Duelling shamisens

Avec un peu d'imagination, on s'attendrait à voir débouler des rangées de reel irlandais, voire une line dance typiquement bluegrass. Mais les chevilles du banjo sont démesurément long, la caisse carrée, la flûte en bambou. Et les deux instrumentistes sans nul doute japonais. 
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Renseignement pris, le banjo est un shamisen – littéralement “trois cordes parfumées” – et la la flûte shinobue souvent entendue dans les représentation de théâtre kabuki. Habituellement, ces instruments traditionnels donnent une touche zen, pour l'oreille occidentale, aux musiques qu'ils interprètent. Mais dans le style de Tsugaru, à l'extrême nord de l'île de Honshu, le shamisen se joue de préférence à une vitesse démentielle qui n'a rien à envier aux duelling banjos de Delivrance.

Cross Roads © muartsproduction

Pour ajouter à l'insolite, on dit que le genre fut inventé par des vagabonds, souvent aveugles, qui rivalisaient d'habileté musicale pour faire sortir les locaux – et affronter la neige – lorsqu'ils allaient mendier de la nourriture de foyer en foyer. La mélodie, jamais notée, était transmise à l'oreille, donnant lieu à de nombreuses variations et improvisations, ce qui l'a fait évoluer plus rapidement que les styles plus codifiés.

Shunsuke Kimura, musicologue spécialiste des formes traditionnelles et folkloriques du Japon, a recueilli ces formes et avec Etsuro Ono, ils prolongent cette voie en mâtinant le Tsugaru Shamisen de références folk, country, blues, rock, funk qui accroche immanquablement  le public qui saisit soudain un riff connu ou un rythme familier.

  • Vendredi 13 juillet à 19 h 30, cour de l'archevêché, Arles.

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