Le Front national : ennemi des droits des femmes et du monde associatif

Gaëlle Lenfant, n°4 des Bouches-du-Rhône de la liste régionale PS, conseillère métropolitaine et vice-présidente de la Région PACA en charge notamment des droits des femmes,  réagit aux récentes déclarations de Marion Maréchal Le Pen sur le Planning familial.

L’annonce par Marion Maréchal-Le Pen de son souhait de supprimer, si elle est élue, les subventions de la région PACA au Planning familial fait depuis quelques jours la une de la presse. Pour moi, qui siège depuis 2010 dans un conseil régional où sont également présent(e)s 21 élu(e)s d’extrême-droite, cette déclaration est loin d’être une surprise : s’attaquer aux droits des femmes est une constante du Front national.

Au cours du mandat qui vient de s’écouler, le groupe FN s’est en effet opposé systématiquement à toutes les délibérations du conseil régional qui portaient sur l’égalité femmes-hommes ou l’accès des femmes à la santé. Une opposition généralement accompagnée de déclarations explicites : ainsi, en décembre 2014, déjà à propos du droit à l’avortement, le FN déclarait en plein conseil régional que l’IVG était une tuerie « d’hommes en gestation » avant d’évoquer la « sublimation des différences nécessaires entre hommes et femmes ». En juillet 2015, une élue FN déclarait en toute franchise « l’homme et la femme ne sont pas égaux mais plutôt complémentaires ». Je pourrais multiplier les exemples…

Ces postures sont d’autant plus dangereuses qu’elles sont purement idéologiques, sans aucune connaissance de la situation des femmes en PACA. Notre région est, par exemple, celle de France qui détient le triste record du nombre d’IVG de mineures (15,3 pour 1000 jeunes filles) : c’est une des raisons du soutien du conseil régional à l’accès, non pas au seul avortement (que la région ne finance pas directement, puisqu’il s’agit d’un acte médical pris en charge par l’État, ce que Maréchal-Le Pen semble ignorer) mais à la santé sexuelle en général. La majorité de gauche sortante a fait le choix de financer le Planning familial à hauteur de 223 000 € par an afin que ses équipes de professionnel·le·s  puissent travailler à la prévention, à l’éducation à la sexualité et à la sensibilisation aux différentes méthodes de contraception. Nous avons également créé en 2013 le « PASS Santé+ prévention-contraception » qui permet aux jeunes de moins de 26 ans de bénéficier gratuitement et de manière anonyme de prestations médicales (7500 PASS ont déjà été délivrés, dont 79 % à des jeunes filles).

Supprimer ces dispositifs, comme semble le vouloir Maréchal-Le Pen, ce n’est pas lutter contre « une banalisation de l’avortement » mais c’est au contraire diminuer l’accès des femmes et, particulièrement, des jeunes à la santé et à l’information. Concrètement, la politique du FN c’est prendre le risque de grossesses non désirées plus nombreuses et donc d’avortements plus nombreux, c’est prendre le risque de plus d’infections sexuellement transmissibles dont le VIH.

Mais les femmes ne sont pas les seules visées par le Front national. Dans les communes qu’elle gère, l’extrême-droite retire les subventions au gré de ses humeurs et positions idéologiques (LDH, centres sociaux, politique de la ville, culture, etc., sont touchés). Et quand ce n’est pas le FN, il trouve des alliés : ainsi lors du dernier conseil municipal d’Aix-en-Provence, la maire (« Les Républicains ») a décidé, à la demande d’une élue RBM, de retirer une subvention à l’Association de solidarité aux travailleurs immigrés sous le prétexte qu’il s’agirait d’une association « politisée ».

De même au conseil régional, le groupe FN a voté contre les missions locales, contre les contrats de ville, contre les dispositifs en faveur des jeunes, contre la formation professionnelle, contre la délibération « République, citoyenneté, laïcité : un devoir d’avenir », contre les logements sociaux (qualifiées de « pompe aspirante de l’immigration »), et j’en passe…

Il faut que cela soit dit clairement : soutenir le Front national, que ce soit directement ou indirectement (et on connait les porosités entre la droite et l’extrême droite dans notre région…) a des conséquences directes et néfastes pour les femmes et le monde associatif de Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Nous pouvons encore lutter contre ces dérives. Par ce « nous », j’entends les millions de françaises et de français qui, loin des peurs et des haines, résistent chaque jour en portant haut les valeurs de la France. La liberté, l’égalité, et la fraternité. Voilà ce que nous voulons voir grandir, en Provence Alpes Côte d’Azur comme ailleurs.

 

 

 

 

 

 

 

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