Dix éditeurs en défense des sciences humaines et sociales

«Nous partageons la conviction que la vivacité de notre démocratie repose sur la compréhension de notre temps pour laquelle les sciences humaines et sociales jouent un rôle éminent.» Dix éditeurs (Fayard, Erès, MSH, La Découverte, Actes Sud, Ed. Thierry Magnier, Les Prairies ordinaires, L'Atelier) cosignent un texte de soutien aux chercheurs, universitaires et enseignants actuellement mobilisés pour défendre l'autonomie de leurs activités.
«Nous partageons la conviction que la vivacité de notre démocratie repose sur la compréhension de notre temps pour laquelle les sciences humaines et sociales jouent un rôle éminent.» Dix éditeurs (Fayard, Erès, MSH, La Découverte, Actes Sud, Ed. Thierry Magnier, Les Prairies ordinaires, L'Atelier) cosignent un texte de soutien aux chercheurs, universitaires et enseignants actuellement mobilisés pour défendre l'autonomie de leurs activités.

 

Nous, éditeurs de sciences humaines, forts de nos orientations et sensibilités distinctes, assumons avec conviction un effort commun et quotidien pour assurer une large diffusion à des travaux, recherches et documents qui nous semblent indispensables à la réflexion politique. Nous partageons la conviction que la vivacité de notre démocratie repose sur la compréhension de notre temps pour laquelle les sciences humaines et sociales jouent un rôle éminent. Cet effort de compréhension, pour être réel et efficace, repose sur trois piliers solidaires : une recherche stimulée et encouragée, sûre de ses moyens, un enseignement de qualité et ambitieux, une édition et une diffusion soutenues et vivantes. Or, ces trois piliers connaissent aujourd'hui des difficultés importantes largement aggravées par des orientations politiques inacceptables et inquiétantes.

Les décisions gouvernementales concernant l'organisation du système universitaire et des centres de recherches provoquent légitimement critiques et mobilisations. Elles continuent d'inquiéter parce qu'elles menacent les moyens humains et financiers et surtout l'autonomie d'une recherche qui est souvent caricaturée et dont la légitimité est trop régulièrement remise en cause. Qu'il s'agisse du financement de la recherche ou qu'il s'agisse de l'enseignement des sciences sociales à l'université ou au lycée, on constate une commune volonté : celle de valoriser les formes de pensée les plus convenues et les plus immédiatement utiles au monde économique. Comment ne pas faire un lien, en effet, entre le rappel de la nécessaire utilité des recherches en sciences sociales et la prétention de mieux enseigner les "fondamentaux de l'économie et de la sociologie" ou encore de "mieux faire connaître", c'est-à-dire plus positivement, le monde de l'entreprise, proposé comme modèle de toutes les institutions. Dans tous les cas, des pressions s'exercent pour réduire et réorienter la recherche et l'enseignement vers des objectifs purement utilitaristes.

La remise en cause du prix unique du livre (régulièrement réclamée par quelques parlementaires et lobbies) ne serait pas seulement un mauvais coup contre la librairie et le pluralisme de l'édition. Elle achèverait de mettre en péril les trois piliers qui assurent la vivacité des sciences humaines et sociales, et par la même une partie essentielle de ce qui participe éminemment à notre conscience démocratique : une recherche dynamique et indépendante, un enseignement sérieux et pluraliste, une édition et une librairie raisonnablement protégées et soutenues.

Notre profession connaît bien les difficultés que rencontre toute opération de diffusion et de partage des connaissances en sciences sociales. Mais si nous en connaissons le prix, nous en connaissons aussi l'indispensable valeur.

Plus largement, nous entendons ici manifester notre solidarité avec toutes celles et tous ceux qui, parce que chercheurs, universitaires ou professeurs du secondaire, ou simplement citoyens lecteurs, manifestent leur attachement à une réalité précieuse : celle de pouvoir penser notre société désorientée, ses tensions comme ses consensus, ses inégalités comme ses progrès, en un mot sa réalité, mais aussi et surtout de pouvoir penser les changements indispensables à un système qui apparaît de moins en moins capable de faire face aux défis fondamentaux du XXIe siècle.

 

 

Claude Durand,

PDG des éditions Fayard

Marie-Françoise Dubois-Sacrispeyre,

Directrice éditoriale des Editions Erès

Guy Dreux,

Directeur de la collection Troisième Culture

Editions Thierry Magnier

François Gèze,

PDG des éditions La Découverte

Jean-Michel Henny

Editions de la Maison des Sciences de l'Homme

Hugues Jallon,

Directeur éditorial des éditions La Découverte

Thierry Magnier,

Directeur des éditions Thierry Magnier et des éditions Actes Sud Junior

Françoise Nyssen

Présidente du directoire des éditions Actes Sud

Rémy Toulouse,

Directeur des éditions Les Prairies Ordinaires

Bernard Stephan

Directeur général des éditions de l'Atelier


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