Exemplarité, fermeté et solidarité : la marche à suivre sur le climat pour Emmanuel Macron

Suite au retrait des Etats-Unis de l'Accord de Paris, la France doit prendre des décisions et actes concrets, estiment des responsables de Greenpeace, ATTAC, Alternatiba, Oxfam... dans ce texte commun.

La décision de Donald Trump de désengager les États-Unis de l’Accord de Paris est un contre-sens de l’Histoire, une insulte à toutes celles et ceux qui affrontent déjà les impacts des dérèglements climatiques. Faut-il rappeler que 2016 fut l'année la plus chaude jamais enregistrée ? Les impacts des dérèglements climatiques se font chaque jour plus forts et plus visibles, partout dans le monde et notamment dans les pays les plus pauvres. Les États-Unis eux-mêmes ne sont pas épargnés par les sécheresses à répétition, la multiplication des feux de forêts, l'intensification des ouragans, ou l'érosion des côtes.

Par cette décision, le Président américain tourne le dos au monde entier et aux citoyen.ne.s américain.e.s, dont l’intérêt n’était pas de sortir de l’Accord. En réalité, Trump a fait le choix de soutenir l'industrie fossile américaine dans son funeste projet : repousser toujours plus loin et plus profond les frontières de l'extraction de charbon, de gaz et de pétrole, totalement incompatible avec l’Accord de Paris.

La seule réponse possible est donc de procéder à l'exact inverse. Autrement dit, au nom de notre intérêt et de notre devenir communs, d'assumer des politiques qui se heurtent frontalement aux intérêts de l'industrie fossile, comme aux fausses solutions, telle que le nucléaire et le captage et stockage de carbone (CCS).

Les nombreuses et vives réactions exprimées par la communauté internationale sont unanimes. Elles sont l’affirmation claire du refus de la fatalité et de la sidération. Emmanuel Macron a affirmé explicitement que la France devait pleinement jouer son rôle.

De fait, l'heure n'est en effet plus aux atermoiements : l'inaction se chiffre en millions de vies sacrifiées. La crise alimentaire qui sévit actuellement en Afrique de l’Est, touchant près de 13 millions de personnes, est exacerbée par le changement climatique. D’ailleurs, les pays les plus vulnérables, qui sont les moins responsables des émissions de gaz à effet de serre, exhortent la communauté internationale à orienter les financements vers les énergies renouvelables et les économies d’énergie ainsi que vers leur adaptation au changement climatique. Une coalition de pays pauvres s’est engagée à passer à un mix-énergétique 100% renouvelable d’ici 2050.

Nous avons trop souvent fait l'expérience d'engagements forts, et mêmes sincères, restés sans suites. Pour que la France joue son rôle, la voie qu'Emmanuel Macron doit suivre est simple : exemplarité, fermeté et solidarité.

Exemplarité : geler le développement d'infrastructures climaticides 

Maintenir le réchauffement climatique au plus près de la limite des 1,5°C implique de renoncer à développer tout nouveau projet fossile - qu'il concerne l'extraction (aucun nouveau permis ne doit être accordé), le transport (les projets de construction d'oléoducs et de gazoducs doivent être annulés) ou la combustion. Pourtant, de nouveaux projets d’infrastructures fossiles sont développés dans le monde entier, y compris en France. Ce gel n’aura de sens que s’il est conçu comme une première étape de la “sénescence programmée” de l’industrie fossile - et dans une attitude ferme vis-à-vis de toutes les entreprises qui s'y refuseraient.

Cette politique ferme sur les nouveaux projets fossiles doit s’accompagner de mesures renforcées, y compris en France, pour réduire la consommation de carburant dans le secteur des transports, aujourd’hui plus gros émetteur de gaz à effet de serre dans l’Hexagone. La progression de la contribution carbone dès la prochaine loi de finance est une première étape indispensable.

Fermeté : plus un euro pour les énergies fossiles

Les bailleurs publics et privés continuent de financer la construction d'infrastructures fossiles. La France ne fait malheureusement pas exception : des institutions nationales, telles que la Caisse des dépôts et consignations, la Banque publique d’investissement (BPI France), ou multilatérales, dans lesquelles la France joue un rôle, telles que la Banque européenne d’Investissement (BEI) et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), soutiennent de nombreux projets climaticides. C’est aussi le cas d’entreprises comme Total ainsi que des grandes banques françaises. Bailleurs publics et privés, investisseurs : tous doivent immédiatement cesser de soutenir les nouveaux projets fossiles. Les financements pourront ainsi être réorientés de manière à permettre une sortie conjointe des énergies fossiles et du nucléaire. Seules l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables doivent bénéficier de nouveaux financements, et non les fausses solutions (nucléaire, grands barrages, agro-carburants, etc.).

Solidarité : prendre pleinement sa part dans l'aide aux pays les plus affectés

Réorienter les financements est également une priorité afin de soutenir les pays en développement. La France doit se montrer solidaire en s’engageant à augmenter ses financements climat, notamment pour les pays les moins avancés et pour l’adaptation aux impacts du changement climatique. Cela passe par la mise en place, sans délai, de la taxe européenne sur les transactions financières.

La solidarité implique également de soutenir toutes celles et ceux qui, partout sur le territoire français mais aussi dans les pays du Sud, se mobilisent au quotidien pour développer les énergies renouvelables, relocaliser la production de l'agriculture, et jeter les bases d'une société durable et sobre : elles et ils font face à de trop nombreuses barrières législatives et réglementaires, qui protègent injustement les grands groupes industriels - de la production énergétique comme de la production agricole.

Il est indispensable de réfléchir à des mécanismes de sanction pour les entreprises et les États qui contreviennent aux engagements pris lors de la COP21 - sans quoi l’Accord de Paris n’engagera que celles et ceux qui veulent y croire.

Exemplarité, fermeté et solidarité : c'est autour de ce triptyque que doit se construire, dans des décisions et des actes concrets, la seule réponse possible au retrait des États-Unis de l'Accord de Paris.

Sylvine Bouffaron - porte-parole - ANVCOP21
Cyrille Cormier - Responsable campagne Climat à Greenpeace
Marion Esnault - porte-parole d’Alternatiba
Célia Gautier - Responsable des politiques internationales au Réseau Action Climat France
Nicolas Haeringer - Chargé de campagne à 350.org
Maureen Jorand - Responsable du Pôle plaidoyer souveraineté alimentaire au CCFD-Terre Solidaire
Armelle Le Comte - Chargée de plaidoyer à Oxfam France
Lucie Pinson - chargée de campagne finance privée aux Amis de la Terre
Gilles Sabatier - commission écologie-société d’Attac France
Olivier Schneider - Fédération des usagers de bicyclette

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.