Non au délit de solidarité. Oui aux « passeurs d’humanité »

Initié par le metteur en scène Dominique Lurcel et le poète et dramaturge Jean-Pierre Siméon, ce manifeste entend réaffirmer la primauté absolue de la conscience morale sur ordre politique. Il a déjà reçu plus de 500 signatures, dont celles de Mona Ozouf, Patrick Chamoiseau, Erri de Luca, Annie Ernaux, etc.

Nous affirmons avec Cédric Herrou que «c'est le rôle d'un citoyen, en démocratie, d'agir lorsqu'il y a défaillance de l’État». 
Nous réaffirmons la primauté absolue de la conscience morale sur l'ordre politique.
Nous dirons et redirons, quoi qu'il en coûte, que le devoir de solidarité est sans compromis et au-dessus des lois.
Face à un jugement dont l'esprit et la teneur sont une sinistre première fois en France sous la République, jugement dont nulle argutie ne saurait masquer la visée répressive et dissuasive, nous déclarons notre soutien sans réserve à la démarche de Cédric Herrou et nous déclarons prêts le cas échéant à agir comme lui, malgré la loi, contre l'injuste.

Cet appel est ouvert à signatures sur Change.org ici.

[Tous les noms des signataires de ce manifeste sont à lire ci-dessous. Tandis qu'il circulait pour signatures, Pierre-Alain Mannoni, chercheur au CNRS, a été à son tour, et pour des actes similaires à ceux de Cédric Herrou, condamné le 11 septembre en appel à deux mois de prison avec sursis par le même Tribunal d’Aix-en-Provence. Hier, ce fut le tour de Raphaël Faye-Prio, condamné à trois mois avec sursis. Il va de soi que les engagements ci-dessous exprimés par les signataires valent également pour ces derniers ainsi que pour tous ceux et celles qui, à l’avenir, pourraient être poursuivis pour « délit de solidarité ». 

Rappelons les faits. Cedric Herrou est ce cultivateur qui a accueilli, hébergé et nourri plus de 250 étrangers en situation de grande détresse, originaires d'Afrique, d' Erythrée et du Soudan surtout, 90% d'entre eux fuyant la guerre. Demandeurs d'asile mais arrivant en situation irrégulière. Cédric Herrou demande en vain depuis des mois un accueil d'urgence pour ces personnes arrivant dans la vallée de la Roya, depuis l'Italie. 

En apprenant ces faits, tout individu humainement constitué considérera que Cedric Herrou est un homme de bien, manifestant le plus élémentaire et plus nécessaire esprit de solidarité, obéissant à la plus ancienne et la plus universelle des lois morales non écrites qui demande qu'on tende la main à qui est en péril. Il aura tort, à ce qu'il paraît : le coeur a ses raisons que la raison d’État ne connaît pas. Pour celle-ci, le courage de Cedric Herrou est, autant qu'une insolence ou un affront, un délit. Au nom d'une loi écrite qui, sous l'argument du raisonnable et du possible, apparaît dans ses conséquences pour ce qu'elle est : la froide stratégie d'une lâcheté.

Condamné en première instance à 3000 € d'amende avec sursis par le Tribunal de Nice, Cedric Herrou, après appel du Procureur de la République – qui parle au nom du peuple, n'est ce pas ? et donc nous engage collectivement dans son obédience à la raison froide – a été condamné le 8 août à 4 mois de prison avec sursis par le Tribunal d'Aix en Provence. Interpellé depuis en gare de Cannes, alors qu'il accompagnait 156 migrants vers Marseille, pour les aider dans leurs démarches de régularisation, il est désormais sous le coup d'une nouvelle information judiciaire. Il n'a pas le droit de quitter le territoire national, ni de «fréquenter» les gares. Il doit pointer deux fois par mois au commissariat de Breil sur Roya.

Comment en arrive-t-on là ? Par quelles défaites morales, par quels renoncements successifs, par quels calculs d'égoïsme mesquin en arrive-t-on, sous couvert de bon sens et de réalisme, à ce que l’État traite comme des délits des actes inspirés par les valeurs mêmes qui le fondent ? Des actes en tout désintéressés et non-violents. 

Il est temps de dire non, de se désolidariser d'un État qui trahit sans vergogne les idéaux dont il parfume ses discours, temps de désobéir à la loi écrite quand elle criminalise la fraternité et proroge l’inhumain (la misère des camps et le cimetière méditerranéen). Il y eut des heures dans notre histoire où désobéir c'était garder l'honneur et sauver son âme. En voici une autre. DL et JPS]

Parmi les premiers signataires (Consultez ici Liste complète des premiers signataires (pdf, 92.8 kB)) : 

Mona Ozouf, historienne
Erri de Luca, écrivain
Annie Ernaux, écrivaine
Patrick Chamoiseau, écrivain
Lydie Salvayre, écrivaine
Anne Alvaro, comédienne
Etienne Balibar, philosophe
Jeanne Balibar, comédienne
Benjamin Stora, historien
Arlette Farge, historienne
Nancy Huston, écrivaine
Didier Fassin, professeur à l’Institut d’Etude avancée de Princeton
Eric Fassin, sociologue
Geneviève Brisac, écrivain
Samuel Churin, comédien
Bertrand Tavernier, cinéaste
François Morel, comédien
Julie Brochen, metteuse en scène
Lucien Attoun, homme de théâtre et de radio
Sylvie Gouttebaron, Directrice de la Maison des Ecrivains, Paris
Alain Veinstein, poète, écrivain, animateur d’émissions
Nicole Lapierre, écrivain, anthropologue et sociologue
Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue
Bernard Noël, poète et écrivain
Robin Campillo, cinéaste
Thierry Thieu Niang, chorégraphe
Jean-Marc Levy-Leblond, physicien
Henri Préaud, Général de Corps d’armée
Jean-Paul Angot, Directeur de la MC2 de Grenoble
Jacques Testart, directeur de recherches honoraire à l’INSERM
Pascale Ferran, cinéaste
Sophie Wahnich, historienne
Hélène Cixous, écrivaine
Daniel Arsand, écrivain
Antoine Choplin, écrivain
Fabrice Melquiot, écrivain
Sonia Wieder-Atherton, violoncelliste
Alain Borer, poète
Philippe Faucon, cinéaste
Jean-Luc Nancy, philosophe
Eric Lacascade, metteur en scène
Anne Duruflé, Commissaire du Grand Tour 2017, Ministère de l’Europe et des affaires étrangères
Gilles Manceron, historien
Laurent Cantet, cinéaste
Ernest Pignon-Ernest, plasticien
Catherine Corsini, cinéaste
Yvon Le Men, poète
Tahar Ben Jelloun, écrivain
Mathias Enard, écrivain
Philippe Caubère, comédien
Marie Desplechin, écrivain
Christian Rouaud, cinéaste
Stanislas Nordey, directeur du Théâtre national de Strasbourg
Arnaud Desplechin, cinéaste
Pascal Amoyel, pianiste
Denis Gheerbrant, cinéaste
Arno Bertina, écrivain
Jean-Pierre Vincent, metteur en scène
Bernard Chartreux, dramaturge
Jacques Roubaud, poète
Léa Fehner, cinéaste
Jean-François Sivadier, metteur en scène
Célie Pauthe, metteuse en scène, directrice du CDN de Besançon
Christophe Ruggia, cinéaste
Nicolas Bouchaud, comédien
Dominique Sampiero, essayiste et poète
Vincent Message, écrivain
Marie Darrieussecq, écrivaine
Jean-Pierre Thorn, cinéaste
Antonio Diaz-Florian, Directeur du Théâtre de l’Epée de Bois, Paris
Bruce Clarke, plasticien
Dom Xavier Gilles de Maupeou, évêque émérite de Viana ( Nordeste Brésil)
Luc Leclerc du Sablon, réalisateur
Christian Schiaretti, metteur en scène
Nimrod Bena, poète tchadien
Michel Séonnet, écrivain
Thierry Pariente, directeur de l’ENSATT, Lyon
Marcel Bozonnet, comédien
Sylvia Bergé, de la Comédie-Française
Hervé Pierre, de la Comédie-Française
Abraham Bengio, LICRA , Président de la Commission Culture
Victor Haïm, écrivain, dramaturge 

… et Jean-Pierre Siméon et Dominique Lurcel

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