En Corse, les décharges débordent

Face à la multiplication des situations de crise et de confrontation qui se multiplient en France sur la question des déchets, une dizaine d'associations nationales dont le Réseau Action Climat, le Warn, Respire, les Amis de la Terre, FNH, etc. réagissent et mettent en lumière le décalage avec les discours actuels autour du « Zéro déchet, zéro gaspillage ». 

Face à la multiplication des situations de crise et de confrontation qui se multiplient en France sur la question des déchets, une dizaine d'associations nationales dont le Réseau Action Climat, le Warn, Respire, les Amis de la Terre, FNH, etc. réagissent et mettent en lumière le décalage avec les discours actuels autour du « Zéro déchet, zéro gaspillage ». 


 

La semaine dernière, les trois sites d’enfouissement de l’île étaient bloqués, les habitants d’Ajaccio ont été appelés à garder leurs déchets chez eux. Par manque d’anticipation et manque d’ambition dans les politiques de prévention et de tri (le taux de recyclage y est de 20%, bien en dessous de la moyenne nationale), on a laissé se développer en Corse une situation de crise.

 

L’île est aujourd’hui à la croisée des chemins. Certains ne manqueront pas de venir proposer leurs solutions miracles : de l’incinération au tri mécano-biologique, ce procédé qui prétend séparer les déchets organiques des couches, produits d’hygiène et autres berlingots de javel avec lesquels ils sont mélangés, pour en faire du compost. Au contraire, la Corse serait bien avisée de se tourner vers la Sardaigne et ses voisins italiens. Les crises à répétition ont en effet poussé certains territoires à prendre le taureau par les cornes, avec succès ! En mettant en place des démarches zéro déchet, fondées sur un changement de paradigme favorisant la réduction à la source et la collecte séparée des biodéchets, certaines villes et provinces obtiennent aujourd’hui des résultats sans précédent. A Trévise, ce ne sont plus que 53 kg d’ordures ménagères résiduelles par an et par habitant qui sont collectés (bien loin de nos 300 kg de moyenne nationale). En Sardaigne, le taux de recyclage est de plus de 50% en moyenne, atteignant même 77% dans des villes engagées dans une démarche zéro déchet comme Oristano.

 

Si la Corse, au pied du mur, peut encore aujourd’hui faire le bon choix et transformer la crise en levier pour devenir l’exemple inspirant de demain, d’autres territoires s’engagent clairement dans la mauvaise direction.

 

C’est le cas de la région parisienne, où le syndicat de traitement des déchets porte un projet de reconstruction de l’incinérateur d’Ivry-Paris 13, qui a longtemps été le plus grand d’Europe. Pour un coût total de 2 milliards d’euros, ce nouvel incinérateur brûlerait 350 000 tonnes de déchets par an, durant les quarante prochaines années. Sur ce territoire, les marges de progrès sont pourtant énormes : 42% du contenu des poubelles d’ordures résiduelles sont des déchets recyclables qui ne devraient pas s’y trouver, et 30% des déchets organiques qui pourraient être compostés. Par son coût, le projet de reconstruction de l’incinérateur hypothèque les possibilités de développement de démarches zéro déchet, et les bénéfices climatiques qui en découleraient. Les grandes installations de traitement réclament en effet un apport constant de déchets pour être rentabilisées, concurrençant directement les efforts de prévention et de tri qui permettent une réduction des émissions de gaz à effet de serre.

 

Le cas n’est pas isolé... D’Echillais à Troyes, de Borderes-sur-Echez à Talonne, des dizaines de “petits Ivry” (incinérateurs, TMB, méga-décharges… ) fleurissent un peu partout sur le territoire.

 

C’est à n’y rien comprendre, car au même moment, en France, le “zéro déchet” fait un carton. Ces deux mots sont sur toutes les lèvres, sur tous les supports de communication, et on ne compte plus les dossiers ou reportages sur le “miracle de San Francisco”. Force est donc de constater que notre politique de gestion des déchets est frappée d’une certaine schyzophrénie : les discours visionnaires se heurtent à un cruel manque d’ambition dans l’action. Ainsi, alors que les alternatives existent et ont prouvé leur succès, certains préfèrent s’accrocher à l’idée rétrograde d’une politique de gestion des déchets qui consiste à tenter de les faire disparaître (de notre vue seulement) le plus rapidement possible.

 

Les citoyens ont aujourd’hui un temps d’avance : le tri est le premier des éco-gestes, la gestion des déchets interpelle car elle touche au quotidien. Les alternatives fleurissent sur le terrain : elle prennent la forme de projets associatifs ou entrepreneuriaux, elles créent des emplois, renforcent le secteur de l’économie sociale et solidaire, réinventent des activités comme la vente en vrac ou la consigne. Ces initiatives, et les expériences des pionniers européens du zéro déchet servent de terreau et de matière pour la construction de propositions complètes de politiques publiques, à l’instar du Plan B’OM “voté” par des centaines de citoyens et associations en région parisienne.    

 

Alors le samedi 10 octobre à Paris, nous appelons à un grand rassemblement citoyen de soutien aux alternatives zéro déchet et nous marcherons pour demander un changement de cap et l’arrêt des projets inutiles et coûteux qui condamnent notre possibilité de « faire mieux ». Nous marcherons pour démontrer que les alternatives zéro déchet offrent un horizon bien plus désirable que les fausses solutions du passé.

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