Billet de blog 4 juin 2015

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Sauvons Enfance Art et Langages !

Les universitaires Jean Paul Filiod, Jean-Marc Lauret, Philippe Meirieu et Emmanuel Wallon appellent  "la Ville de Lyon à faire preuve de discernement et de revenir au plus vite sur sa décision » après avoir annoncé publiquement la fin du dispositif de résidences d'artistes en école maternelle baptisé Enfance Art et Langages.

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Les universitaires Jean Paul Filiod, Jean-Marc Lauret, Philippe Meirieu et Emmanuel Wallon appellent  "la Ville de Lyon à faire preuve de discernement et de revenir au plus vite sur sa décision » après avoir annoncé publiquement la fin du dispositif de résidences d'artistes en école maternelle baptisé Enfance Art et Langages.


De nombreuses fois, le Président de la République et le Premier ministre ont insisté sur l’importance de l’éducation artistique et culturelle. La ministre de l’Éducation nationale et son homologue de la Culture et de la communication ont proposé, le 11 février 2015, quelque temps après un début d’année dramatique, une Feuille de route pour l’éducation artistique et culturelle qui incite à « de nouvelles pratiques artistiques collectives dès le plus jeune âge sur les temps scolaire et périscolaire ».

A Lyon, ces pratiques existent à travers le dispositif de résidences d’artistes en école maternelle Enfance Art et Langages http://www.eal.lyon.fr/enfance/, créé en 2002. Le Maire de Lyon, Gérard Collomb, a toujours défendu ce programme qui vit depuis 13 ans. Dans son Projet pour Lyon 2014-2020, il écrit : « Nous soutiendrons les projets innovants à travers les résidences d’artistes en maternelle (Enfance Art et Langages)… ». Or, le 2 avril 2015, Anne Brugnera, adjointe à l’Education nommée au printemps 2014, en a annoncé publiquement la suppression. Plus exactement : l’a faite annoncer, par un adjoint d’arrondissement.

La décision a été prise sans connaissance réelle du dossier et sans discussion avec les partenaires conventionnels (services départementaux de l’Éducation nationale, services régionaux de la Culture, Universités). Comme nombre d’élus ces temps-ci, Anne Brugnera justifie sa décision selon un argument strictement financier. Tandis que le maire écrivait en octobre 2014 : « La culture ne doit pas faire les frais des fortes contraintes budgétaires qui s’imposent à nous ».

Le nom du journal municipal d’où est extraite cette citation ? Lyon Citoyen. Prenant au sérieux cette exigence de citoyenneté, des partenaires culturels et des équipes d’école coopérant avec Enfance Art et Langages ont proposé de repenser le dispositif en lien avec la réforme des rythmes scolaires, propice au développement des activités artistiques. Proposition restée sans réponse, et cela même après des semaines de contestation constructive.

Une mobilisation s’est en effet engagée dès le début d’avril (https://soutieneal.wordpress.com/). Les lettres de soutien se comptent par centaines, comme les signatures d’une pétition lancée il y a trois semaines. Elles émanent de professionnels (enseignants, artistes, Atsem, chercheurs, responsables culturels…), bien au-delà des frontières nationales. Mais aussi de parents d’élèves, dont ceux qui découvrent une résidence pour la première année et en voient déjà les effets bénéfiques. Et ils ont raison. Car ces résidences ne sont pas qu’une « sensibilisation » ou un « éveil » à l’art, elles engagent de réels apprentissages, de réelles acquisitions. Et ce, grâce à un réseau mobilisé et construit au fil des ans, grâce à une manière de travailler faite de partages d’expériences, personnelles et professionnelles, entre des personnes de métiers et d’univers différents, et qui comprennent l’intérêt de ces pratiques. Parce qu’il est question d’éducation aux valeurs, de culture et de vie en commun, tout ce qu’attendent un système éducatif qui se cherche et une société républicaine et démocratique qui veut rester debout.

Enfance Art et langages, prototype d’un projet dont il faudrait favoriser l’essaimage, est en passe de disparaître. L’argument financier avancé, le coût-même de ce dispositif, apparaissent bien faibles face aux innovations proposées et au nombre d’enfants et familles lyonnaises qui bénéficient de ces résidences, en particulier dans les lieux d’éducation prioritaire. La motion majoritaire au congrès du PS à Poitiers, signée notamment par Manuel Valls et Gérard Collomb, affiche pourtant une tout autre ambition : « mettons en œuvre cette idée belle et simple : un artiste/une école. Il s’agirait que durant l’année scolaire, un artiste soit en résidence dans chaque école de France pour conduire, avec les élèves, les professeurs et les familles, un projet culturel partagé. » Il doit donc s’agir d’étendre et non de supprimer les expériences en cours…

Pour rétablir l’indispensable dialogue entre les élus, les partenaires et les équipes d’école, pour que les ressources produites depuis 2002 perdurent, pour que les résidences actuelles se poursuivent et que de nouvelles voient le jour, pour que, dès la rentrée prochaine, enfants, parents et professionnels des écoles, accompagnés par les chercheurs, profitent pleinement d’Enfance Art et Langages, nous appelons la Ville de Lyon à faire preuve de discernement et de revenir au plus vite sur sa décision.

Les signataires :

Jean Paul Filiod, Maître de conférences à l’ESPÉ de Lyon, Université Claude Bernard Lyon 1.

Jean-Marc Lauret, Auteur de l’ouvrage L’art fait-il grandir les enfants ? (éditions de l’Attribut, 2014).

Philippe Meirieu, professeur émérite en sciences de l’éducation à l’Université Lumière Lyon 2.

Emmanuel Wallon, professeur en sociologie politique à l’Université Paris Ouest Nanterre.

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