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Le Club de Mediapart mer. 28 sept. 2016 28/9/2016 Édition du matin

A Calais, l’Etat tombe le masque

De nombreuses personnalités et organisations dénoncent «un "démantèlement" qui vient de commencer qui n’a rien de progressif ou d'humanitaire». Il y a urgence à exposer comment l’Etat passe outre l’Etat de droit à Calais. «L’asile est un droit ; la répression des réfugiés est donc un déni de démocratie».

La destruction de la « jungle » de Calais a brutalement commencé ce lundi 29 février au matin. Plusieurs compagnies de CRS ont investi les lieux, qui ont dévasté des cabanes encore occupées, lancé des grenades lacrymogènes et usé de canons à eau contre des réfugiés grimpés sur les toits de leurs abris. Des centaines de personnes ont été jetées dans un froid glacial sans rien d'autre que les vêtements qu'elles portent sur elles, sans savoir où aller... Faut-il s’en étonner ?

Les pouvoirs publics ont écarté tout témoin : les soutiens des réfugiés ont été interdits d'entrée dans le périmètre de l'opération. Le ministre de l’Intérieur n'a cessé de le proclamer ces jours derniers : certes, il entendait mener à bonne fin ce qu'il appelle « la résorption » du camp de Calais ; mais il voulait le faire « de façon progressive » et « dans le respect des personnes » [voir entre autres son discours du 22 février au Mans]. Et c'est bien en se référant expressément à cet engagement de l'État à procéder à une évacuation progressive que le Tribunal administratif de Lille a validé l'arrêté d'expulsion de la jungle de Calais (25 février 2016, ordonnance n° 1601386).

Force est de constater que le « démantèlement » qui vient de commencer n’a rien de progressif ou d'humanitaire, et qu'il ne prend pas en compte la situation des personnes : les choses se déroulent comme s'il s'agissait de punir quiconque s'obstine à vouloir se rendre en Grande-Bretagne. Rappelons qu'un quart des habitants de la jungle de Calais aurait des proches outre-Manche ; ils seraient donc parfaitement fondés à demander à les rejoindre... Mais de même que la Turquie est priée de faire le garde-frontière de l'Union européenne, la France se charge de « protéger » la Grande-Bretagne, à grand renfort de moyens policiers quasi militaires, contre les migrants que celle-ci refuse d’accueillir.

La première a-t-elle voulu donner des gages à la seconde, en perspective du sommet franco-britannique qui aura lieu ce 3 mars ? Quant aux autres, leur méfiance face aux « solutions » alternatives qui leur ont été présentées ne peut qu'être confortée par la violence mise en œuvre pour les chasser. « Les services de l’État se mobilisent sans relâche pour permettre à tous ceux qui le veulent de pouvoir quitter la lande », déclarait vendredi la ministre du Logement.

Aujourd’hui, les masques tombent. Nous n’aurons plus d’excuses pour ne pas voir ce qui se passe sous nos yeux. Dans un État de droit, l’État n’a pas tous les droits. La justice n’a pas délivré au gouvernement un permis de chasse contre les réfugiés. Partout, des voix se sont élevées pour exiger que s'organise l'accueil des personnes chassées de leurs pays en guerre ou dévastés. Ces voix ne vont pas se taire. Il faudra bien qu'on les entende. Rappelons-le : l’asile est un droit ; la répression des réfugiés est donc un déni de démocratie. 

 

 

Les signataires (parmi ceux de l'appel Calais : Les bulldozers ne font pas une politique !) :

Karen Akoka, maître de conférence en science politique, Université Paris Ouest Nanterre

Jean-Pierre Anselme, journaliste

Maïtena Armagnague-Roucher, maître de conférence en sociologie à INS HEA/Université Paris Lumières (UPL), chercheure au GRHAPES, associée au Centre Emile Durkheim

Laurent Aucher, sociologue

Marie-Laure Basilien-Gainche, membre de l’Institut Universitaire de France, professeure de droit public, Université Jean Moulin, Lyon 3

Christophe Blanckaert, Appel de Calais

Carolina S. Boe, docteure en anthropologie, Université d’Aalborg, Danemark

Florence Boyer, chercheure, IRD

Gérard Bras, philosophe, président de l'UP 92

Claude Calame, directeur d’études Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales Centre AnHiMA (Anthropologie et Histoire des Mondes Antiques, UMR 8210)

Nicole Caligaris, écrivain

Marie-Claire Caloz-Tschopp, Collège International de Philosophie et Solidarité sans Frontières

Cécile Canut, professeure des universités, Université Paris-Descartes-Sorbonne

Makaremi Chowra, chargée de recherche, CNRS

Olivier Clochard, géographe, Migrinter (Université de Poitiers, CNRS), membre de Migreurop

Saskia Cousin, anthropologue, maîtresse de conférence à l'Université Paris Descartes, CANTHEL, membre de l'Institut Universitaire de France

Marie Cosnay, écrivain, enseignante

Patrice Coulon, militant associatif droits de l’Homme

Laurence Croix, psychanalyste, maître de conférence à Paris Ouest-Nanterre

Marie Cuillerai, professeur des Universités, Paris 7-Diderot

Fathallah Daghmi, enseignant chercheur à l'Université de Poitiers

Dominique Dauchot, secrétaire départementale du SNUipp-FSU 62

Fred Decosse, sociologue, LEST-CNRS

Didier Devriese, conservateur des Archives, du Patrimoine et de la Réserve précieuse

Guadalupe Deza, doctorante en philosophie Paris 8-UBA-CONICET

Stéphane Douailler, professeur de philosophie, Université Paris 8

Isabelle Dubost, anthropologue, Université des Antilles

Karine Espineira, sociologue, Paris 8 & Sciences de l’information et de communication

Mireille Fanon-Mendes-France, experte ONU

Pierre Farge, avocat

Hicham Fassi-Fihri, producteur de films

Éric Fassin, professeur de science politique à l'université Paris VIII - Saint-Denis- Vincennes

Jean-Pierre Fournier, enseignant

Nathalie Garraud, metteur en scène, compagnie du Zieu

François Gemenne, chercheur en science politique, Science Po, Université de Liège

Claudia Girola, enseignant chercheur, Université Paris Diderot

Anne Gorouben, artiste auteur

Nacira Guénif, professeure, Université Paris 8

Serge Guichard, membre du réseau Reprenons l’initiative

Sandra Iché, chorégraphe

Gaelle Krikorian, sociologue

Malak Laghrari Zoukari, étudiante (Sciences Po Paris)

Titouan Lamazou, artiste de l¹UNESCO pour la Paix

Nicole Lapierre, directrice de recherche émérite au CNRS

Catherine Larat, retraitée

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF

Martine Leibovici, Université Paris Diderot

Camille Louis, dramaturge, doctorante et enseignante en Philosophie à l'Université Paris 8

Géraldine Magnan, journaliste

Geoffroy Mannet, doctorant en philosophie à Paris 8

Françoise Martres, ancienne présidente du Syndicat de la Magistrature

Claire Maury-Rouan, linguiste, universitaire retraitée

Jean-Claude Meyer, agrégé de philosophie, Strasbourg

Juliette Mézenc, écrivain

Christophe Mileschi, professeur des universités, traducteur, écrivain

Alain Morice, laboratoire Urmis et réseau Migreurop

Christelle Morvan, artiste peintre

Laurent Mucchielli, sociologue

Véronique Nahoum-Grappe, chercheure en sciences sociales, Paris

Toni Negri, philosophe

Frédéric Neyrat, philosophe

Maryse Oudjaoudi, membre du Bureau Exécutif de EELV

Sylvie Paycha, professeur des universités en mathématiques, Clermont-Ferrand

Mireille Peloux, enseignante, RESF

Mélanie Pénicaud, doctorante en anthropologie, laboratoire Migrinter

Nathalie Péré-Marzano, Déléguée Générale d'Emmaüs International

Emmanuel Poilane, Directeur de la Fondation Danielle Mitterrand France Libertés

Eric Premel, artiste

Catherine Quiminal, professeure émérite Université Paris Diderot

Jacques Rancière, professeur émérite à l'Université Paris VIII

Matthieu Renault, enseignant-chercheur Paris 8

Judith Revel, professeure de Philosophie, Université Paris Ouest Nanterre La Défense

Jean Rousseau, Président d'Emmaüs International

Marcela Santander Corvalán, artiste chorégraphique

André Scala, enseignant de philosophie

Daisy Schmitt, programme Officer, Women's Rights & Migrants' Rights, chargée de programme droits des femmes/droits des personnes migrantes

Vicky Skoumbi, rédactrice en chef de la revue grecque αληthεια

Serge Slama, maître de conférence en droit public, Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense, CREDOF

Étienne Tassin, agrégé, docteur en philosophie, titulaire d'une habilitation à diriger des recherches en lettres et sciences humaines

Maud-Yeuse Thomas, sociologue, Paris 8 & Sciences de l’information et de communication

Jeannette Vallance, RESF 54

Dimitris Vergetis, psychanalyste

Patrice Vermeren, directeur du département philosophie, Université Paris 8

Christiane Vollaire, philosophe

Christine Wolff-awadalla, documentaliste

Ghislaine Zaparty, co-secrétaire générale CGT Edu'Action 66 et membre de la CE nationale CGT Educ'Action

 

Les organisations :

Actes et Cités ;
ActionFroid-Calais ;
Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF);
Auberge des migrants (Calais);
Barcelona Accion Solidaria;
Care4Calais
La Cimade Régionale Nord Picardie
Coalition Internationale des Sans-Papiers et Migrants (CISPM) ;
Collectif de soutien de l'EHESS aux sans papiers et aux migrants
Collectif de soutien aux familles Roms de St Denis (CSFR) ;
Collectif R de Lausanne, Suisse;
Conseil d'urgence citoyenne;
CSP75,
Ecole laïque du Chemin des dunes;
Emmaüs Europe;
Emmaüs France;
Emmaüs International ;
EuroMed Rights;
DIEL ;
Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) ;
Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR)
Foi & Justice Afrique Europe;
Fondation Frantz Fanon
Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires ;
Groupe d’information et de soutien des immigré.e.s - Gisti ;
Jesuit refugee service (JRS) France ;
LDH Fontainebleau 77;
Mouvement Burkinabe des Droits de l'Homme et des Peuples - Comité régional Aquitaine;
Mouvement Burkinabe des Droits de l'Homme et des Peuples - section de France ;
Mouvement pour la dignité et les droits des Maliens (MDDM) ;
MRAP;
Organisation pour une Citoyenneté Universelle ;
Polyvalence ;
RESF;
Réseau Euromed France (REF)
Revue Pratiques
Revue Vacarme
Solidarité Laïque
Syndicat de la Médecine Générale
Tenons et mortaises;
Union syndicale SOLIDAIRES

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Tous les commentaires

" Dans un État de droit, l'État n'a pas tous les droits. La Justice n'a pas délivré au Gouvernement un permis de chasse contre les réfugiés ."

Il faut reprendre ça encore plus fort !!

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