Lettre ouverte citoyenne suite aux insultes du maire de Béziers envers un enseignant

Lisa Scotto di Fasano et Hélène Penven, professeures des écoles à Béziers écrivent une lettre à la ministre de l'Education nationale pour l'alerter des agissements du maire de Béziers, M. Menard qui a traité un professeur de « Petit con » et l'a menacé de lui donner deux gifles ». Cette lettre a été signée par de nombreux enseignants de cette ville.

Lisa Scotto di Fasano et Hélène Penven, professeures des écoles à Béziers écrivent une lettre à la ministre de l'Education nationale pour l'alerter des agissements du maire de Béziers, M. Menard qui a traité un professeur de « Petit con » et l'a menacé de lui donner deux gifles ». Cette lettre a été signée par de nombreux enseignants de cette ville.


 

 

Madame la Ministre de l'Éducation Nationale,

 

A Béziers, le 28 septembre 2015.

 

Nous sommes enseignants. Hommes et femmes d’horizons différents, d’âges variés et d’opinions parfois divergentes. Tous, nous avons choisi ce métier pour une raison qui nous est propre. Mais tous, nous œuvrons pour la même chose : l’égalité des chances, la réussite de tous nos élèves et la transmission de valeurs républicaines telles que le respect, la solidarité et l’entraide.


Mais aujourd’hui, nous sonnons le signal d’alarme, car trop de circonstances mettent à mal cet objectif. Comment nous positionner au quotidien dans l’exercice de nos fonctions lorsqu’un élu de la République réagit au sein de l’Institution que représente l’Ecole, à l’opposé même de ce que l’on attend de nous ?

 

Devons-nous toujours interdire tout jeu violent à l’école, quand M. Ménard, maire de Béziers, expose partout aux abords des écoles des affiches faisant l’apologie des armes à feu ?

 

Devons-nous encore valoriser l’autonomie, la prise d’initiative et un comportement responsable, quand M. le Maire rapporte des propos infantilisants et humiliants à l’égard de plusieurs enseignants ?

Devons-nous toujours défendre précieusement cette valeur hautement fondamentale qu’est la laïcité, quand M. le Maire se vante d’avoir réalisé un fichage ethnique et religieux de nos élèves ?

 

Devons-nous toujours privilégier des projets en Instruction civique et morale autour de notions telles que la solidarité, l’entraide et le respect d’autrui, quand M. le Maire s’affiche partout en train de mettre dehors des personnes en situation de détresse humanitaire ?

 

Devons-nous toujours valoriser dans nos classes les débats et apprendre les règles de la communication, quand M. le Maire n’hésite pas à nous couper la parole et à nous dire des propos dégradants et insultants ?

 

Devons-nous toujours affirmer devant nos élèves que rien ne peut justifier la violence, quand M. le Maire, menace physiquement l’un de nous ?

 

N’est-il alors pas normal de se sentir désorienté, en tant qu’enseignant, lorsque la République Française ainsi que nos valeurs nous demandent de nous positionner d’une telle manière et qu’un de ses élus fasse l’exact opposé ? Comment ne pas se perdre dans ce fossé creusé un peu plus chaque jour, entre nos convictions professionnelles et les conditions dans lesquelles nous exerçons notre métier ?

 

La semaine dernière, une dure réalité s’est, une fois de plus, introduite dans notre Ecole : lors de la pause méridienne, et alors que les enseignants de l'école Georges Sand à Béziers partageaient leur déjeuner dans leur salle de repas, M. Ménard, maire de la ville est venu leur rendre visite. Après lui avoir dit : « Bonjour », un des enseignants a refusé de lui serrer la main. M. Ménard l'a alors traité de  : « Petit con » et l'a menacé de lui donner deux gifles.

 

En tant que fonctionnaire, nous avons des droits et des devoirs. Nous avons aussi et surtout une responsabilité. Celle de former des futurs citoyens, autonomes, responsables et curieux d’apprendre. Cet objectif est une mission à long terme. Il inclut tous nos élèves, sans distinction d’origine et de religion, ensemble et non pas les uns contre les autres, réfutant toute haine, clivage, violence et autre « enfermement intellectuel ».

 

Nous transmettons la politesse bien sûr, mais d’abord le respect et encore plus l’esprit critique. Tous les jours, nous devons faire des choix, afin de mettre en œuvre nos directives, mais surtout de respecter les valeurs républicaines que l’on nous a demandé de transmettre, et que l’on a décidé de défendre.

 

Qu’en est-il de M. Ménard ? Comment devons-nous faire pour exercer correctement notre métier dans de telles circonstances ?

 

 

Signataires :

 

Claire Almarcha, professeure des écoles; Association Biterroise Contre le Racisme; Sarra BarekJacques Buhrle collectif CAID-EClaire CarrièreSabine CarrierePierre ChabrolNadia Chauront; Corinne ChayéAlizée Conraud; Simon CoutureCatherine CruzGregory Damour; Marie-Marwin Doucet; Caroline Droin,Rachid ElbaroudiNaïma El MezianiHélène Fargier; Béatrice Garcia; Julien GiboireTracy GonzalezBruno Goupille, Sylvie Goupille, Jean-Marc Hascoët, Omar KhatiriDaniel KuppersteinLucile MarsacLinda MendiSouad MeskineMicheline Miannay, professeurs des écoles; Martine Payrastre, psychologue scolaire; Jean-Luc PietropaoliGaëlle PonghelliniCarole RossignolSébastien Riberprey, enseignant; Anne-Laure Saint-Léger, professeure des écoles;  Josiane Servant, assistante administrative; Claire SimonnetCarol Sezer; Caroline Tamani; Mathilde Vidal; Léa VallèsRachel Vernisse; Maud Visage, professeurs des écoles.

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