Billet de blog 9 mars 2012

Le Tibet, un combat profondément écologiste

Samedi 10 mars débute la 54e année de l'occupation du Tibet par les troupes chinoises. Pour Eva Joly, candidate écologiste à l'élection présidentielle, Jean-Marc Brûlé, élu EELV, président de «Écologistes pour le Tibet» et Élodie Bernard, écrivain, «la démocratisation de la Chine est un des enjeux fondamentaux de l'avenir de cette planète».

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Samedi 10 mars débute la 54e année de l'occupation du Tibet par les troupes chinoises. Pour Eva Joly, candidate écologiste à l'élection présidentielle, Jean-Marc Brûlé, élu EELV, président de «Écologistes pour le Tibet» et Élodie Bernard, écrivain, «la démocratisation de la Chine est un des enjeux fondamentaux de l'avenir de cette planète».


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Le 10 mars, ce n'est pas seulement l'anniversaire du soulèvement, en 1959, du peuple de Lhassa, la capitale tibétaine, contre l'invasion de son pays par l'armée chinoise du dictateur Mao Zedong. C'est malheureusement le témoin de la patience du peuple tibétain face à cinquante-trois ans d'asservissement et de souffrances. Cinquante-trois ans d'un génocide qui aura vu mourir plus d'un million de Tibétains (sur une population de cinq millions) par suite de massacres, tortures, famines, déportations... Cinquante-trois ans d'exil pour le Dalaï-lama et plus de cent vingt mille Tibétains. Cinquante-trois ans d'exploitation et de destruction d'un pays grand comme sept fois la France, de sa flore, de sa faune, de ses forêts, de ses glaciers, de son sous-sol...
Mais le 10 mars est également le moment de commémorer les émeutes de 2008, qui ont montré que le peuple toujours asservi ne se résigne pas. Malheureusement, il préfère aussi se suicider, puisque vingt-six personnes ont, à l'heure actuelle, choisi de s'immoler en moins de deux ans. Ce chiffre n'entraîne pour l'instant qu'une répression accrue de l'oppresseur, pris de panique. Le parcage, façon «ghetto de Varsovie», de 200 000 Tibétains dans Lhassa, face à 1,2 million de colons, ne laisse pas de nous inquiéter sur l'issue finale.
Pourtant, un autre chemin existe, de coopération entre Tibétains et Chinois, une voie mutuellement profitable aux deux peuples. Il reste surprenant que le régime chinois ne comprenne toujours pas que l'intérêt de sa nation passe par une nouvelle attitude à l'égard du Tibet, qui commencerait par un élémentaire respect des droits de l'humain.
Depuis des années, les écologistes, en France, en Europe et ailleurs, sont solidaires de la cause tibétaine, et soutiennent les propositions du Dalaï-lama et du gouvernement en exil, de dialogue et de résolution non-violente de ce conflit. Ils apprécient que les dirigeants tibétains ne soient pas dans une posture identitaire et souverainiste, à travers une revendication d'indépendance qui ne voudrait rien dire dans le monde d'aujourd'hui, et avec la Chine telle qu'elle est.
Leurs revendications n'ont rien de délirant, et ressemblent trait pour trait à celles des Indiens d'Amérique face à la «conquête» de l'Ouest par les colons européens: fin de l'oppression et de l'arbitraire, protection de la langue, des cultures et des libertés religieuses, droits sociaux, accès égal à l'éducation et à l'emploi, droits démocratiques et liberté de conscience, protection de l'environnement et arrêt de la spoliation des ressources... En clair, une revendication de réelle «autonomie» (un terme pourtant utilisé dans tous les textes d'un régime chinois vice-champion du monde de la langue de bois, après la Corée du Nord, pour qualifier une région de fait directement contrôlée par l'armée), où le gouvernement de Pékin conserverait les prérogatives de défense et de diplomatie.
Nous, écologistes, continuons de croire que la persévérance paiera, celle d'une stratégie de non-violence active qui a marché en son temps pour Gandhi ou Mandela, et qui semble enfin réussir à Aung San Suu Kyi et au peuple birman, qui assiste contre toute attente à un début de vraie démocratisation de son pays!
Mais pour cela, faut-il encore que s'exerce une pression conjointe de l'opinion publique mondiale et des diplomaties des grandes puissances. Et c'est là que le bât blesse, du moins en ce qui concerne la France, qui réussit l'exploit de conduire l'action diplomatique la plus passive de toute l'Europe, sinon la plus lâche. Néanmoins, il est permis de rêver, puisque nous ne sommes plus si loin de la possibilité d'une vraie révolution au sein de la diplomatie française, celle d'une vraie intelligence géostratégique, celle du courage, de la franchise et du respect mutuel.
En effet, tout est affaire de respect. Nous sommes persuadés que la France gagnerait bien plus de dignité, et de reconnaissance de la part du régime chinois, en commençant par se respecter elle-même. Dès lors, notre diplomatie se devra de porter un message clair, simple, et dans le même temps respectueux. Comme le font déjà d'autres nations européennes ou américaines, sinon même asiatiques, qui assument leur dialogue franc avec un pays dont le potentiel économique n'a échappé à personne, mais dont on sait aussi qu'il est vital pour le reste de la planète qu'il s'engage fermement sur la voie de la démocratie et d'une paix durable. Là encore, parce que la classe politique française n'a pas pris la mesure de l'enjeu, nous voulons signifier que les conflits au Proche-Orient sembleront bien mineurs à côté du –hélas!– trop possible: guerre de l'Himalaya, guerre de la mer de Chine, usage de l'arme nucléaire, révoltes matées dans le sang de millions de Ouïghours ou de chômeurs des bidonvilles de Beijing ou de Chongqing...
Oui, nous l'affirmons, la paix et la démocratie en Chine, et de la Chine avec ses voisins, sont une nécessité pour les Chinois et un besoin pour nous. Nous nous devons de nous y intéresser, nous nous devons de prendre conscience que la démocratisation de la Chine est l'un des enjeux fondamentaux de l'avenir de cette planète. Et que les conséquences pour l'écologie s'en trouveront radicalement transformées.
Accessoirement, la Chine a un intérêt particulier, mais très symbolique, à changer sa gestion du dossier tibétain. Il s'agit de Taïwan. La donne est pourtant simple: changer de braquet sur le drame tibétain, montrer la même volonté de compréhension qu'avait exprimé en son temps Hua Guofeng –pourtant grand dirigeant chinois–, déclencherait en un instant l'enthousiasme public mondial, mais surtout la bienveillance des citoyens taiwanais, en vue d'un rapprochement actif.
Au fond, tout est affaire d'argent: qu'est-ce qui coûte le plus cher, quand il s'agit de faire rentrer Formose dans la maison mère? Une grosse bataille de missiles à travers la mer de Chine, doublée d'une guerre avec les Etats-Unis, triplée d'une opprobre mondiale pendant 20 ans... ou faire la paix avec les Tibétains, petit peuple qui ne rêve de rien d'autre que... «le plateau tibétain entier devienne un lieu de refuge libre où l’humanité et la nature pourraient vivre en paix dans un équilibre harmonieux. Ce serait un endroit où des gens du monde entier pourraient venir chercher le vrai sens de la paix en eux-mêmes, loin de la tension et de la pression du reste du monde. Le Tibet pourrait en fait devenir un centre créatif pour la promotion et le développement de la paix.» (Tenzin Gyatso, 14e Dalai-lama, Prix Nobel de la Paix, le 11 décembre 1989 à Oslo)
Cette offre est tellement peu chère qu'elle n'a pas de prix...
A la Chine de choisir. A la France d'agir.
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Eva Joly, candidate écologiste à l'élection présidentielle
Jean-Marc Brûlé, conseiller régional IDF (EELV), président de «Écologistes pour le Tibet»
Élodie Bernard, chercheuse, écrivain (Le vol du paon mène à Lhassa, Gallimard)

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