Billet de blog 6 janv. 2011

Pour le droit de vote à 16 ans

La droite propose d'abaisser la majorité pénale à 16 ans? Si l'on est adulte à 16 ans, répondent Emmanuelle Becker, conseillère de Paris (PCF), et Ian Brossat, président du groupe PCF/PG au Conseil de Paris, alors il faut abaisser le droit de vote au même âge.

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La droite propose d'abaisser la majorité pénale à 16 ans? Si l'on est adulte à 16 ans, répondent Emmanuelle Becker, conseillère de Paris (PCF), et Ian Brossat, président du groupe PCF/PG au Conseil de Paris, alors il faut abaisser le droit de vote au même âge.

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Au plus haut niveau de l'Etat, certains revendiquent un acharnement un peu particulier, celui de faire table rase de l'héritage d'un modèle social édifié entre 1945 et 1968, et parachevé dans les années 80. S'en suivent des textes réglementaires et législatifs qui s'attaquent au détail de ce legs. Au mois de janvier 2010, on aura ainsi remarqué une proposition de loi de Christian Estrosi, député-maire de Nice, qui vise à abaisser l'âge de la majorité pénale de 18 à 16 ans. Cette ambition, déjà portée par le sénateur Serge Dassault en 2010, et par le candidat Nicolas Sarkozy en 2007, remet en cause l'ordonnance du 2 février 1945 sur l'enfance délinquante. Surtout, elle éclaire un peu plus, s'il était nécessaire, ce qu'une certaine élite politique et économique conservatrice pense de la jeunesse –et ce n'est pas le moins inquiétant.

Car reprenons les termes de Christian Estrosi, tels que prononcés lors d'une conférence de presse, le 30 décembre dernier: «les mineurs de 1945 et ceux d'aujourd'hui ne sont pas comparables, ni dans leur comportement, ni dans leur éducation». En sourdine, on peut entendre un soupçon de caricature, que le député-maire de Nice, pas téméraire, n'ose pas énoncer clairement. Les jeunes ne respecteraient plus rien. Ils sifflent la Marseillaise dans les stades, ils brûlent des voitures. En toute cohérence, notre pays n'a d'ailleurs pas interdit les boîtiers à ultrasons anti-jeunes alors que des décisions de justice existent, qui signalent leur dangerosité.

Pour faire bonne mesure, la droite assortit cette proposition d'une autre, qui ambitionne bientôt d'abaisser, elle, l'âge d'éligibilité au Parlement à 18 ans. Quand on considère l'âge moyen des parlementaires (de dix ans supérieur en France à la moyenne européenne), et celui des benjamins de l'Assemblée depuis 1958 (entre 27 et 30 ans), la mesure est avant tout décorative. Cosmétique. Tout ce que n'est pas l'abaissement de l'âge de la majorité pénale. Entre 16 et 18 ans, aujourd'hui, un délinquant voit en effet, sauf circonstances particulières, sa peine réduite automatiquement de moitié. Demain, plus d'excuse de minorité et la peine entière. Si l'on considère que l'on est adulte à 16 ans, la vraie proposition serait d'abaisser le droit de vote au même âge. Mais de cela, il n'est pas question. Etrange pays que le nôtre, qui considère que sa jeunesse est assez adulte pour aller en prison mais pas pour voter...

Malheureusement, la liste de ce que l'on refuse à la jeunesse ne s'arrête pas là, et c'est tout le problème. Pas de travail pour elle, puisque le «non-emploi» des jeunes (ou leur production low-cost : piges, stages, free-lance) sert de variable d'ajustement dans la politique de «non-lutte» contre le chômage. Pas de logement puisque pas d'emploi (qui d'ailleurs ne suffit plus à payer un loyer, encore moins à acheter un bien). Pas de retraite, demain, non plus. Et l'on remarquera avec le sociologue Louis Chauvel que «les derniers retraités aisés du début du baby-boom décident de l'appauvrissement des générations nées trop tard, victimes muettes d'enjeux où leur absence est sciemment organisée» (Le Monde du 3 janvier 2010). Souvenons-nous à cet égard de la condescendance des ministres au moment des manifestations contre la réforme des retraites –qui renvoyaient les chers bambins (lycéens, donc bientôt condamnables par un tribunal de droit commun) à leurs études.

De plus en plus d'experts, d'universitaires, mais aussi de jeunes et de moins jeunes évoquent une «génération sacrifiée», comme on parlait de «génération perdue» après le bain de sang de la première guerre mondiale. Ils ont raison. Les jeunes d'aujourd'hui n'ont pas expié les crimes de leurs pères dans les tranchées, ils payent pour eux tous les jours, dans leurs études (dégradées, sans débouchés), dans leur travail, dans leur santé et leur bien-être. Il est temps de les entendre. De les considérer comme des membres à part entière de notre société et de notre démocratie dès 16 ans. Pas d'en envoyer certains en prison. Pas d'attendre leur entrée sur le marché (réel) du travail (dont l'âge moyen recule, il avoisine 30 ans, aujourd'hui). Pas d'attendre qu'ils soient propriétaires (quarante ans plus tard), ou à la retraite (peut-être). Certains demandent à la jeunesse de mieux les respecter : encore faudrait-il qu'ils respectent la jeunesse.

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