Le processus de paix israélo-palestinien a besoin de l'Europe

Alon Liel lance un appel aux ministres des affaires étrangères européens, qui aborderont la question du processus de paix entre Israël et les Palestiniens avec le secrétaire d'Etat américain les 6 et 7 septembre. Pour cet ancien diplomate israélien, seules des pressions internationales concrètes peuvent faire cesser la politique israélienne de colonisation des territoires et, de plus, renforcer le processus de négociations.

Alon Liel lance un appel aux ministres des affaires étrangères européens, qui aborderont la question du processus de paix entre Israël et les Palestiniens avec le secrétaire d'Etat américain les 6 et 7 septembre. Pour cet ancien diplomate israélien, seules des pressions internationales concrètes peuvent faire cesser la politique israélienne de colonisation des territoires et, de plus, renforcer le processus de négociations.


Les ministres des affaires étrangères de l’Union européenne se réuniront en Lituanie les 6 et 7 septembre en compagnie du secrétaire d’État américain John Kerry. Parmi les questions que celui-ci abordera avec ses homologues européens figure celle du processus de paix au Moyen-Orient. 

Kerry mérite d’être vivement félicité pour avoir permis la reprise des négociations directes entre Israël et les Palestiniens après des années d’impasse diplomatique. Ces négociations ont démarré fin juillet et, depuis lors, aucune information sur leur substance ni sur les progrès n’a été communiquée.

Une pomme de discorde devenue publique concerne le rôle et le niveau d’implication de Martin Indyk, l’envoyé spécial américain chargé des négociations israélo-palestiniennes. Jusqu’à présent, le rôle d’Indyk a été négligeable. Les Palestiniens savent qu’Indyk est un grand ami d’Israël. Ironiquement, ce sont eux qui veulent qu’Indyk joue un rôle actif dans les négociations. C’est Israël qui s’y oppose.

Cet incident peut sembler insignifiant, mais il touche au cœur du conflit israélo-palestinien et permet d’expliquer l’échec des précédentes séries de négociations. 

Le conflit entre Israël et les Palestiniens se caractérise par une asymétrie très marquée. À tous les niveaux, Israël est la plus forte des deux parties, et elle se démène pour maintenir cette asymétrie. C’est la raison pour laquelle Israël ne veut pas d’Américains dans la salle des négociations : cela pourrait en effet donner plus de moyens d’action aux Palestiniens et remettre en question le quasi-monopole du pouvoir israélien. 

Lorsque, dans les jours qui viennent, les ministres européens des affaires étrangères et John Kerry discuteront du processus de paix au Moyen-Orient, ils devraient reconnaître que l’échec des précédents efforts de paix est imputable, dans une large mesure, au fait qu’ils s’appuyaient sur l’hypothèse de deux parties égales au conflit. 

Ils devraient reconnaître que le processus de paix au Moyen-Orient ne conduira pas à la paix tant que la communauté internationale se contentera de ne jouer qu’un rôle de facilitateur. Les leçons que l’on tire du passé sont évidentes : la communauté internationale doit désormais assumer une responsabilité non seulement dans le processus, mais aussi dans la substance et  l’issue des négociations. Et il lui faut pénétrer dans la salle des négociations. 

À ma grande consternation, les gouvernements israéliens successifs se sont dirigés tout droit dans le fossé. Certes, l’Iran, le Hezbollah et le Hamas posent des dangers sérieux qu’il faut aborder. Mais la plus grande menace pour l’identité juive et démocratique d’Israël est l’effacement de la Ligne verte, la frontière d’avant 1967 entre Israël et les Territoires palestiniens qui est reconnue internationalement.

Qui est en train d’effacer la Ligne verte ? Paradoxalement, c’est Israël. Je constate que mon pays bien-aimé s’engage actuellement sur une pente glissante, s’éloignant de la solution à deux États en direction d’une situation d’apartheid. Les pourparlers diplomatiques ne doivent pas nous empêcher de voir que c’est bien cela qui est en train de se passer. Tandis que les négociations théorisent la paix, force est de constater que le cumul des faits sur le terrain rend la paix impossible.

Les pressions internationales, sous la forme de mesures concrètes, sont la seule chose qui puisse permettre de lutter contre la pérennisation de l’occupation. C’est comme cela que la communauté internationale pourra entrer dans la salle des négociations. C’est comme cela qu’elle pourra influer sur la substance et l’issue des négociations, conformément aux paramètres légitimes et raisonnables d’une solution définitive qu’elle soutient depuis longtemps. 

Certains pourraient croire, y compris en Europe, que les pressions sur Israël et les négociations ne sont pas compatibles. Or, c’est le contraire qui est vrai : les pressions renforcent les négociations. Les pressions sont en réalité une condition préalable nécessaire à tout progrès, surtout lorsque le camp de paix israélien est complètement endormi ou silencieux. 

L’introduction récente par l’Union européenne de directives relatives au financement des entités israéliennes nous offre un bon exemple. Ces directives doivent garantir que l’argent des contribuables de l’UE n’est pas dépensé dans les colonies, conformément aux positions de longue date de l’UE. 

Si l’objectif de ces directives est principalement de veiller à ce que l’UE garde les mains propres, ne sous-estimons pas leur signification politique globale. Alors que le gouvernement israélien est en train d’effacer la Ligne verte, ces directives rétablissent et renforcent le principe fondamental selon lequel une solution à deux États ne peut que s’appuyer sur cette même Ligne. 

C’est pourquoi, il est aujourd’hui primordial que l’UE insiste sur la mise en œuvre de ces directives, également dans le contexte des pourparlers sur la participation d’Israël à Horizon 2020, le programme européen de financement de la recherche et de l’innovation. L’UE ne doit pas céder aux pressions israéliennes visant à diluer la substance de ces directives. 

J’adresse le message suivant aux ministres européens des affaires étrangères qui se réunissent cette semaine en Lituanie : il nous faut plus d’actions de ce genre, non moins. Maintenant que les négociations ont redémarré, ne reprenez pas l’habitude de vous contenter d’émettre de simples déclarations. Conservez votre politique proactive et ayez le courage et la vision de jouer le rôle politique que seule l’Europe peut jouer. Sans vos pressions, je doute que les deux parties s’attèlent aux questions fondamentales, dont celle des frontières. 

Bien évidemment, les Américains sont un acteur indispensable du processus de paix au Moyen-Orient. C’est John Kerry qui a rapproché les parties. Mais seule l’Europe pourra préserver et promouvoir les paramètres sur lesquels une résolution définitive viable devra s’appuyer. Merci d’y veiller, il y va de l’intérêt d’Israël.

Alon Liel, ancien directeur général du ministère israélien des affaires étrangères et ex-ambassadeur israélien en Afrique du Sud

 

 

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