Pour une candidature écologiste à l'élection présidentielle

Réponse à Gaby Cohn-Bendit, par Alexis Braud et Mickaël Marie, membres de la direction d'Europe Ecologie - Les Verts.

Réponse à Gaby Cohn-Bendit, par Alexis Braud et Mickaël Marie, membres de la direction d'Europe Ecologie - Les Verts.

 

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puceinvite.jpgEst-il raisonnable de risquer un autre 21 avril ? Ou ne serait-il pas plus sérieux que les formations de l'opposition s'accordent entre elles sur une seule candidature ? Bref : vaut-il mieux être idiots ou raisonnables ? Frileux rabougris ou vertueux pénétrés du sens de l'Histoire ? En un mot, pour ou contre un naufrage bis repetita ? Ainsi posée, la question ne suppose - ne supporte - qu'une seule conclusion : tous et toutes derrière Martine, Dominique, Ségolène ou François, selon le ou la candidat(e) que désigneront les primaires socialistes. Adieu, candidature et projet écologistes, portés et proposés au suffrage des citoyens, adieu toute tentative de prolonger la dynamique nouvelle de l'écologie. Retour sérieux au dur de dur, au banal et confortable affrontement droite-gauche. L'écologie ? Trop d'innovation, trop d'incertitudes. Donc : prudence, sécurité, rassemblement dès le premier tour. Voilà ce que proposait, il y a quelques jours dans Libération, notre ami Gaby Cohn-Bendit, en invitant à ce que commence la discussion. Discutons, donc.

Personne n'a oublié le traumatisme de 2002, l'image se gravant sur l'écran d'un Jean-Marie Le Pen promis au second tour. Personne n'a oublié l'indignité nationale qu'a représenté l'événement, dans un pays si prompt à éclairer le monde entier de ses leçons et, parfois, de sa morgue. Et personne, c'est à souhaiter, ne veut oublier les excès, pantomimes et gesticulations ridicules qui ont accompagné les manifestations d'entre les deux tours, où l'on a pu lire - et dire sérieusement, se rejouant les mythes fondateurs de la Résistance en armes - que le fascisme, cette fois-ci, était à nos portes. Ce qui hélas est sorti des mémoires, c'est la campagne désastreuse du candidat socialiste, allant jusqu'à dédaigner sa propre étiquette, sa propre identité, persuadé que sa seule stature personnelle valait chemin vers l'Elysée. C'est ce désastre qui a nourri l'échec, mais ce qui a grandi sur les ruines du « coup de tonnerre », c'est l'idée simple - et fausse ! - selon laquelle n'était coupable que la seule « dispersion » des candidatures.

Face à la dispersion de 2007, la solution consisterait donc, tout aussi simplement, à la fusion en 2012. Fondre en une seule voix les aspirations diverses, les ambitions contradictoires, la musique ondoyante et diverse du réel irréductible, si obstinément gênant quand on ne veut voir qu'une seule tête. Et s'assurer que si le Front national doit être fort, et puisque nous semblons n'y pouvoir plus rien, l'enjeu est d'être un peu plus forts que lui. Juste un peu plus haut, juste devant « Marine ». Répondre à la fièvre en cassant le thermomètre. Remplacer la conflictualité politique par l'arithmétique approximative. Il y aurait bien une autre solution, mais il est vrai plus complexe, exigeante, incertaine. Démocratique, au sens le plus juste du mot, c'est-à-dire ne supposant pas une réponse univoque aux multiples questions en débat. Ce serait que chacune des familles politiques de notre pays choisisse de défendre ses propres options, ses propres réponses, ses propres manières de voir le monde qui vient, et la vie qui va avec. Ce choix concerne les écologistes au premier chef, en ce que les propositions qu'ils défendent sont peut-être plus accordées à l'époque que les sages admonestations des professeurs du retour de la croissance, à la normale, à l'idée qu'être de gauche n'est qu'une manière moins agressive de conduire des politiques de droite.

L'élection présidentielle est affaire d'imaginaire, de lignes tracées pour répondre aux désirs toujours présents d'une « vie obscurément autre », selon la belle formule d'Ernst Bloch. Elle suppose, pour celui ou celle qui désire la victoire, bien plus que l'énoncé de dispositifs techniques, une force suffisante pour rencontrer ce que sont les aspirations, forcément contradictoires, des électeurs, et formuler des réponses à leur désarroi et à leurs aspirations. Et c'est, si difficile que cela semble de l'atteindre, la voie la plus prometteuse pour assécher, à long terme, le marais sur lequel prospère, en France, le Front national, et dans d'autres pays d'Europe, des formations comparables. Il ne s'agit pas simplement de se dire qu'il faut être devant eux, mais qu'il faut les combattre, c'est-à-dire combattre, à leur racine, les raisons de leur envolée.

Cela ne peut pas se faire par la grâce d'une mécanique entre partis, d'un arrangement entre « petits » candidats putatifs et grands candidats prétendant au second tour. A la place où nous étions lors de la campagne présidentielle de 2007, nous pouvons nous souvenir de ce que coûte, pour les écologistes, le traumatisme du 21 avril. Presque l'élimination. Mais nous savons aussi que l'enjeu de l'élection n'est pas, n'est jamais, la vie ou la survie d'un parti, mais celle de l'avenir du pays. Qu'il y a des « petits » candidats portés par de grandes idées. Que ce qui fait bouger, changer un pays, n'est jamais le calcul des intérêts de court terme des candidats et des partis, mais leur capacité à porter, y compris dans la tempête des mauvais sondages et des commentaires assassins, une vision à la hauteur de l'époque.

L'élection présidentielle de 2012 posera la question de savoir comment nous voulons sortir de la crise. Ce que nous voulons transformer de notre présent pour anticiper l'avenir, et lui dessiner un visage désirable. Dans ce débat, les écologistes doivent être présents. Pas simplement parce que, depuis plus de trente ans et la candidature de René Dumont, nous avons largement montré notre compétence à saisir les mutations en jeu, mais aussi parce que les solutions que nous proposons sont justes et efficaces. Parce qu'elles sont utiles, même si nous ne gagnons pas l'élection présidentielle, à changer notre pays. Pas simplement pour témoigner, mais pour parler aux consciences. Pour proposer à l'imaginaire des citoyens des réponses qui puissent combler leurs désirs. Enfin, parce que les réponses des écologistes, et l'audace qu'elles supposent, ne sont décidément pas solubles dans un énième gloubi-boulga d'union de la gauche. Fut-il conçu pour être « efficace », il ne sera jamais que le succédané fonctionnel d'un débat qui, si nous ne portions pas notre propre candidature, n'aura jamais lieu.

Les écologistes, cher Gaby, ne doivent se satisfaire ni de postes ni de concessions programmatiques plus ou moins assurées. Il faut les postes, et il faut l'accord sur le projet. Mais avant cela, notre obligation, si nous voulons répondre à la confiance qui nous fut témoignée lors des élections européennes et régionales, demeure de porter notre propre voix, notre propre projet, notre propre imaginaire de transformation, pas de nous rabattre sur les quelques nuances que nous pourrions jouer dans une partition écrite par d'autres.

 

Alexis Braud, adjoint au maire d'Allonnes et conseiller communautaire de Le Mans métropole, et Mickaël Marie, conseiller régional de Basse-Normandie, sont membres de la direction d'Europe Ecologie - Les Verts et anciens membres, en 2007, de l'équipe de campagne présidentielle de Dominique Voynet.

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