L'ancien ministre socialiste Paul Quilès fait partie des trois conseillers nationaux du PS qui se sont opposés à la rénovation socialiste, essentiellement à cause des primaires. A la veille de la convention nationale du parti, il lance un avertissement à «ceux qui ont les yeux rivés sur les sondages».

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J'hésite à reparler des primaires socialistes, tant les préoccupations de nos concitoyens, dans le climat délétère actuel, fait de scandales et d'incertitudes pour l'avenir, sont éloignées de cette mécanique aux objectifs confus et contradictoires*. Les militants socialistes eux-mêmes ont manifesté un faible intérêt pour la consultation interne du 24 juin sur le sujet, puisque 34% d'entre eux se sont déplacés et qu'à peine plus du quart des inscrits a approuvé le texte.

Si je reviens pourtant sur la question, que j'ai déjà largement commentée par ailleurs sur mon blog, c'est parce qu'elle me semble lourde de risques dans la préparation de la campagne qui devrait conduire la gauche à la victoire en 2012.

Je constate en effet le refus des autres composantes de participer à cette procédure et la priorité donnée à la confrontation (déjà engagée) entre candidats socialistes, plutôt qu'à l'organisation du nécessaire débat au sein de la gauche sur le projet et le programme, quitte à bien identifier les nuances et même les divergences. De plus, la volonté de réduire à peu de choses le rôle des partis politiques est maintenant affichée sans nuance**.

Or, le combat ne pourra être mené victorieusement que par une forte mobilisation autour d'idées et de projets constituant une véritable alternative à la politique actuelle et largement partagés par les organisations (partis, syndicats, associations...) représentatives des forces vives de la gauche. Cette mobilisation, qui ne peut se confondre avec l'hypothétique enthousiasme populaire que devraient entraîner des «primaires ouvertes», sera indispensable, car le combat risque d'être rude, d'autant plus qu'on connaît l'habileté du camp de la droite à jouer des peurs et à les attiser à son profit au moment du scrutin.

Ceux qui, à gauche et en particulier au PS, agissent comme si la droite, plombée par les «affaires» qui se multiplient, divisée, avec un président à l'image fortement dégradée, n'avait aucune chance de l'emporter en 2012, se trompent. Qu'il me soit permis à cet égard de rafraîchir les mémoires, en faisant remarquer que, jamais depuis 30 ans, les certitudes, voire les évidences formulées 2 ans avant une élection présidentielle n'ont été confirmées par celle-ci.

Rappelons-nous :

- 1979 : F. Mitterrand se trouve au plus bas dans les sondages, tout comme le PS, dont le Congrès de Metz a concrétisé la défaite de Michel Rocard. La réélection de V. Giscard d'Estaing semble plus que probable.

2 ans plus tard, c'est la victoire de F. Mitterrand, la majorité absolue des socialistes aux législatives et la constitution d'un gouvernement d'union de la gauche.

- 1986 : la gauche perd les élections législatives et J. Chirac devient 1er ministre.

2 ans plus tard, F .Mitterrand est réélu président de la République.

- 1993 : la gauche se voit infliger une lourde défaite aux élections législatives, qui semble la reléguer pour longtemps dans l'opposition. E. Balladur devient 1er ministre.

2 ans plus tard, L. Jospin arrive en tête du 1er tour de l'élection présidentielle et atteint un score honorable au 2ème tour, face à J. Chirac.

- 2000 : tout semble réussir au gouvernement de la gauche plurielle, la «dream team», à tel point qu'il modifie la Constitution et instaure le quinquennat, en même temps qu'il inverse le calendrier électoral pour faire du résultat des élections législatives une conséquence quasi automatique de l'élection présidentielle. La victoire de L. Jospin, face à un «candidat vieux et usé», semble certaine.

2 ans plus tard, c'est le «tsunami du 21 avril» ; la gauche est absente du 2ème tour de la présidentielle, qui oppose J. Chirac et J.M. Le Pen et, dans la foulée, elle perd les élections législatives.

- 2005 : le référendum voulu par J. Chirac sur le Traité constitutionnel européen est un échec pour lui et pour la droite, qui se trouve «dans le gouffre»***. Le PS prépare l'élection présidentielle en imaginant des primaires réservées aux militants et aux « adhérents à 20 euros ».

2 ans plus tard, N. Sarkozy est élu président de la République.


Loin de moi l'idée de tirer une vérité absolue de ce retour sur les élections présidentielles des 30 dernières années et d'en déduire qu'il faudrait être en mauvaise position 2 ans avant l'élection pour l'emporter! Mon rappel se veut simplement un avertissement à tous ceux qui, les yeux rivés sur les sondages, oublient à quel point la situation politique peut évoluer en 2 ans, surtout à l'approche de cette consultation populaire particulière qu'est l'élection présidentielle. Un tel oubli risquerait de les conduire à se tromper dans le choix et la conduite de leur stratégie et à entraîner une fois de plus la gauche dans l'échec.

 

* «Accepter les Primaires c'est s'engager dans une parlementarisation du régime, en faisant de leurs résultats un instrument transparent pour la répartition des circonscriptions pour les législatives dans la perspective d'un contrat de législature.» (Paul Alliès, secrétaire national adjoint à la rénovation du PS, lors d'une réunion de militants socialistes à Réalmont, dans le Tarn, le 17 juin)

** «Il est après tout normal de voir des militants se raidir devant la cohérence de ce changement. Ils gardent la nostalgie du "parti éclairé", celui qui a le monopole de la fabrication du programme et de la sélection des candidats. Or cette forme est historiquement dépassée». (Paul Alliès, au cours de la même réunion)

*** Dominique de Villepin, à France Inter (29 juin 2010)

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Sacré dilemme que le programme d'un parti comme le PS : est-ce qu'on peut encore en rêver avec autant d'abstentionnisme de ses adhérents ?

Idéalement, un programme c'est mieux, on peut toujours nier qu'il y en ait un, aussi ténu soit-il... Mais le pire est bien qu'on doive faire avec le PS tel qu'il s'affiche, maintenant et à venir, jusqu'à la présidentielle si on souhaite respirer un peu mieux... Ou alors émergerait une autre alternative sur laquelle puissent se ruer les foules lassées de faire les frais de la mondialisation (Eva Joly par exemple) ?

Que le PS ait d'ici 2012 viré son aile droite symbolisée par DSK pour se placer plus centre-gauche ou carrément plus à gauche... Ou au contraire se soit appuyé sur le nom de DSK pour conjurer le rouleau compresseur de la droite de plus en plus extrême (scénario plus probable)... C'est très inconfortable comme alternative à ce que nous subissons de n'avoir plus que le PS !

Divergences assurées en interne quoi qu'on fasse. Les valeurs qu'on retiendra par les prises de position contre tel ou tel événement d'ici là resteront les seuls indices, les représentants nationaux du PS marqueront toujours les clivages entretenus à moins d'un cataclysme du style démissions ! Cette mascarade entre candidats qui se tirent dans les pattes peut favoriser le ras-le-bol de la politique, l'abstention record, car les programmes ne veulent plus dire grand chose quand seuls les actes pos-électoraux prennent sens !