Lettre à mes frères d’armes des syndicats de lutte

François Cocq, secrétaire national du Parti de Gauche, juge l'accord sur l'emploi du 11 janvier «attentatoire au pacte républicain et social de notre pays», critiquant ceux qui «cherchent à fissurer la classe ouvrière en assumant la rupture de l'unité du front syndical face à la violence patronale».

François Cocq, secrétaire national du Parti de Gauche, juge l'accord sur l'emploi du 11 janvier «attentatoire au pacte républicain et social de notre pays», critiquant ceux qui «cherchent à fissurer la classe ouvrière en assumant la rupture de l'unité du front syndical face à la violence patronale».


 

Camarades, vous êtes aujourd’hui sous le feu et la mitraille de l’oligarchie et de ses valets d’épées. Le patronat vous cible frontalement, le gouvernement vous écartèle, des collègues de lutte d’hier vous plantent le couteau dans le dos, les mediacrates vous conspuent. Si vous êtes l’objet d’un tel déferlement, c’est que l’ordre ancien rallié sous la bannière de l’austérité cherche à abattre la digue que vous représentez pour les salariés mais aussi pour le peuple.

Le 11 janvier, le gouvernement déposait sur un plateau estampillé Medef un accord sur l’emploi afin d’y rallier des syndicats minoritaires. De fait, il s’agit d’un accord historique. Il marque le point de rupture qui engage l’inversion des normes en faisant primer le contrat sur la loi. En cela, il est attentatoire au pacte républicain et social de notre pays. Mais il marque surtout un basculement dans le rapport de classe toujours à l’œuvre pour les salariés, n’en déplaise à Monsieur Cahuzac. Le texte du 11 janvier définit dès lors une ligne de front.

Nul ne s’y méprend. Surtout pas le Medef qui sur tous les tons et auprès de toutes les oreilles complaisantes plaide pour la transcription littérale de l’accord dans la loi. Reçu au siège du Parti Socialiste le 23 janvier dernier, le Medef a été jusqu’à choisir ses interlocuteurs en excluant de la suite de la discussion les syndicats de lutte non-signataires (CGT et FO) jugés «très peu contributifs» lors de la négociation, et alors même que Solidaires et la FSU ne participaient pas à cette négociation du fait des règles de représentativité du privé à l’échelon national. 

Ce gouvernement justement croit tenir là l’occasion de faire porter par d’autres la promesse de campagne de François Hollande de faire du contrat le censeur de la loi. Pour cela, la direction de la CFDT est invitée à assurer «le service après-vente auprès des députés PS» récalcitrants, comme le note Libération le 4 février. C’est donc Laurent Berger, le nouveau patron de la CFDT, qui viendra en personne défendre la transcription intégrale du texte dans la loi promise par le gouvernement ! 

On comprend dans ces conditions que ceux qui se positionnent en relais zélé du gouvernement cherchent à fissurer la classe ouvrière en assumant la rupture de l'unité du front syndical face à la violence patronale. Laurent Berger a ainsi renvoyé dos à dos vendredi 1er février la direction de Goodyear et «l'organisation syndicale majoritaire», la CGT, leur imputant une responsabilité «à part égale» dans le projet de fermeture du site. Ils devraient pourtant se méfier que leur concordance de vues avec le gouvernement ne rejoigne trop ouvertement les intérêts du patronat contre ceux des salariés. A ce petit jeu, les 1250 salariés de l’usine Goodyear d’Amiens que la direction veut fermer font figure de victimes collatérales de l’accord du 11 janvier. Car le groupe Goodyear se porte bien. Troisième fabricant mondial de pneus, Goodyear a réalisé en 2011 sa «meilleure performance depuis 2000» avec un chiffre d'affaires de 23 milliards de dollars et un bénéfice de 343 millions de dollars. Suffisant pour offrir à son PDG 12 millions de dollars par an ! 

A jouer les bagages accompagnés du patronat, Laurent Berger est écartelé entre d’un côté ses propres militants qui tous les jours sur le terrain font front vaillamment face aux vautours de la finance, de la rentabilité et de la compétitivité, et de l’autre les sbires de Madame Parisot qui profitent du parapluie qu’il leur offre pour pousser leur avantage. Ainsi, le 1er février sur France-Inter, après que Laurent Berger eut stigmatisé les prétendues méthodes «d'intimidation de la CGT» à l'usine PSA Peugeot-Citroën d’Aulnay, Frédéric Saint-Geours, membre du directoire de PSA-Peugeot Citroën, président de l’UIMM (Union des industries métallurgiques et minières), avait beau jeu d’embrayer: «Il y a encore des choses à faire en termes de compétitivité et que notamment le débat qu’il y aura au printemps autour du financement de la protection sociale aboutira bien à ce que nous pensons indispensable, c'est-à-dire de transférer les cotisations sociales qui pèsent sur les salaires sur d’autres sources de financement.» 

Camarades, en approuvant l’accord sur l’emploi du 11 janvier, le gouvernement a choisi de se placer sur une ligne de crête. Les forces coalisées pour faire plonger ceux qui luttent et qui résistent jettent tout leur poids dans la balance. Elles cherchent comme depuis les temps immémoriaux à briser la chaîne de l’unité d’action qui est aussi une unité de classe. L’opprobre ne peut rester qu’au stade du verbe quand, têtus, les faits rappellent aux salariés où se situe l’intérêt général. En cela, votre combat syndical est notre combat politique et celui du peuple.  

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