La Méditerranée menacée par des forages pétroliers

« Ces prospections en Méditerranée, comme au large de la Guyane, participent d'une logique mortifère et obsolète d'une extraction d'énergie fossile toujours plus profonde, toujours plus chère et toujours plus risquée. La priorité, à l'heure de la crise climatique, est à la sobriété et à la transition énergétique (...) pour faire face à la société de l'après-pétrole. » Par Michèle Rivasi, députée européenne (EELV), fondatrice de la Criirad, et Sébastien Barles, conseiller municipal (EELV) de Marseille.

« Ces prospections en Méditerranée, comme au large de la Guyane, participent d'une logique mortifère et obsolète d'une extraction d'énergie fossile toujours plus profonde, toujours plus chère et toujours plus risquée. La priorité, à l'heure de la crise climatique, est à la sobriété et à la transition énergétique (...) pour faire face à la société de l'après-pétrole. » Par Michèle Rivasi, députée européenne (EELV), fondatrice de la Criirad, et Sébastien Barles, conseiller municipal (EELV) de Marseille.


 

La compagnie pétrolière Shell a obtenu les autorisations nécessaires pour démarrer une campagne de forage à plus de 6 000 mètres de profondeur au large de la Guyane, à la suite d’une forte pression du lobby industrialo-prétrolier sur le gouvernement – qui semble avoir coûté son poste à l’ex ministre de l’écologie et de l’énergie, Nicole Bricq.

Ces forages vont être lancés sans étude d’impact environnementale digne de ce nom, sans concertation locale et avec un dispositif de sécurité et de prise en compte d’un hypothétique grave accident largement insuffisant. Cet épisode est fâcheux en début de législature et donne un mauvais signal de la volonté gouvernementale de s’affranchir du poids des lobbies et d’entamer la transition énergétique.

Notre “ Mère Méditerranée ” est aussi menacée. La Méditerranée, “ matrice de notre monde et mère des cultures ”, est une nouvelle fois hantée par la tentation du tragique. Certes, la demande de renouvellement et de mutation du permis Rhône maritime n’a pas été accordée par l’Etat, suite à la mobilisation locale. Il s’agissait d’accorder le droit à une compagnie pétrolière en quête d’hydrocarbures de prospecter par ondes sismiques et de procéder à des forages prospectifs dès 2013, à la lisière des parcs nationaux des Calanques et de Port Cros, et de la réserve des Pélagos (protection des mammifères marins). Toutefois, il semble que ce permis ne soit que la partie emergée de l’iceberg noir qui menace la Méditerranée. En effet, sur la côte méditerranéenne française, deux projets de recherche à la solde des compagnies pétrolières comme Total ou Pétronas, baptisés GOLD (Gulf of Lion's drilling) et IOPD (integrated ocean drilling programme) prévoient une ruée vers les sous-sols sous-marins méditerranéens. Cette collusion entre recherche publique et intérêts privés des groupes pétroliers est à dénoncer.

Outre l'opacité qui nourrit ce dossier (aucun débat public ou enquête publique n'a eu lieu), c'est l'aberration du projet qui est à dénoncer. Le danger est triple: atteinte à la biodiversité, danger sismique et risque de pollution par hydrocarbures. Il est en effet aujourd’hui prouvé que les ondes utilisées pour les prospections perturbent significativement les mammifères marins. Plusieurs échouages inexpliqués d'animaux ont été enregistrés l'an passé. La Méditerranée est une mer fragile et menacée. Elle est d’une très grande richesse en matière de biodiversité, abritant un grand nombre d’espèces endémiques ainsi que plusieurs espaces naturels protégés. Une zone de protection écologique (ZPE) a même été créée en 2003 pour interdire les rejets illicites des navires et réduire la pollution au large de ces zones protégées.

La Méditerranée est une mer fermée (ou quasi) et une marée noire y serait une catastrophe considérable, pire encore que celle du Golfe du Mexique. Certains forages seraient réalisés en eau profonde, à plus de 1 500 mètres, dans des zones sismiques importantes. Or le niveau de maîtrise technique est encore aléatoire. Souvenons-nous de l’ampleur du désastre lors de l’accident de la plateforme BP dans le Golfe du Mexique en avril 2010, avec plus de 800 millions de litres d’hydrocarbures déversés dans l'océan, mais aussi de la marée noire causée par une plate-forme de la Shell (gisement Bonga) le 17 décembre 2011 dans le golfe de Guinée.

Les géologues, hostiles au projet, considèrent le sous-sol naturellement instable avec l'enregistrement de tremblements de terre réguliers à proximité et dans la zone de prospection Gold et IOPD.

Ces prospections en Méditerranée, comme au large de la Guyane, participent d'une logique mortifère et obsolète d'une extraction d'énergie fossile toujours plus profonde, toujours plus chère et toujours plus risquée. La priorité, à l'heure de la crise climatique, est à la sobriété et à la transition énergétique en articulant les trois axes suivant: efficacité, sobriété et développement des énergies renouvelables. La transition énergétique est une nécessité pour faire face à la société de l'après-pétrole.

Nous demandons solennellement au gouvernement de renoncer à tous permis offshore de prospection pétrolière; de réformer le code minier en faisant du sol un « bien commun » afin d’éviter l’appât de la rente pour les exploiteurs des ressources fossiles; de contribuer à réorienter la recherche publique française vers les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique et non vers l’extraction d’énergie fossile et de défendre un véritable scénario de transition énergétique. Enfin, à l’heure où l’Union européenne se penche sur une nouvelle législation communautaire afin que les règles de sécurité de l’UE répondent à l’accident du Golfe du Mexique en donnant un cadre réglementaire contraignant pour les exploitants dans le but d’éviter tout accident majeur, la France doit jouer un rôle moteur pour réorienter les crédits européens vers les filières énergétiques d’avenir.

S'opposer à la «soif de pétrole» est un enjeu de civilisation.

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