Billet de blog 11 oct. 2011

Dominique C
J'étais enseignante en milieu rural. Maintenant j'agis dans le domaine associatif...
Abonné·e de Mediapart

Tyrannie(s), libertés, luttes: un TINA peut en cacher un autre...

Si les peuples décident de se soulever afin de résister à la dictature financière, auront-il vraiment les moyens de le faire en concertation, et au-delà de la  fameuse "barrière des langues"? Cette barrière,  est-elle vraiment chancelante ou en voie d'être supprimée? Si elle subsiste, quel peut bien être son rôle de facto? 

Dominique C
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Si les peuples décident de se soulever afin de résister à la dictature financière, auront-il vraiment les moyens de le faire en concertation, et au-delà de la  fameuse "barrière des langues"? Cette barrière,  est-elle vraiment chancelante ou en voie d'être supprimée? Si elle subsiste, quel peut bien être son rôle de facto
C'est la question que je posais avant-hier dans un commentaire de l'article que je venais de publier dans l'édition "De la parole aux actes"
Car j'ai rencontré les "Indignados" à trois reprises lors de leur passage en Charente. Lors de leurs assemblées, moi qui parle 5 langues (dont l'anglais et l'espagnol) et ai des rudiments fonctionnels de deux autres, j'ai pu constater de visu le handicap constitué par le fait que ce groupe soit multinational, et les individus dotés de langues différentes...
En bref: les plus "éduqués", visiblement issus de classes sociales "intermédiaires" ou "moyennes", connaissaient au moins une alngue étrangère à la leur, voire deux (ce qui n'était pourtant pas la garantie de bien pouvoir communiquer avec quiconque dans le groupe sans intermédiaire!!!)
Mais les chômeurs, exclus, va-nu-pieds du groupe restaient isolés ou regroupés avec ceux parlant la même langue qu'eux.
Alors, maintenant, je me demande ce que cela doit être à Bruxelles, à l'arrivée des marches d'Indignados, où se retrouvent diverses nationalités. Réussissent-ils vraiment à débattre, à construire des luttes et élaborer des projets???

En pensant aux révolutions arabes ("l'ailleurs"), j'écrivais dans l'article en question que:  "Maintenant cet "ailleurs" se réveille aussi "ici".  Pas avec le même message (que les Tunisiens et Egyptiens), car nous avons une "démocratie formelle"... et cependant prenons de plus en plus conscience, justement qu'elle est bien plus formelle que réelle."
J'ajoutais plus loin que:
"Nos dirigeants, dans leur Très Grandes Sagesse et Bonté, donnent à tous leurs citoyens les moyens de communiquer entre eux d'un pays à l'autre, en leur enseignant la langue des Maîtres du Monde et de la Réussite Economique, l'anglais. (...) De toutes façons, si l'on garde à l'esprit que tout le monde reçoit un (très coûteux) enseignement d'anglais pendant des années (au moins 5 ou 6, mais souvent bien plus)  le rendement est ridiculement mauvais."
Et je livrais un tableau à l'appui de mes questionnement.

Je vous renvoie aux commentaires en question pour plus de précisions.
A mon grand étonnement, un enseignant a réagi, se sentant attaqué dans sa fonction et ses capacités. D'où l'objet de ce billet. J'espère qu'il viendra débattre ici plutôt que là-bas...
Il avait réagi à une seule phrase, de façon instinctive et sans suivre le lien que je mettais vers un de mes billets.
Par mon commentaire, j'entendais dire que dans les "TINA" imposés aux peuples depuis plusieurs décennies, il en est un qui n'est toujours pas critiqué, ni même interrogé: le TINA linguistique.

(Pour ceux et celles qui  se demanderaient ce qu'est un "TINA", ce sont les initiales des mots de la célèbre formule thatcherienne: "There Is   No Alternative".)

Car il est entendu et admis depuis 40 ou 50 ans que l'anglais est de fait et presque de droit LA langue internationale, qu'il convient de l'enseigner à tous les élèves du monde de façon préférentielle, et que cela est juste et bon.
.
Ce TINA exclut évidemment qu'il y ait la moindre consèquence négative à la chose.

  • On ne se demande pas si cela induit des dépenses d'éducation insupportables pour certains pays du monde, ou dans certaines classes sociales
  • On ne se demande pas si l'efficacité de cet enseignement est en rapport avec les moyens mis en oeuvre.
  • On ne se demande pas si cela a des conséquences criticables sur le plan culturel et idéologique.
  • On ne se demande pas si le fait que l'anglais soit langue maternelle dans une poignée de pays du monde, ne crée pas, dans les rencontres internationales, un déséquilibre entre les locuteurs natifs et les locuteurs non-natifs.
  • On ne se demande pas s'il estjuste et acceptable que les systèmes scolaires  Etats-Uniens et Britannique ne fassent aucune place (ou une place microscopique) à l'enseignement des autres langues que la leur (et... quelles économies ils réalisent ainsi).
  • On ne se demande pas plus à quoi le temps libéré (par ce non-enseignement de langues) est employé dans ces deux états: musique, sport, sciences etc???
  • ... et,en fin de compte,qui "tire les marrons du feu"???


Or, ces questions, quelques personnes, de plus en plus nombreuses, se les posent (voir note 1). Mais dans le brouhaha du monde et la pléthore d'événements qui agitent notre planète et nos pays, ces voix restent inaudibles, quand elles ne sont pas carrément ostracisées.
Sur la question linguistique, on est dans une situation de déni extrême, ce qui est est un des traits de tout "TINA", puisqu'un tina est,  par essence, une démarche tyrannique.
En 2005, Bernard Cassen a dénoncé le "Tina" linguistique, publiant dans le "Diplo" de janvier un magnifique dossier intitulé "Un monde polyglotte pour échapper à la tyrannie de l'anglais".
Quelques articles passionnants informaient sur des moyens de contenir la pression de l'anglomanie, et de soutenir les autres langues. Il évoquait plusieurs initiatives intéressantes.
A l'exception d'une et une seule...  Celle de la langue équitable qui continue à se répandre depuis plus d'un siècle presque sans soutien et sans enseignement officiel dans les systèmes scolaires...  L'espéranto
Avant de proposer des solutions à un problème, il faut que les gens prennent conscience que le problème existe.

Jusqu'à présent on a pu plus ou moins éluder le besoin de communication directe, horizontale,  des peuples entre eux. Une communication même des plus pauvres et démunis!!!!  Avec les Indignados, on aborde une époque où, à moins d'être aveugle ou de très mauvaise foi, on ne pourra plus continuer à croire que le "globish" règle les problèmes linguistiques.

 Le "Chaos" dont parle Kasper dans un de ses billets (voir les billets "marche des Indignés" sur mon blog personnel) , la désorganisation qu'il déplore dans plusieurs de ses écrits sont AUSSI, j'en suis persuadée, dûs à l'absence de véhicule efficace de communication entre TOUS les membres du groupe. Et il est très probable que ça finira par se comprendre et se savoir...

Note 1 cf le rapport Grin, remis à l'automne 2005 au HCEE 

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PS:

Suite à mes visites aux "acampadas" des Indignados, j'avais créé un modèle théorique de groupe multilingue. Ce groupe imaginaire est, dans ses proportions (nombre de nationalités, compétences en langues des uns et des autres...), assez proche de ce que j'ai constaté en Charente, mais je l'ai réduit à seulement 20 personnes.

J'avais tout entré dans un tableur, et avais travaillé dessus, mais hélas mes compétences en informatique et bureautique ne me permettent pas de traiter tout cela dans une base de données qui autoriserait des analyses plus fines que celles que je fais actuellement. Cependant, j'ai déjà fait des constatations intéressantes...

La seule chose vraiment parlante serait de faire le même travail in situ, sur des "vrais gens", et en testant pour de vrai leurs compétences (et non leurs compétences affirmées, les uns et les autres n'en ayant pas la même vision, ou le même degré d'exigence).

Pour estimer le niveau des membres imaginaires de "mon" groupe de 20, j'ai retenu l'échelle à 6 niveaux du Cadre Commun Européen de Référence des Langues (A1, A2, B1, B2, C1, C2) que j'ai remplacé par des niveaux de 1 à 6...

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Ajout du 29 janvier 2012: Depuis ces lignes, j'ai eu vent de témoignages d'indignés évoquant les problèmes de barrière des langues... Mais c'est une attitude encore minoritaire. On a tellement de difficultés à se détacher de la masse de ceux qui soutiennent l'opinion majoritaire. Rappelez-vous la métaphore d'Andersen: "les habits neufs de l'empereur". Ce n'est que le petit enfant naïf qui ose dire que "le roi est nu"!!!!!

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