Dans le 93, ranimer la mémoire des luttes écocitoyennes

La Seine Saint-Denis est connue pour ses combats de la guerre de 1870, pour ses Forts aux portes Nord-Est de Paris, pour son engagement dans les luttes politiques en 1936, pendant la Résistance, dans ses luttes ouvrières entre 1850 et 1980, pour ses révoltes en 2005 après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré. Mais pour ses luttes éco citoyennes ?

La Seine Saint-Denis est connue pour ses combats de la guerre de 1870, pour ses Forts aux portes Nord-Est de Paris, pour son engagement dans les luttes politiques en 1936, pendant la Résistance, dans ses luttes ouvrières entre 1850 et 1980, pour ses révoltes en 2005 après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré. Mais pour ses luttes éco citoyennes ?

On aurait l'impression qu'elles n'ont pas existé.Ou pas compté. Pourtant, des combats ont mobilisé des populations, des associations, des syndicats, des forces politiques et des élu-e-s. Parfois, contre des projets ou réalisations. Parfois pour. Dès l'aube de la révolution industrielle, des ouvriers, des ouvrières, des habitant-e-s, souvent riverain-e-s d'usines très polluantes ont réagi, comme l’historienne Natacha Lillo nous le rappelle, dans son livre La Petite Espagne de la Plaine-Saint-Denis 1900-1980 (Autrement, 2004). Les causes de leurs mobilisations varient : contre les conditions de travail et d'habitat, contre les odeurs pestilentielles (qui, par nature, restent peu ancrées dans les mémoires et sont "invisibles") contre les rejets nocifs dans les rues, sur les trottoirs, dans les cours d’eau, dans la terre. 
 
Qui se souvient, par exemple, de la bataille de milliers d’habitant-e-s et de salarié-e-s, pour obtenir la couverture de l’autoroute A1 à Saint-Denis, dès les années 60. Avec des opérations symboliques et médiatiques fortes, soutenues par des élu-e-s, notamment les « fiançailles entre voisins d'en face" avec des cordes tendues d'un côté à l'autre de l'autoroute, qui ont abouti, par la reprise de cette revendication par les élus, au moment de l'arrivée du Stade de France. Et des combats menés à La Courneuve où autoroute et routes coupent les habitant-e-s et la ville du parc départemental ?  
 
Qui connaît l'action des riverains et associations qui dénoncent l'ampleur des risques liés aux pollutions radioactives et chimiques du Fort de Vaujours ? Jusqu'à il y a quelques jours, avec l'annonce spectaculaire de rechercher 13 000 anciens élèves d'un groupe scolaire situé près d'un site de production d'amiante, qui connaissait le travail de ces associations et d'anciens salariés de l’usine en cause ? Qui a entendu parler des actions menées, à l'initiative de Robin des Bois puis des relais locaux, contre le non traitement de résidus radioactifs sur un site sur lequel travaillaient les Curie, au début du 20ème siècle, à L'Île-Saint-Denis ? Qui a suivi tous les combats menés contre les lignes électriques à haute ou très tension ? Qui a vu les actions menées contre l'implantation ou le développement d'autoroutes qui polluent fortement les populations de nos communes, ou contre les grandes surfaces commerciales qui destructurent tout le tissu commercial ou contre les transports de déchets nucléaires ou de matières dangereuses par les voies de chemin de fer à Drancy, à nos portes ?
 
Le dimanche 7 décembre à 14h*, nous mettrons à l'honneur les personnes qui ont bataillé, avec succès, au début des années 2000, contre les odeurs pestilentielles émises par une usine de traitement des os de boucherie La Saria à côté de la gare de Saint-Denis. Nous montrerons comment « l'enfer est pavé de bonnes intentions » avec le double risque que le prolongement du tram T1 de la gare de Saint-Denis vers les Hauts de Seine ne renforce la place de la voiture au détriment de ce transport en commun écologique ; et n'aboutisse à la destruction du patrimoine constitué par le plus vieux pont du 93. Et nous irons, en detox tour, voir comment des travaux peuvent être menés pour améliorer considérablement le coût du chauffage dans un immeuble du parc du logement social.
 
L'objectif global de ces Toxic / Detox tours est d'interpeller populations et élu-e-s aux enjeux environnementaux et climatiques qui se négocieront dans un an, lors du sommet mondial sur le climat de la COP 21 annoncé à Paris en décembre 2015, qui, en fait, se déroulera au Bourget en Seine Saint-Denis.
Par la balade du 7 décembre, nous voulons initier l'édition de brochures autour des luttes éco citoyennes menées dans le 93. Que cette mémoire ne s'efface pas et serve, au contraire, de point d'appui pour se remobiliser et gagner les batailles d'aujourd'hui et de demain.
 
* rendez-vous, place des confluences à Saint-Denis, Tram 1 ou RER D ou ligne H, gare de Saint-Denis. Informations auprès de toxictour93@gmail.com ou via le comité départemental du tourisme 93

Guido Barbisan, retraité (Asnières)
Victoria Chabran, comité Porte de Paris et Union des Association des Riverains du Stade de France (Saint-Denis)
Claudie Gillot-Dumoutier, collectif Lamaze (Saint-Denis)

Mathieu Glaymann, parent d'élèves et acteur du tourisme alternatif (Epinay sur Seine)

Emilie Hache, enseignante-chercheuse (Saint-Denis)
François Lemaire, retraité, animateur de l'association EducEcolo (Saint-Ouen)
Alice Le Roy, journaliste et enseignante (Paris)
Virginie Le Torrec, parent d’élève, actrice dans les politiques locales de santé (Saint-Denis)
Jade Lindgaard, parent d’élèves et journaliste (Aubervilliers)

Laurence Marty, étudiante (Montreuil)

Ida Phan, ingénieure (Pantin)


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