Billet de blog 4 févr. 2014

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Sodastream, la pub de trop ?

Partenaire du festival d'Angoulême et vantée par l'actrice Scarlett Johansson, la société israélienne Sodastream fabrique son produit principal dans une colonie de « Palestine occupée ». Son importateur en France vient d'obtenir la condamnation de l'Association France Palestine Solidarité pour dénigrement, rappelle Robert Kissous, membre du bureau national de l’association.

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Partenaire du festival d'Angoulême et vantée par l'actrice Scarlett Johansson, la société israélienne Sodastream fabrique son produit principal dans une colonie de « Palestine occupée ». Son importateur en France vient d'obtenir la condamnation de l'Association France Palestine Solidarité pour dénigrement, rappelle Robert Kissous, membre du bureau national de l’association.


Les campagnes publicitaires spectaculaires de la firme israélienne Sodastream viennent de braquer les projecteurs sur le lieu de fabrication de son produit phare, un appareil à transformer l’eau plate en eau gazeuse : la colonie de Mishor Adoumim, en Palestine occupée.

La star américaine Scarlett Johansson vient d'abandonner son statut d’ambassadrice de l’ONG britannique Oxfam, jugé « incompatible » avec sa promotion de l’entreprise israélienne SodaStream, implantée en territoire palestinien occupé. L’actrice qui prêtait son sourire à une de ces campagnes de pub avait tenté de le justifier par un plaidoyer confondant de niaiserie et abondamment moqué sur la toile.

En France, en réaction à la lettre ouverte des très nombreux dessinateurs protestant contre le partenariat avec Sodastream, le délégué général du festival de BD d’Angoulême, Franck Bondoux, a tenté, en urgence, de s’improviser politologue et de plaider, sans crainte du ridicule, pour une entreprise implantée dans une colonie. Sans avoir tout à fait compris que la colonie est, par définition, illégale au regard du droit international.

Belle caisse de résonance pour un feuilleton qui dure depuis plus de quatre ans, dans lequel l’AFPS a eu un rôle moteur, et qui vient fort malheureusement de lui valoir, à elle toute seule, une condamnation au civil sur plainte de l’importateur.

Dès 2009, les groupes locaux de l’AFPS ont commencé à intervenir auprès des distributeurs et des consommateurs. En nous appuyant sur l’arrêt Brita de la Cour européenne de justice établissant que des produits fabriqués dans les colonies israéliennes ne pouvaient bénéficier de l’exonération des droits de douane, nous saisissons alors les ministères concernés et les directions des Douanes et de la répression des fraudes.

Alertée, l’administration faisait néanmoins son travail et OPM, l’importateur basé près de Nantes, devait acquitter près de 200 000 euros de taxes éludées sur la période 2008-2009. La direction de Loire-Atlantique chargée de la répression des fraudes dressait un PV concernant l’importateur, adressé au Procureur de la République en mars 2011 et concluant à « l’engagement particulièrement justifié de poursuites pénales ».
Le procureur en toute indépendance classait alors sans suite, en février 2012, expliquant, dans une langue savoureuse, que « les mensonges contractuels ne sont pas tous punissables » et que « l’origine israélienne ... ne paraissait pas de nature à déterminer le consentement du consommateur ».

L’AFPS et l’INDECOSA CGT portent alors plainte contre OPM pour tromperie sur l’origine du produit en juin 2012. Nous sommes déboutés en mars 2013, car si le TGI reconnaît que le lieu de fabrication ne correspond pas à l’étiquette, ce n’est qu’une inexactitude au regard du droit international et qu’il ne revêt pas le caractère intentionnel nécessaire pour qu’il y ait tromperie.

Fermez le ban !
A vrai dire pas tout à fait. L’importateur avait entre temps attaqué l’AFPS pour dénigrement en demandant des dommages et intérêts significatifs. Et nous venons d’être condamnés à 4 000 euros de dommages et intérêts et aux dépens. La décision rappelle « que relève de l’exercice de la liberté d’expression la provocation d’autrui à se détourner d’un produit » ou « appel au boycott », mais attention... certes les colonies sont illégales, mais on nous interdit de qualifier de la sorte les produits qui en sont issus, ni même d’illicites. L’étiquetage est assurément faux, mais nous n’avons pas le droit de dire qu’il est trompeur. Il n’y a ni tromperie sur l’origine, ni tromperie du consommateur !

L’Etat porte une lourde responsabilité dans cette situation. Tout en déclarant les colonies illégales, il laisse tranquillement circuler les produits des colonies. Pire encore : il maintient une circulaire appelant les procureurs à poursuivre les personnes qui pratiquent le boycott citoyen.

Ça ne nous empêchera pas de poursuivre notre demande d’interdiction des produits des colonies et d’arrêt de toute relation commerciale, industrielle et financière profitant à la colonisation israélienne !

Mais nous pouvons désormais compter sur les publicitaires de Sodastream. Merci à Scarlett Johansson, merci à Franck Bondoux. Encore quelques coups de pub de ce type et plus personne n’ignorera les conditions de fabrication de cet appareil magique à changer l’eau plate en bulle... 

Au fait, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Danemark, recommandent à leurs entreprises de ne pas s’impliquer dans des projets profitant à la colonisation. Quelle étroitesse d’esprit ! La France, elle, pour l’instant reste à l’écart ... peut-être réfléchit-elle à s’adjoindre Scarlett Johansson pour sa communication ?

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