Le premier autotest de dépistage du VIH qui devrait coûter environ 25 euros sera disponible à partir du 15 septembre 2015 dans les pharmacies françaises. Christian Andreo, Directeur Général délégué de l'association AIDES, délivre, un message qui ne se veut pas alarmiste mais mobilisateur : « N’ayez pas peur, dépistez-vous, choisissez le mode de dépistage qui vous convient et si jamais le résultat est positif, ne restez pas seul avec cette nouvelle : venez nous en parler, des traitements performants existent, un avenir aussi, votre vie ne s’arrête pas là ».


 

 

Mesure annoncée depuis de longs mois par la Ministre de la Santé et maintes fois repoussée pour de sombres aléas réglementaires, les autotests vont donc être disponibles dans les prochains jours et c’est une bonne nouvelle.

 

Pourtant, il y a une bonne dizaine d'années, la quasi totalité des acteurs de la lutte contre le sida y étaient opposés.

 

Que s’est-il passé ?

 

Le contexte de l’épidémie a changé. Si le sida tue malheureusement encore, on peut néanmoins aujourd’hui vivre avec le virus si l’on est pris en charge le plus tôt possible et dans les meilleures conditions possibles. En effet, l'amélioration des médicaments antirétroviraux est telle que l’espérance de vie d’une personne dépistée précocement et soignée correctement va se rapprocher de celle d’une personne séronégative. Autre révolution majeure : une personne sous traitement et bien prise en charge ne transmet plus le virus. Il ne s’agit pas de dire que sa vie sera aussi simple, il s’agit de montrer que l’on a intérêt, pour soi et pour les autres, à être dépisté-e le plus tôt possible et d’être pris-e en charge par un système de santé performant sans distinction de genre, d’origine, de statut administratif ou social… Pour soi-même comme pour les autres.

 

En France, l'offre de dépistage n'a jamais été aussi diverse (et majoritairement gratuite). Pourtant 30.000 personnes ignorent toujours être porteuses du VIH. Ce sont ces personnes qui, sans même le savoir, sont à l'origine de la plupart des transmissions et entretiennent la dynamique de l'épidémie. Donc tout ce qui pourra augmenter le niveau de dépistage de manière non coercitive est une bonne chose. En France, l'offre de dépistage n'a jamais été aussi diverse (et majoritairement gratuite). Il y a dix ans, l’accès aux autotests aurait pu passer pour la volonté de l’Etat de se désengager du dépistage. Mais depuis, beaucoup de choses ont changé, les programmes de dépistage rapide et démédicalisé (les fameux TROD ou Tests Rapides d’Orientation Diagnostique) proposés par les associations comme AIDES ont montré leur pertinence et leur efficacité, il n’est nullement question de dériver vers un modèle à l’américaine où les autotests sont disponibles depuis des années, mais sans impact sur l’épidémie : on ne fait une politique de santé publique par la simple mise à disposition d’un test payant en officine. On peut dire ce que l’on veut de la future loi de Santé, mais la mise en place prochaine des CeGIDD (Centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic, article n° 47 du texte) traduit plus une politique volontariste de déploiement d’une offre de santé publique qu’une libéralisation du dépistage à l’américaine.

 

Dernier point, mais le plus important : les besoins et les pratiques des personnes vulnérables au VIH ont également évolué. Et malheureusement, comme souvent, le législateur se retrouve à accompagner des pratiques déjà existantes et non pas à les devancer. Nous savons que de nombreuses personnes, la plupart très exposées au VIH, utilisent des tests achetés sur internet depuis de nombreuses années. Alors que nos représentations collectives imaginent ce qui pourrait arriver à une personne découvrant – seule bien sûr – son statut positif, cela arrive déjà, sans bruit, mais sans garantie non plus que les tests achetés actuellement en ligne soient réellement fiables. Lors de nos actions de dépistage, de nombreuses personnes qui viennent régulièrement se faire dépister auprès de nous sont en demande d'autotests pour être autonomes dans leur démarche, espacer leurs visites, gérer leur prévention selon leurs besoins. Ces personnes sont, de par leurs situations, modes de vie, pratiques, vulnérabilités spécifiques, très exposées au risque et ont tout intérêt à multiplier les tests. C’est la raison pour laquelle nous avons demandé (et obtenu) le principe d'une distribution gratuite des autotests via les associations agréées pour éviter toute sélection par le pouvoir d’achat et garder le contact avec les personnes les plus vulnérables au VIH. L’une des finalités de l’activisme dans le domaine du VIH a toujours été de donner accès le plus vite possible à tous les outils disponibles ayant fait leur preuve. C’est notre mission, et dans notre pays, cela reste souvent un combat compliqué. Nous aurons certainement l’occasion d’en reparler en ce qui concerne l’accès au traitement préventif (PrEP : prophylaxie pr-exposition).


Reste le risque, réel ou supposé, du geste fatal de la part d’une personne découvrant seule la réalité d’un statut sérologique positif. Soyons sérieux : personne ne va faire un autotest comme ça, par hasard et se défenestrer à la lecture d'un test positif. Dans un premier temps au moins, les autotests vont être utilisés par des personnes qui ont déjà conscience des risques qu'elles prennent et envisagent un résultat positif. Les associations ont travaillé sur les documents d’information, un dispositif d’écoute 24h/24h est assuré par Sida Info Service. Tous les acteurs de la lutte contre le VIH ne sont pas devenus subitement inconscients ou négligents.

 

Jusqu’ici, tout va bien.

 

Et si nous avons UN message à délivrer, il ne sera pas alarmiste mais mobilisateur : « N’ayez pas peur, dépistez-vous, choisissez le mode de dépistage qui vous convient et si jamais le résultat est positif, ne restez pas seul avec cette nouvelle : venez nous en parler, des traitements performants existent, un avenir aussi, votre vie ne s’arrête pas là.

 

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Tous les commentaires

L'offre de dépistage doit être la plus large possible car 30 000 personnes dans l'ignorance de leur statut (même si certains préfèrent ne pas savoir) c'est innaceptable.

Simplement ces tests en pharmacies ne sont pas accéssibles à toutes les bourses !

Il y a une offre importante de tests "gratuits" peut-être faut-il les promouvoir !

Les associations d'aide aux personnes défavorisées ou à risque qui offrent en plus un encadrement rassurant et des messages de prévention.

Les centres de dépistage anonymes et gratuits

Et enfin les laboratoires d'analyses médicales. Avec une ordonnance le test est pris en charge à 100% par la sécurité sociale sans avance de frais.

Sans ordonnance le test est moins cher que les prix annoncés en pharmacie et d'un niveau de sensiblité et de sécurité incomparable avec celui des futurs tests vendus.