Billet de blog 8 juil. 2010

Le show du kärcher à Saint-Denis

Sébastien Thiery, docteur en science politique, témoigne de la violence de l'évacuation par la police, mardi 6 juillet à Saint-Denis, du plus ancien campement rom d'Ile-de-France.

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Sébastien Thiery, docteur en science politique, témoigne de la violence de l'évacuation par la police, mardi 6 juillet à Saint-Denis, du plus ancien campement rom d'Ile-de-France.

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La politique barbare en démonstration à Saint-Denis ce mardi 6 juillet.

Avant le 6 juillet... © Julien Beller
Après le 6 juillet... © Julien Beller
Avant le 6 juillet... © Julien Beller
Après le 6 juillet... © Julien Beller

Mardi 6 juillet 2010, 6h du matin, CRS et pelleteuses débarquent sous l'A86, à quelques encablures du Stade de France. Ici est installé le Hanul, campement de Roms vieux de dix ans, le plus ancien d'Ile-de-France. Quelques improbables barricades ne dissuadent guère les machines de faire leur travail. Les habitations sont détruites, et d'innombrables affaires disparaissent dans la fatras. Certains Roms parmi les 200 qui habitaient là contemplent la scène, bras ballants, colère rentrée.
En 2003, la mairie dirigée par Patrick Braouezec signe une convention d'occupation afin que le confort le plus élémentaire puisse s'envisager. Les ordures sont ramassées, des sanitaires chimiques installés. En janvier 2010, des toilettes sèches sont mises en place par les architectes de No Mad's Land avec le concours des associations Naturalo et Parada, et le soutien financier de la Fondation Abbé Pierre. 23 enfants sont scolarisés. La vie continue de s'installer promettant que sur ce terrain vague prenne corps un morceau de ville bientôt ramifié au tissu urbain environnant.
Le terrain n'est pas propriété de la Ville, mais de trois organismes, dont GDF qui porte plainte en février 2010 pour occupation illégale. Une expulsion est alors prononcée, mais jamais notifiée par écrit aux habitants empêchant ceux-ci d'entreprendre quelque recours que ce soit. Les autorités assurent aujourd'hui qu'une expulsion a été prononcée en octobre 2007. La Voix des Rroms et Parada, associations soutenant le campement, n'ont pas connaissance de cette décision. Auprès des médias, la Préfecture justifie néanmoins l'intervention de mardi matin en invoquant ces deux décisions. Le Hanul semblait le campement le plus protégé d'entre tous. Un symbole, celui d'une vie possible en France pour les nombreux enfants qui y sont nés, comme pour leurs parents, d'origine roumaine donc Européens.
Le 19 avril 2010, Christian Lambert est nommé préfet du département de la Seine Saint-Denis. Ancien directeur de cabinet du préfet de police de Paris, il fut directeur du Raid entre 2002 et 2004. Ce «grand flic» est l'artisan de l'arrestation d'Yvan Colona. Sa nouvelle mission, dictée par Nicolas Sarkozy, est claire comme de l'eau de roche: produire aux yeux de l'électorat le spectacle du grand nettoyage. L'échéance de 2012 approche, la majorité n'est pas vaillante, le show du kärcher peut faire son petit effet. Depuis sa nomination, les campements disparaissent du paysage dionysien, ainsi que toute habitation dite «informelle». La destruction du Hanul vaut avertissement pour tous ces corps en trop, excroissances dangereuses en zones dites «sensibles»: aucune chance d'échapper aux opérations en cours. Qu'il s'agisse d'être humains semble accessoire.
Les familles qui vivaient là sont aujourd'hui désarmées. La Mairie demeure aux abonnés absents, malgré un rassemblement mardi matin devant l'Hôtel de Ville. Certains sont réfugiés sous le chapiteau Raj'ganawak qui, à Saint-Denis, accueille depuis 10 ans des évènements culturels. Pour ceux-ci comme pour tous les autres, des solutions pour les nuits à venir doivent être trouvées. Tout redevient impossible, y compris le plus nécessaire: offrir un toit à ses enfants. C'est que l'heure des vacances scolaires a sonné, permettant aux autorités de (laisser) croire que l'intervention de mardi matin n'est pas inhumaine.

Sébastien Thiery, Docteur en science politique

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