Pour un nouveau pacte moral en politique

Pour le député PS de l'Hérault Christian Assaf, « chaque coup porté à l’image des élus par des pratiques inqualifiables est un assassinat de la démocratie ». Au-delà des mesures fortes que l'affaire Cahuzac impose, « notre pays ne peut plus faire l’économie d’un débat institutionnel de grande ampleur » pour discuter des « fondements d’une République nouvelle ».

Pour le député PS de l'Hérault Christian Assaf, « chaque coup porté à l’image des élus par des pratiques inqualifiables est un assassinat de la démocratie ». Au-delà des mesures fortes que l'affaire Cahuzac impose, « notre pays ne peut plus faire l’économie d’un débat institutionnel de grande ampleur » pour discuter des « fondements d’une République nouvelle ».


 

Au-delà du déferlement médiatique, des gesticulations des uns et des autres dans le personnel politique, des supputations sur les degrés de complicité, la principale leçon à tirer des affaires Woerth et Cahuzac est la constatation que le haut-le-cœur de nos concitoyennes et de nos concitoyens est à son paroxysme quand ils pensent à la classe politique.

Ce constat est amer et nous impose d’avoir une exigence de réformes à la hauteur de cette déception. Ce constat et cette exigence appellent une réaction immédiate mais également une réflexion plus profonde sur nos institutions.

D’abord parce qu’il faut rappeler qu’en l’occurrence l’arbre de quelques ripoux, parjures et atteints du cancer de l’argent facile cache la forêt des milliers d’élus qui œuvrent au quotidien, et justement sans compter ni leur temps, ni leur vie personnelle, ni leur énergie, ni même leur argent. Mais il devient de plus en plus compliqué d’expliquer qu’effectivement « tous » ne sont pas pourris.

Ensuite, parce que cela renvoie plus que jamais l’élu à sa réalité. Et si « gouverner c’est choisir » selon Pierre Mendes-France, alors être élu, c’est vouloir.

« J'ai souvent pensé que la moralité consiste essentiellement en le courage de faire un choix », disait Léon Blum.

Vouloir faire des choix : d’exemplarité, de probité, d’honnêteté, de sens de l’intérêt général. Sans doute est-ce même ahurissant d’être obligé de le redire. Et pourtant chaque coup porté à l’image des élus par des pratiques inqualifiables est un assassinat de la démocratie. Une petite mort. Lente mais inexorable.

Machiavel prétendait : « Je suis persuadé qu'un Prince, et surtout un Prince nouveau, ne peut impunément exercer toutes les vertus, parce que l'intérêt de sa conservation l'oblige à agir contre l'humanité, la charité et la religion. »

Je suis élu nouveau, je ne suis pas un Prince. Mon maître, c’est le peuple. Et je crois que l’on peut agir pour l’intérêt général. Sinon, je ne serais pas entré en politique.

La morale pour la morale n’a, cependant, pas beaucoup de sens.

La morale en politique c’est d’abord une dimension sociale. Parce que l’immoralité qui consiste à cacher son argent à l’étranger, c’est une injustice sociale. C’est une insulte : envers la Nation, que l’on trahit alors qu’on est censé la servir, et envers son peuple qui connaît trop bien les mots « crise », « chômage », « endettement »…

La morale en politique, c’est une dimension humaine : c’est regarder l’électeur droit dans les yeux. Savoir lui dire que l’on peut commettre des erreurs mais jamais des trahisons. Etre capable de lui réaffirmer et de lui démontrer que l’on consacre tout son temps d’élu à ce pourquoi on a été élu.

La morale en politique, c’est une dimension personnelle : c’est une idée de son pays, une idée des valeurs qui l’animent, une idée des femmes et des hommes qui y vivent, une idée de soi-même, face à son miroir.

La morale en politique, c’est un combat : contre ceux qui ne la respectent pas, contre les chimères extrémistes qui se nourrissent de la gangrène des ripoux.

La morale en politique, ce sont des actes significatifs qu’il faut mettre en œuvre rapidement. Ce changement là, c’est maintenant qu’il doit avoir lieu. Avec des mesures fortes :

  • publication des déclarations de patrimoine et des revenus des élus,
  • interdiction d'exercer une activité professionnelle pour tout parlementaire et chef de gros exécutifs,
  • suppression des droits civiques pour tous les élus condamnés,
  • application du non-cumul dès 2014,
  • interdiction d'exercer une activité gouvernementale et des responsabilités au sein d'un parti,
  • publication des activités professionnelles de chaque élu 5 ans avant et 5 ans après l'élection,
  • contrôle de ces informations par la Commission nationale des comptes de campagne et du financement de la Ve République,
  • garantie d’une indépendance absolue de la justice et de la presse par des réformes de fond.

  

Au-delà de ces mesures indispensables, notre pays ne peut plus faire l’économie d’un débat institutionnel de grande ampleur. Au Parlement et de manière participative, il est temps de mettre en discussion les fondements d’une République nouvelle. N’ayons pas peur d’un référendum constituant qui nous permettrait de dépasser les vicissitudes d’une République moribonde et qui apporterait les regains de moralisation et de transparence dont la démocratie a besoin.

C’est seulement à ce moment-là que nos concitoyens seront prêts à renouer le lien de confiance qu’ils avaient avec leurs élus et leurs institutions. C’est seulement à ce moment-là qu’ils accepteront, à nouveau, que notre démocratie ait les moyens de fonctionner. C’est seulement à ce moment-là que l’utilité des parlementaires ou des gouvernants ne fera plus aucun doute.

Oublier ces exigences ou, pire, refuser de les voir, serait porter un coup fatal à la relation entre le peuple et ses élus. Ce serait accepter que le contrat social qui unit notre société ne soit plus qu’un souvenir.

Et si la politique, c’est aimer les gens, alors, notre démocratie aurait tout à craindre de ce divorce-là. 

Christian Assaf, député PS de l'Hérault

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