le dos au mur.
On sera en mesure d'organiser des actions toute la semaine. L'espace public est à nous, de toutes façons. On n'a pas besoin de camper dans la gadoue pour le prouver. Je respecte la conviction des gens qui sont restés, mais la conviction sans bon sens est contreproductive, et potentiellement très dangereuse.
Ils ont été emmenés, plus ou moins pacifiquement. Il y avait trop de policiers présents, et il faisait trop noir pour filmer quoi que ce soit.
J'étais là avec des copains à moi qui étaient venus visiter la Hollande. "Alors c'est Bruxelles, enfin..." dis-je quand les véhicules de police s'en allèrent. "Allons nous envoyer une bière."

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Retrouvez l'original en anglais avec les photos sur le blog "Spanish Revolution"

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