Manifeste de Bayonne, 8 avril 2017.

Nous ici présents, avions décidé
que le jour du désarmement serait « notre » jour.
Ce fut une décision étrange, voire une décision audacieuse.
Nous aurions pu ne pas oser nous lancer
 
Quoiqu'il en soit, nous affirmons
que cela ne fut pas une idée en l'air
et encore moins pure improvisation.
 
Le désarmement est bien notre journée,
parce que nous l'avons réfléchi,
que nous l'avons partagé et mesuré.
 
D'autres que nous l'ont fait
Et ont décidé de ne pas être ici, parmi nous,
Nous les considérons avec respect, nous les reconnaissons.
C'est aussi à eux que nous nous adressons.
 
Il est vrai que nous ne représentons pas le peuple dans son entier
Mais personne ne peut et ne pourra nier
que réunis à Bayonne, en provenance de tout le pays
nous incarnons ses terres, ses gens
et ses sensibilités les plus opposées.
 
Parvenus jusqu'ici ici, nous avons le sentiment qu'à l'avenir,
il sera plus difficile, peut-être même impossible,
d'en appeler au peuple et à ses gens pour ne pas construire la paix.
 
Nous, ici  présents, partageons une chose facile à expliquer :
que la paix n'est pas seulement absence de violence
Et par là même, qu'en situation de violence il n'y a pas de paix.
 
Si le désarmement était tellement important, c'est qu'il
marquait une avancée nécessaire sur le chemin de la paix.
 
Le désarmement est désormais derrière nous.
Ce fait à marquer d'une pierre blanche clôt un chapitre
de notre histoire douloureuse, semée de morts et d'agonies.
que nous voulons  laisser derrière nous,
mais non sans regarder derrière nous.
 
Nos curs et nos souvenirs nous transportent d'emblée
vers la figure des victimes, vers toutes et chacune d'elles,
celles d'hier, d'aujourd'hui, connues et inconnues,
celles qui ont succombé à ces armes et à toutes les armes.
Sur chacune d'elles, sur toutes ces victimes, pèse une tragédie.
Il n'a pas été facile pour nous,
d'arriver jusqu'ici sans succomber au désespoir.
A vrai dire toutes et tous n'y sont pas parvenus.
 
Parce que la paix n'est pas seulement absence de violence,
Nos regards se portent sur les victimes, nous nous engageons
à ce que le futur soit celui du souvenir et de la reconnaissance.
Nous voulons que vérité et justice leur soient rendues et leur dire,
« Non, cela ne se reproduira pas ! », « Cela ne se reproduira pas ! »
 
Nous nous engageons à construire le futur dont elles ont été privées,
sous le signe du vivre-ensemble et de la concorde.
Et à transformer les sentiers pouvant mener à de futurs conflits
oui, pourquoi pas ?
en chemins d'humanité et de civilisation.
 
Nous nous engageons aussi, à ne pas pervertir leur mémoire.
Que ce soit à notre avantage,
ou au préjudice d'autrui.
 
Nos souvenirs ne nous ramènent pas uniquement au passé,
ils nous confrontent à un douloureux présent,
tel celui des prisonniers, de leurs familles et de leurs parents.
 
Nous pensons que personne n'est perdant
en fait nous sommes tous gagnants
si la loi et la politique s'inscrivent dans le présent,
si leur éloignement prend fin,
s'ils sont rapatriés en Euskadi et alentour,
si les malades et ceux arrivés en fin de peine, sont libérés.
 
Nous voulons croire à leur retour chez eux,
le plus rapide possible.
Parce que ce qui est nécessaire
doit être possible.
 
Il y aura bientôt 6 ans il fut dit, à Aiete,
que la paix exigeait
« courage, volonté de prise de risques,
engagements  profonds,  générosité »
 
Parce -qu'ils ont su transformer une nécessité en possible,
pour eux, pour elles, artisans et artisanes de paix,
voilà un « abrazo » (une accolade) qui rime avec reconnaissance.
Il s'agissait bel et bien d'une oeuvre artisanale,
d'un ouvrage irrégulier, imparfait
humain, tellement humain
réalisé par des mains travailleuses,
en mal d'un repos mérité et de la paix promise.
 
L'ouvrage a été tissé avec les moyens du cru,
propres à un peuple et à quelques-uns de ses  gens,
condamnés à produire
l'art d'un vivre-ensemble
auquel le temps rendra pleine justice.
 
D'Aiete, il nous manque quelque chose d'important :
que les gouvernements de France et d'Espagne
acceptent de s'exprimer, afin que toutes ces années
qu'ils nous ont laissées en héritage, puissent être évoquées.
Et que l'on sache comment cela est arrivé.
 
Cela aussi, doit être possible
puisque cela est tout à fait nécessaire.
 
Nous voilà en présence d'une société,
d'acteurs, d'élus et d'institutions reconnues légitimes.
Et en présence d'une communauté internationale
prête à faciliter le dialogue qui nous rapprochera
d'une paix juste et durable.
 
Merci à toutes et à tous !
Soyons des artisans de paix,
Toutes et tous, ensemble !

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BLA BLA BLA 

Qu'ils rendent toutes les armes à qui de droit, et que les tueurs s'ils ont enfin compris,  aillent demander pardon pour le mal qu'ils on fait AUX FAMILLES DES VICTIMES, aprés avoir purgé leur peine.