Après le retrait de la proposition de loi sur l'AFP de l'ordre du jour du Sénat, Patrick Filleux et Dominique Ferrandini (Syndicat autonome des journalistes SAJ-UNSA) posent la question du maintien d'Emmanuel Hoog à la tête de l'agence.

 

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puceinvite.jpgLe personnel toutes catégories de l'Agence France-Presse vient de remporter une éclatante victoire en contraignant à la capitulation en rase campagne les auteurs, initiateurs, défenseurs de l'infâme proposition de loi déposée au Sénat, portant réforme régressive et liberticide du statut «constitution» de l'AFP de 1957.

L'exemplaire clairvoyance, mobilisation et détermination des ouvriers, employés, techniciens et journalistes, méprisés, ignorés par le pouvoir qui a tenté, avant l'échéance présidentielle de 2012, de mettre l'AFP à sa botte en ruinant son indépendance, donc sa crédibilité, donc son existence même, a permis cette déroute.

Que toutes et tous en soient ici remerciés.

«Seule la lutte paie!»: ce vieux et salutaire adage militant a trouvé toute son expression dans le vote massif et enthousiaste de la grève de 24 heures (1), qui a contraint mercredi soir les sénateurs à enterrer cette proposition de loi, préparée de longue date et en catimini par le pouvoir sarkozyste. Nous disons bien enterrer et non, comme certains tentant de sauver leur pauvre face, «reporter».

La non inscription de la proposiiton de loi Hoog-Legendre à l'ordre du jour de la fin de la session parlementaire en juin signe sa mort et la remise du cadavre au fond d'un tiroir du Palais du Luxembourg. Le petit train n'est placé sur aucun rail législatif qui conduirait à son examen de facto, à la reprise de la session parlementaire ordinaire, en octobre prochain.

Que reste-t-il de cette affaire ?

Le ridicule et le grotesque jusqu'à l'absurde affichés par ces sénateurs UMP et le ministre des relations avec le Parlement qui ont, avec le plus profond mépris pour le personnel de l'Agence en grève, candidement assuré mercredi soir qu'ils n'avaient jamais eu l'intention d'inscrire cette proposition de loi à l'ordre du jour de la fin de session parlementaire. Là, il fallait le faire! Tenter de faire accroire –toute honte bue– qu'il n'y avait aucun lien de cause à effet entre l'abandon du projet et les écrans vides de l'AFP, en raison de l'arrêt de travail, relevait du fildeférisme sans balancier. Evidemment, ils se sont cassé la binette.

Car, comment expliquer que cette importante information ne fut pas donnée, la veille, aux représentants syndicaux et à l'Association de défense de l'indépendance de l'AFP, reçus à sa demande par le sénateur Leleux, rapporteur du projet? Ah, mais peut-être ne savait-il pas lui-même, 24 heures avant la décision et alors que l'annonce d'une probable grève, dont le pouvoir aurait pu faire l'économie, avait été faite, qu'il n'allait rien rapporter du tout?

Mais revenons Place de la Bourse, au siège de l'agence. Un homme est seul: Emmanuel Hoog.

Il voulait faire réformer «la gouvernance» de l'AFP, mais c'est sa propre gouvernance qu'il vient de réduire à néant; il voulait réformer le statut, mais c'est son statut personnel qu'il vient de saper; il voulait exécuter au doigt et à l'oeil la feuille de route qui lui avait été remise par le pouvoir lors de son parachutage en 2010, mais il vient de la voir partir en fumée, consumée par sa propre maladresse exécutive, conséquence de sa méconnaissance du personnel, de son insoutenable légèreté à l'égard de la matière grise afpéienne, de l'employé(e) et du journaliste, de l'ouvrier et du technicien. Toutes et tous qui appartenons –par choix– à cette grande maison, avons le sens aigu de l'intérêt général et du service au public, la conviction de participer, chacun dans son métier, à une grande mission d'information, citoyenne, républicaine et démocratique.

Emmanuel Hoog est seul, solitaire et... silencieux (depuis mercredi soir et toujours à l'heure où nous écrivons ces lignes).

Seul face à l'Etat et au pouvoir politique: il n'a pas rempli sa mission...

Seul face à la presse: il voulait la virer du Conseil d'administration...

Seul face au personnel: motion de défiance, «question de confiance»...

Seul face à sa propre hiérarchie: pas un seul de ses représentants (contrairement à ce à quoi était parvenu Giuily) n'a pipé mot pour l'assister dans son entreprise téléguidée du Château...

En d'autres termes, Emmanuel Hoog n'a plus aucun pouvoir, ni à l'intérieur de la maison, ni à l'extérieur... !

Dans ces conditions, la question de son maintien à la tête de la troisième agence mondiale d'information est posée.

(1) Le vote ne concernait que les personnels travaillant sur la France et pour la clientèle française. A Paris, il a été organisé en assemblée générale, à main levée. De même dans chaque bureau de province qui ont transmis les résultats à Paris.

Le résultat du vote est le suivant :
- Pour la grève de 24 heures : 191 voix
- Pour la grève de deux heures : 37 voix
- contre toute grève : 1 voix
- abstention sur l'ensemble des motions : 34 voix.

Aucune dépêche d'origine française et à destination des clients français, n'a été diffusée, de 14h à 20h00, heure de levée de la grève en raison de la capitulation du Sénat.

En savoir plus: sos-afp.org

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Une belle reculade en effet, merci de nous permettre de savourer avec vous cette nouvelle.