Le climat ne supportera aucun exemption

Les Amis de la Terre, France Nature environnement, la Fondation pour la nature et pour l’homme, Oxfam, Réseau Action climat et le WWF protestent contre le report de la suppression des aides à l'exportation pour les centrales à charbon.

Les Amis de la Terre, France Nature environnement, la Fondation pour la nature et pour l’homme, Oxfam, Réseau Action climat et le WWF protestent contre le report de la suppression des aides à l'exportation pour les centrales à charbon. « La mise en œuvre de l’engagement présidentiel aura valeur de test quant au leadership de François Hollande pour la Conférence Paris Climat 2015 : saura-t-il montrer la voie et réunir autour de mesures ambitieuses ? »


  

À six mois du sommet sur le climat, la COP 21, le gouvernement veut reporter la suppression des aides à l’exportation pour les centrales à charbon, annoncée par François Hollande fin 2014. Les associations membres du Conseil national de la transition écologique protestent.

 

Tous les scénarios étudiés actuellement par le gouvernement pour appliquer l'engagement de François Hollande sur la fin des soutiens publics de la France à l’exportation « dès lors qu’il y a utilisation du charbon » constituent une remise en question de cet engagement. Pour la société civile française et internationale, un retour en arrière par rapport à cette annonce emblématique du président de la République serait inadmissible et ébranlerait fortement la crédibilité et l’exemplarité de la France dans son rôle de présidente de la COP21.

 

Des régimes d’exemption proposés dans la « note de problématique » adressée au Conseil national de la transition écologique (CNTE) par le ministère de l’écologie permettraient d’octroyer des garanties publiques pour continuer à exporter des centrales à charbon sans CSC opérationnel vers les plus gros marchés mondiaux, notamment l’Inde (39% du marché mondial hors Chine). Qui plus est, trois exemptions permettraient d’y exporter des centrales moins efficaces du point de vue énergétique que celles présentes sur ces marchés. Cela revient à un report de l’annonce présidentielle à 2020 voire 2030, selon les régimes d’exemption proposés

 

Si la France décidait d’appliquer les régimes d’exemption proposés (n°2, 3, 4, 5), elle aurait une politique en matière de crédits export encore moins ambitieuse que celle de l’Allemagne. Pourtant très conservatrice en la matière compte tenu de l’importance de son secteur  industriel, l’Allemagne ne garantit plus en effet, depuis décembre 2014, que les centrales ultra-supercritiques. La France se placerait très loin derrière les Etats-Unis, qui ne garantissent plus que les centrales avec système opérationnel de Captage et stockage de CO2 (sauf quelques exceptions vers les pays pauvres.

 

La proposition du gouvernement, telle que communiquée au CNTE, est taillée sur mesure pour l’entreprise française Alstom, bien que le nom de l’entreprise n’apparaisse jamais dans le document. Alstom a été l’unique bénéficiaire des garanties de la Coface à l’export pour le secteur du charbon entre 2001 et 2014. Or aujourd’hui, Alstom n’exporte pratiquement plus la technologie de centrales au charbon sous-critiques. La technologie supercritique est également en baisse chez Alstom, au profit de l’ultra-supercritique. L’entreprise construit des centrales supercritiques depuis près d’un demi-siècle (1967) : cette technologie ne mérite en rien la qualification d’innovation technologique justifiant un soutien de la Coface. Alstom souhaite continuer à exporter des centrales au charbon vers les plus gros marchés mondiaux, notamment les pays à revenu intermédiaires comme l’Indonésie, le Vietnam, l’Inde, la Thaïlande, l’Afrique du Sud. Justement ceux qui font l’objet de propositions d’exemptions

 

Rappelons que l’engagement de François Hollande sur le financement du charbon est axé sur l’urgence climatique. Or, même les technologies de centrales à charbon les plus efficaces demeurent très émettrices de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques. Même en ne construisant que des centrales ultra-supercritiques (la technologie la plus efficace), la planète serait toujours sur une trajectoire de réchauffement bien au-delà du seuil maximal de +2°C fixé par la communauté internationale. En outre, d’après une étude de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui vient de paraître, le charbon est l’énergie qui fait peser la menace climatique la plus urgente ; les soutiens publics destinés à améliorer l’accès à l’énergie, notamment dans les pays en développement, doivent impérativement être réorientés vers les énergies renouvelables.

 

Les organisations remarquent que la note qui leur a été communiquée contient de nombreuses affirmations qui ne font l’objet d’aucune justification et ne sont appuyées par aucune source. Les approximations sont également nombreuses. Le présupposé est que des emplois chez Alstom seront directement menacés par l’application de la décision du président de la République. Mais jamais preuve n’est donnée de cette affirmation. Enfin, puisque la note s’intéresse aux emplois chez Alstom, elle aurait dû élargir le champ de l’analyse à l’ensemble des métiers d’Alstom, dont une grande partie bénéficie de la transition énergétique française et mondiale (par exemple dans les énergies renouvelables). Or, les soutiens publics de la France au charbon empiètent sur le financement de la transition énergétique.  Alstom, contrairement à ce qui est affirmé dans la note, n’a pas besoin d’une période de transition avec des soutiens Coface pour passer aux énergies renouvelables car Alstom construit déjà plus de projets renouvelables que de centrales à charbon (en nombre, en puissance cumulée, en nombre de pays importateurs).

 

Contrairement à ce qui est supposé dans la note (sans justification), le charbon n’est pas une solution à la précarité énergétique dans les pays du Sud. C’est notamment ce qu’a montré Carbon Tracker Initiative. D’abord, les énergies renouvelables sont en train de devenir moins chères que les énergies fossiles et fissiles, notamment le charbon, dans la plupart des pays en développement. C’est notamment le cas en Afrique du Sud où les courbes de coût des nouvelles centrales charbon et des énergies renouvelables (solaire photovoltaïque, éolien terrestre) se sont croisées. De plus, fournir un accès à l’énergie aux populations du Sud est avant tout un enjeu rural. Or, dans les zones rurales les coûts de construction d’infrastructures et de rattachement au réseau (nécessaires pour les centrales au charbon) sont prohibitifs. Il est ainsi moins cher de construire des systèmes décentralisés d’énergies renouvelables qu’une centrale au charbon connectée à un réseau.

 

La mise en œuvre de l’engagement présidentiel aura valeur de test quant au leadership de François Hollande pour la Conférence Paris Climat 2015 : saura-t-il montrer la voie et réunir autour de mesures ambitieuses ? L’engagement du président de la République a été médiatisé sur la scène nationale et internationale comme signe du volontarisme politique de la France. Or, la France ne pourrait affirmer un leadership par rapport aux États-Unis, à la Grande-Bretagne, à la BERD, à la BEI et à la Banque Mondiale (1) si elle s’entête à vouloir poursuivre le financement du charbon via la Coface en créant des exemptions telles que dans les régimes n°2, 3, 4, 5, qui élargissent les exemptions à une large part du marché mondial. L’engagement présidentiel ne doit pas être bafoué au motif de protéger l’intérêt d’un industriel – motif dont la présente note a démontré qu’il n’était pas fondé.

 

(1) Cf. Annexe IV sur les politiques mises en places par ces pays et institutions.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.