Les biens mal acquis de la France au Bénin

François Hollande est arrivé au Bénin, où aucun chef d'Etat français ne s'était rendu depuis Jacques Chirac pour le sommet de la francophonie en décembre 1995. À cette occasion, le Prince Guezo interpelle l'opinion publique sur les trésors volés par la France.  Et dont la majorité se trouve au Musée du Quai Branly. « C'est pourquoi nous demandons que les autorités françaises réalisent un inventaire national de tous ces biens, et qu'elles engagent un dialogue constructif avec les pays concernés en vue de leur restitution ».

François Hollande est arrivé au Bénin, où aucun chef d'Etat français ne s'était rendu depuis Jacques Chirac pour le sommet de la francophonie en décembre 1995. À cette occasion, le Prince Guezo interpelle l'opinion publique sur les trésors volés par la France.  Et dont la majorité se trouve au Musée du Quai Branly. « C'est pourquoi nous demandons que les autorités françaises réalisent un inventaire national de tous ces biens, et qu'elles engagent un dialogue constructif avec les pays concernés en vue de leur restitution ».


 

Moi, Prince Guézo, héritier du roi Ghézo, et des derniers rois du Bénin avant l'époque coloniale, j'ai interpellé le président Hollande en avril 2015 à propos des trésors volés d'Abomey.

 

Dans l'attente de la réponse de l'Elysée, je souhaite informer le peuple français et le peuple béninois de cette histoire, qui est de fait celle de nos deux nations.

 

En 1894, les armées françaises ont envahi nos terres, massacré nos soldats et pillés nos trésors. Aujourd'hui, nos pays sont alliés et amis. Mais cette amitié ne pourra être complète tant que la France conservera tous ces biens mal acquis qui se trouvent aujourd'hui au musée du Quai Branly. La statue de mon aïeul, le roi Guézo, les récades royales, le trône de Glélé, les portes sacrées du palais et plusieurs autres objets de grande valeur issus du pillage de 1894, tous ces trésors volés doivent retourner dans leur pays d'origine, où se trouve leur place véritable.

 

Christiane Taubira, ministre de la justice de la République Française, puis Nicéphore Soglo, ancien président du Bénin, ont tous deux réclamé cette restitution. A mon tour de l'exiger, dans le cadre de la campagne que je mène avec Louis-Georges Tin, président du CRAN-France, afin que le dialogue interculturel puisse se faire sur une base de justice.

 

Les conventions de l'Unesco sont garantes de nos droits, et je souhaite que ces objets soient restitués, pour qu'ils puissent être exposés dans notre pays. C'est ainsi, par exemple, que le sceau du dey d'Alger, saisi par l'armée coloniale française en 1830, fut restitué à l'Algérie en 2003. Mais au-delà des trésors de l'Algérie et du Bénin, ce sont de très nombreux autres biens qui, pendant la colonisation, ont été volés, voire pillés, ou à tout le moins acquis dans des conditions très discutables. Ils ont ensuite rempli les collections privées et les musées publics de la France.

 

Dans son Afrique fantôme, il y a longtemps déjà, Michel Leiris a évoqué les violences et les manipulations qui ont rendu possibles ces acquisitions souvent douteuses. Ces objets ont une valeur patrimoniale, artistique, culturelle et spirituelle considérables. Refuser toute restitution, ce serait être coupable de recel, ce serait se rendre complice objectivement des méfaits du passé.

 

Quand nos enfants voient dans ces musées les trésors de l'Afrique dépouillée, ainsi exposés comme des butins de guerre, comment leur expliquer que nos peuples sont amis malgré tout ? Il y a mille et une façons de réparer les crimes du passé colonial. L'une d'entre elles serait de restituer les biens mal acquis de la France.

 

C'est pourquoi nous demandons que les autorités françaises réalisent un inventaire national des tous ces biens, et qu'elles engagent un dialogue constructif avec les pays concernés en vue de leur restitution. La grandeur de la France s'honorerait si, dans ses échanges avec le gouvernement du Bénin, elle inscrivait ma requête comme élément de renforcement des liens bilatéraux.

 

Cette requête juste, ce serait pour, mes ancêtres, la dignité retrouvée sur la terre du Bénin, au milieu des nôtres. Cela permettrait que nous qui sommes des peuples vieux, et cependant des nations jeunes, puissions nous constituer pleinement en États africains. Le Bénin, mon pays ne saurait y déroger, et son gouvernement a la responsabilité de soutenir ma démarche auprès de la présidence française. L'histoire, le patrimoine, l'héritage permettent de transformer des événements tragiques, en opportunités de développement durable, pour une pédagogie de la mémoire collective.

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