Laïcité: abrogeons la loi Pétain du 25 décembre 1942

Alors que se tiennent samedi les Ateliers législatifs du Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon (sur la laïcité), Pascale Le Néouannic et Alexis Corbière, secrétaires nationaux du PG, appellent à «repartir à l'offensive» et notamment à interdire le financement d'établissements religieux par l'Etat, permis par l'article 19 de la loi de 1905.

Alors que se tiennent samedi les Ateliers législatifs du Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon (sur la laïcité), Pascale Le Néouannic et Alexis Corbière, secrétaires nationaux du PG, appellent à «repartir à l'offensive» et notamment à interdire le financement d'établissements religieux par l'Etat, permis par l'article 19 de la loi de 1905.

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puceinvite.jpgDepuis trop longtemps, une bonne partie des forces de gauche a démissionné du combat laïque. L'a-t-elle fait en croyant l'avoir définitivement emporté? Hélas, non. C'est souvent la crainte de l'affrontement idéologique avec la droite et un certain électoralisme clientéliste qui a justifié cette attitude. A force de petits reculs trop de terrain a été perdu.

A présent, il est temps pour les laïques de repartir à l'offensive!

Ouvrons les yeux, ces renoncements à gauche sont d'autant plus graves qu'ils s'inscrivent en écho de l'offensive menée par les tenants de la reconfessionnalisation de l'espace public. Pour ces derniers la laïcité serait allée trop loin. N'est-ce pas Nicolas Sarkozy qui affirme : «La laïcité n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n'aurait pas dû.» (Discours de Latran). Prononcée devant le Pape, cette repentance, honteuse de la part d'un Président de la République, sonne et résonne ici comme une volonté de remettre en cause les fondements laïques et républicains de notre «vivre ensemble».

Au nom de la défense de la prétendue «identité» de chacun, exaltant abusivement des spécificités culturelles et religieuses, certains à gauche s'engagent dans un relativisme des droits bien dangereux. Or la laïcité, son principe premier et sa force, c'est la garantie d'accorder à tous les mêmes droits fondamentaux.

Le respect de la loi du 9 décembre 1905, dite de séparation des églises et de l'Etat, est au cœur de ce débat. C'est en son nom que nous défendons les principes républicains de garantie de liberté de conscience, du libre exercice des cultes et de non financement des religions. Nous jugeons toujours d'une actualité brûlante cette loi plus que centenaire et particulièrement son article 2 qui proclame : «La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte».

Aujourd'hui c'est ce principe qui est le plus mis à mal. Chacun y va de son obole. En voici quelques exemples. Ici, la droite aixoise attribue des financements bien au-delà de la loi pour l'entretien d'une école privée confessionnelle. Là, c'est le conseil municipal de la ville des Lilas, en Seine Saint-Denis, dirigé par un maire socialiste qui vote plus de 4 millions d'euros de dépenses publiques pour la construction d'une nouvelle église. Ailleurs, ce sont des financements publics qui participent à la construction de Mosquées. A Paris, la Ville finance régulièrement de coûteux travaux dans des bâtiments religieux, elle subventionne des crèches confessionnelles, et comme d'autres, prétexte du culturel pour financer du cultuel. La liste est longue de tous ces piétinements des principes exercés ici ou là, par des élus de gauche comme de droite, au profit de l'ensemble des cultes présents sur le territoire.

 

Le lit de l'extrême droite

 

Autant d'accommodements prônant le relativisme font le lit d'une extrême droite qui cible désormais ses critiques sur une seule religion, l'islam, et se tait, ou même approuve, quand la loi de 1905 est «charcutée» pour financer tous les autres cultes. Quand le FN et Mme Le Pen parlent de laïcité, ils déforment ce mot, le vident de son sens. Restons lucides, la laïcité n'a jamais été la croisade de fanatiques contre les musulmans et Aristide Briand n'était pas Godefroy de Brouillon. Disons le haut et fort: Marine Le Pen n'est pas laïque, elle est même la principale ennemie de ce principe! C'est pourquoi aussi, avec fermeté, nous avons dénoncés les récentes alliances de petits groupes en pleine dérive, comme Riposte laïque avec le Bloc identitaire. Ils participent à la confusion idéologique. Le magnifique exemple tunisien est pourtant là pour démontrer au monde entier qu'un peuple du Maghreb peut faire une révolution politique en restant attachés aux valeurs laïques.

Alors, être laïque c'est dénoncer le FN sans accepter la confusion. Trop d'élus accepte les demandes de financement public pour, pensent-il, apaiser les tensions. En fait c'est l'inverse que cela produit. Chaque centime public versé au denier d'un culte, généralement d'ailleurs sans critères bien définis, ouvrant la porte aux dérives clientélistes, entretient un feu dangereux, foyer de toutes les méfiances, de tous les communautarismes, de tous les reculs, et, disons-le, de tous les racismes.

Car financer des cultes, nécessairement au détriment de services publics universels dans lesquels les mêmes sommes auraient pu être investies, c'est faire reculer l'idée d'égalité. Ces financements sont les justifications de la remise en cause du «vivre ensemble» pour le remplacer par un «vivre côte à côte» sans se connaître, sans mixité sociale, sans mixité culturelle réelle, sans mixité tout court.

 

Nous ne voulons pas de cette société où le capitalisme égoïste brutal s'associe à la valorisation du religieux présenté comme le seul «supplément d'âme d'un monde sans âme». Nous voulons plus que jamais une République sociale et laïque. Pour nous, c'est aux fidèles, «soulagés» des dépenses fondamentales grâces notamment aux services publics, de financer leurs lieux de cultes comme ils l'entendent. Ce n'est pas à la République d'assumer cette charge.

 

Une loi modifiée sous Pétain

 

Formellement, ces dérives ne sont pas illégales. Pour justifier la plupart de ces financements publics les élus s'appuient sur quelques alinéas de l'article 19 de la loi de 1905. Sombre paradoxe. Comment est-il possible de trouver dans une même loi un article qui en contredit un autre?

En creusant notre histoire, il apparaît que c'est la loi du 25 décembre 1942, qui a modifié l'article 19 de la loi du 9 décembre 1905. Faut-il le rappeler, en 1942, ce n'était plus la République mais c'était le régime de Vichy. C'est donc au nom d'une loi signée par le Maréchal Pétain, loi jamais abrogée, que certains justifient l'investissement de fonds publics dans la construction ou dans la restauration d'édifices religieux et de lieux de cultes, en croyant, peut-être de bonne foi (c'est le cas de le dire), se trouver en accord avec leurs principes...

 

En 1905, seules les réparations des monuments classés pouvaient être prises en charge par une collectivité ou l'Etat. Cette restriction signifiait que s'il est légitime, dans l'intérêt général, d'entretenir le Patrimoine national, il ne l'est pas de donner un privilège financier à une religion, qui ne doit engager que ses fidèles et non la puissance publique. La rédaction modifiée par le régime de Vichy permet donc de contourner le deuxième principe de la loi de 1905. En somme, l'argent retiré au bien commun est attribué à des intérêts particuliers.

 

Nous assumons donc de ne pas être «consensuels», d'être à l'offensive, en faisant nôtre la laïcité comme modèle d'organisation de la société, qui refuse de voir quiconque avoir moins de droit parce que différent. Et nous savons à quel point cette bataille se mène sur les fronts y compris celui de la conquête de nouveaux droits pour l'égalité pleine et entière des tous devant le droit au mariage notamment. Mais parce que la laïcité est la seule réponse politique efficace face à la montée des intégrismes, de tous les intégrismes d'où qu'ils viennent, le Parti de Gauche lance un appel pour l'abrogation de la loi de1942 par laquelle Pétain a dénaturé la loi laïque de 1905.

Laïques debout!

 

Signez la pétition, en ligne samedi 5 février sur le site du PG

le blog d'Alexis Corbière

le blog de Pascale Le Néouannic

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