La santé économique d’un pays se mesure en nombre d'emplois créés, rappelle l'économiste Bachir Kerroumi. Il défend la stratégie consistant à donner les moyens aux PME de se développer et à améliorer les politiques de formation, jugeant sans avenir la logique de certaines entreprises qui misent tout sur les bénéfices financiers.
Quelle stratégie politique sommes-nous en droit d’attendre ? Contrairement aux idées reçues, le moteur de la croissance économique aux Etats-Unis se mesure en nombre de créations d’emplois (+195 000 emplois en juin).
La création ou la destruction de l’emploi nous semble le seul indicateur pour la santé économique d’un pays, ce que comprennent à juste titre les citoyennes et les citoyens, principaux créateurs de richesse dans les entreprises. Lorsqu’on analyse l’économie réelle des pays du Nord, y compris l’Allemagne, on s’aperçoit que les vrais indicateurs sont les emplois salariés et non-salariés qui créent la richesse économique.
Cependant on observe depuis plusieurs décennies que certaines entreprises font de l’investissement de productivité leur principal atout de développement, à savoir faire des bénéfices financiers substantiels en détruisant des emplois. Cette stratégie court-termiste n’a pas d’avenir. Si cette logique se poursuit, à moyen terme, l’appauvrissement de la population réduira d’une manière ou d’une autre le potentiel de développement économique de ces mêmes entreprises.
Il est effrayant de constater que, depuis cinq ans, le chômage ne cesse d’augmenter. Les causes sont connues et reconnues dans les rapports d’experts (économistes, chefs d’entreprise, leaders syndicaux, sociologues, parlementaires) : système éducatif en déclin (1,9 million de jeunes exclus), baisse importante des investissements en recherche et développement, insuffisance des entreprises de taille intermédiaire capables de jouer un rôle dans le commerce international…
Dans le rapport Gallois, ces dérives sont analysées de façon encore plus pertinente. Pour la première fois, un rapport économique, qui plus est traitant des perspectives de la compétitivité française, souligne clairement la faiblesse des politiques de formation continue destinées aux salariés, ainsi que les formations initiales en apprentissage réservées aux jeunes (taux de chômage des jeunes : 27%).
Nous n’avons pas le choix, il y a un défi à relever : l’activité de la Banque publique d’investissement (BPI) doit montrer la voie aux réseaux bancaires pour changer les critères d’éligibilité des besoins de financements des PME ; On ne peut pas se leurrer, la BPI seule n’aura jamais les moyens de répondre à toutes les demandes. Car, il faut le souligner fortement, ce qui paralyse le plus le développement des PME dans notre pays, c’est l’absence totale de confiance des grandes banques françaises vis-à-vis des entrepreneurs. Le seul critère avancé par les banquiers pour 80% des demandes est de « garantir la somme empruntée, en déposant une somme équivalente en amont de la demande d’emprunt ». De plus, nos banques manquent de savoir-faire en matière de participation et prise de risque, notamment envers des entreprises nouvellement créées.
En revanche, si les modes de financements étaient au rendez-vous, l’innovation pourrait ainsi croître et nous pourrions rattraper notre retard en recherche et développement par rapport aux pays les plus avancés.
A cet effet, il serait urgent de revoir les stratégies internationales des pôles de compétitivité. C’est à l’issue d’une telle analyse que le gouvernement pourrait mesurer la pertinence du nombre, de la taille et du ciblage des domaines investis. En outre, aujourd’hui, les résultats sont tellement faible, que les instances politiques, nationales et locales, ne cherchent même pas à les exploiter pour la communication de l’innovation.
Les gisements d’emplois en France existent, plusieurs indicateurs le démontrent : l’enquête en besoin de main d’œuvre (BMO) recense, en 2012, 800 000 postes qui ne sont pas pourvus par manque de personnels qualifiés. Par ailleurs, il se crée 500 000 nouvelles entreprises en France par an. L’absence de soutien financier fait que ces dernières ne créent quasiment pas d’emploi. Sur plus de 3 500 000 entreprises sur le territoire, 66% n’ont pas de salariés et 28% de 1 à 9 salariés. Pour répondre d’un côté aux pénuries de main d’œuvre spécialisée et, de l’autre, anticiper sur les mutations sectorielles, il faut préparer les citoyennes et citoyens à de nouvelles compétences.
Des changements ambitieux en formation professionnelle et continue seraient un moyen efficace pour créer des emplois en grand nombre et en qualification durable à court terme.
Cela exige une action en partenariat avec les régions sur les investissements de l’outil de formation (infrastructures, machines, réseaux télécoms, contenus sur les nouveaux savoirs…) et une action de promotion permanente, en étroite concertation avec les entreprises, sur les leviers du développement économique, par exemple la valorisation des nouvelles qualifications, l’information sur les financements potentiels des entreprises, la création de plateformes de mutualisation des ressources pour les très petites entreprises…
La formation professionnelle vise à la réduction du chômage. Et la formation continue sera un élément clé de la stratégie de compétitivité des entreprises comme modèle en Europe.
Bachir Kerroumi, économiste, chef de la mission des études économiques à la mairie de Paris