Paris n’a rien dit, rien fait

Jacques-Marie Bourget, journaliste blessé en 2000 lors d'un reportage en Palestine, a vu sa plainte pour «tentative d'homicide volontaire» aboutir à un non-lieu, l'Etat d'Israël ayant refusé de coopérer. Son avocat, William Bourdon, déplore le manque de soutien de la France.

Jacques-Marie Bourget, journaliste blessé en 2000 lors d'un reportage en Palestine, a vu sa plainte pour «tentative d'homicide volontaire» aboutir à un non-lieu, l'Etat d'Israël ayant refusé de coopérer. Son avocat, William Bourdon, déplore le manque de soutien de la France.

 

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puceinvite.jpgLe 20 octobre 2000, Jacques-Marie Bourget, grand reporter à Paris-Match, est atteint par une balle de M16. Touché au poumon gauche avec une rupture de la veine sous-clavière qui va exiger la transfusion de cinq litres de sang. Le journaliste se trouve alors en Palestine, sur une place de Ramallah qui n’est pas une scène de guerre. Le conflit de l’instant se résume à l’entêtement de quelques gosses lançant sporadiquement des pierres en direction de soldats israéliens. En territoire occupé, ces militaires assurent la garde d’une colonie juive. Les témoins entendus situent l’origine du tir dans un immeuble qui sert d’état-major à l’armée israélienne.

Au sol, Jacques-Marie Bourget est pris en charge par des secouristes du Croissant Rouge palestinien. Ils le transportent vers l’hôpital de Ramallah. Là, les chirurgiens estiment l’état du blessé si alarmant qu’ils souhaitent son transfert vers le CHU de Jérusalem. Questionnés sur cette urgence médicale, les responsables militaires refusent le passage de l’ambulance vers la ville sainte.

Trente-six heures plus tard, les médecins et diplomates en charge de Jacques-Marie Bourget, opéré avec succès à Ramallah, font toujours face à un blocus: l’armée refuse cette fois son transfert vers l’aéroport de Tel-Aviv, première étape vers son retour en France. Il faut l’intervention de Jacques Chirac, alors président de la République, pour que le gouvernement israélien ouvre enfin le passage.

Soigné à Paris, après des mois de convalescence et de multiples opérations, Jacques-Marie Bourget, souffrant désormais d’un handicap de 42%, décide de porter plainte pour «tentative d’homicide volontaire». Après des mois de sommeil dans différents cabinets d’instruction, le dossier est pris en main par Michèle Ganascia, juge d’instruction au TGI de Paris. La magistrate adresse une commission rogatoire internationale en Israël. Près de trois années plus tard, cette CRI revient non exécutée: en dépit des accords de coopération judiciaire signés en 1959, Jérusalem refuse de coopérer avec la France.

Dans le même temps, une expertise vient démontrer que la balle ayant atteint le reporter provient d’un stock produit par IMI, la société gouvernementale de l’armement israélien.

Pour ce refus d’appliquer les conventions, la France était en droit de demander les explications d’Israël devant la Cour de Justice Internationale… Paris n’en a rien fait. Le président de la République n’a jamais trouvé un instant, pour répondre à notre courrier ou pour questionner les responsables israéliens sur ce tir contre un journaliste français. Coincée par cette impasse judiciaire, la juge d’instruction n’a eu d’autre choix que de prononcer un non-lieu, la «tentative d’assassinat» ne sera donc ni instruite ni jugée.

Au moment où la France, certainement à juste raison, se félicite de la libération du caporal Shalit et de son action pour ce dénouement heureux, observons qu’en ce qui concerne l’attaque subie par Jacques-Marie Bourget, Paris n’a rien dit, rien fait.

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